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Au café existentialiste – La liberté, l’être et le cocktail à l’abricot

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Autour du livre

Fortement attirée par le titre, la couverture et le sujet philosophique, je n’ai pas su résister très longtemps avant de m’offrir l’ouvrage de l’autrice britannique Sarah Bakewell, Au café existentialiste. Je savais qu’il allait être question de Sartre et Beauvoir, Jean-Paul et Simone de leurs prénoms, « petit homme » et « castor » de leurs surnoms, dont je ne connaissais pratiquement rien, mis à part l’image du couple mythique peu commun et quelques ouvrages survolés ici et là. Comme souvent, j’avais déjà eu quelques croisements de vie avec ces deux figures marquantes de la philosophie existentialiste du XXe siècle, mais sans plus. S’il est bien un sujet, une discipline ou une forme de pensée qui me fascine et m’attire – outre les arts visuels et littéraires – sans pourtant que je ne m’y laisse choir totalement, c’est la philosophie.

Je ne pensais pas écrire un article sur cette délicieuse lecture, parce que l’émotion prend une fois de plus le contrôle de tout ce qui me concerne. Justement, pour contrecarrer cette habitude et tenter de voir plus loin, suivant ce qui, du livre, m’a traversée, je tente d’affiner mon intuition (sujet capital au cœur de mes réflexions ces derniers temps) et je me mets au défi chaque jour sur divers points en ce sens. C’est donc pour moi un défi et un exercice de plus que de tenter d’exprimer, avant que tout ne s’efface avec les jours qui passent, ce que m’a fait vivre cet essai et ce qu’il me laisse de si précieux dans le creux de l’être entier.

Sarah Bakewell est une révélation pour moi. J’insiste et je n’exagère pas. Si vous êtes comme moi et que vous subissez les affres des craintes sans mobiles, ces peurs qui n’ont de source que l’insécurité due à une genèse émotionnellement instable, il faut me tendre une main pour que je la prenne. Une fois lancée, par contre, tout s’ouvre et ma soif est difficile à assouvir. Donc, Sarah Bakewell, merveilleuse par sa capacité à rendre accessible une matière aussi dense que la philosophie, m’a pris la main. Elle s’appuie sur sa propre vie pour nous ouvrir au monde de tout un tas de personnalités marquantes, avec Sartre et Beauvoir comme points d’attache centraux. Cette manière de jouer avec les histoires entremêlées met immédiatement en confiance. Par contre, Bakewell ne reste pas en premier plan; elle offre toute la place aux penseurs et à leurs idées.

Sur la couverture du livre, nous découvrons une illustration représentant trois personnages attablés à l’extérieur d’un café (le Flore, peut-être) : il s’agit – et nous le découvrons dans le résumé de la quatrième de couverture – de Raymond Aron, de Simone de Beauvoir et de Jean-Paul Sartre. C’est, si je ne me trompe, l’illustration de leur rencontre autour de la phénoménologie, qui donnera naissance par la suite à la philosophie existentialiste. C’était en 1932.

Accessibilité à l’existentialisme

Même si l’ouvrage est riche en matière, il se déguste comme un roman. L’écriture de Bakewell est honnête et fluide. Par le biais de Sartre et de Beauvoir, nous faisons la connaissance de Heidegger, Husserl, Jaspers, Merleau-Ponty, Camus et tout un tas d’autres penseurs, qui ont chacun à leur manière marqué et créé notre histoire. Ce que j’aime de Bakewell, c’est sa totale ouverture : elle ne juge pas, elle apporte des nuances et des possibilités de réflexions. Elle va même jusqu’à donner des frissons et des larmes, des rires et plusieurs sourires.

J’ai plongé dans cet ouvrage comme dans une mer bien fraîche, j’ai senti que s’ouvraient de nouveaux horizons pour enrichir ma pensée.

Si je puis me permettre, j’ai vu une certaine correspondance entre le récit La femme qui fuit écrit par Anaïs Barbeau-Lavalette et Au café existentialiste de Sarah Bakewell, dans cette capacité à décrire et à faire ressentir une époque avec des mots, au point où je me sentais un accès privilégié à l’univers des philosophes, comme je l’avais auparavant ressenti pour celui des artistes automatistes. C’est pour moi une grande qualité d’écrivain que de parvenir à un tel résultat : faire revivre une époque, des gens, des grands évènements, et permettre à certaines questions de ressortir aujourd’hui pour résonner fort dans l’époque et le contexte actuels.

Et aujourd’hui?

Peut-on comparer, par exemple, l’époque d’incertitude de la Deuxième Guerre mondiale, leur fin du monde, le début de l’ère industrielle, la forte concentration du racisme et la cause des femmes avec notre époque, pendant laquelle la planète se réchauffe avec une rapidité jamais égalée, la peur et le mal-être font des ravages, et le racisme et le sexisme sont encore des points vertigineux à prendre en main?

Voici quelques citations tirées aléatoirement du livre (j’ai dû en souligner le quart!) :

Parlant de la philosophie sartrienne :

« Vous devez faire vos choix comme si vous les faisiez au nom de toute l’humanité, assumant l’entière responsabilité de la manière dont la race humaine se comporte. »

« La tendance humaine naturelle est de s’efforcer de poursuivre autant que possible une vie ordinaire et civilisée, aussi longtemps qu’on le peut. »

Merleau-Ponty :

« (…) les philosophes devaient se soucier avant tout de ce qui est ambigu dans notre expérience. (…) ils devaient réfléchir clairement à ces ambiguïtés en usant de la raison et de la science. »

« (…) c’est une des raisons pour lesquelles les existentialistes demandent à être relus. Ils nous rappellent que la vie des hommes est difficile et que le comportement des gens est souvent épouvantable, mais ils nous montrent aussi combien nos possibilités sont grandes. »

Pour vous aider dans votre lecture ou votre compréhension de la philosophie, je vous conseille aussi la fabuleuse bande dessinée Balades en philosophie, de Janine, et le film Les amants du Flore, d’Ilan Duran Cohen.

Sur ce, bonne lecture, bonne philosophie; on s’en reparle!

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