Chroniques d'une anxieuse
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Chroniques d’une anxieuse : Chez le psy

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La première fois qu’on m’a dit que je devrais peut-être aller consulter, je l’ai un peu (beaucoup) mal pris. Je me disais : « Ben voyons donc! J’suis pas si folle que ça! ». Et ce n’est que cinq ans plus tard que je me suis retrouvée assise dans une chaise longue, face à Monsieur M., dans un silence des plus complets, pendant que lui notait le peu qui sortait de ma bouche. J’étais tétanisée par le simple fait de raconter ma vie, dans ses moindres détails, à un inconnu.

Je ne savais pas, moi, comment faire ça… « raconter ma vie »! Je la trouvais pas tellement intéressante et je me demandais ce qui était pertinent ou non à dire à un psychologue. Je me censurais moi-même avant même d’avoir dit quoi que ce soit. Je me posais trop de questions et ça tournait à cent mille à l’heure dans ma tête.

Pis j’avais les mains moites.

J’essayais de les essuyer subtilement sur mes pantalons en espérant que Monsieur M. ne s’en rende pas compte. Mais il s’en rendait compte. Il en avait vu d’autres. Beaucoup d’autres. Des anxieux à la tonne. Il savait comment ça fonctionnait, dans ma tête et il respectait mes lourds silences, mes mains moites, mes regards fuyants et mes gigotements incessants parce que j’avais chaud et que je trouvais la chaise vraiment inconfortable.

La veille de ma première rencontre avec Monsieur M. (guess what?), j’avais fait de l’insomnie toute la nuit. J’étais anxieuse à l’idée d’aller consulter un psy pour mon anxiété. Ben oui, je sais, c’est niaiseux.

J’étais arrivée vingt minutes avant mon rendez-vous, question de me laisser le temps de stresser encore plus, dans une minuscule salle d’attente où la seule distraction possible était les quelques revues de cuisine posées sur une table à côté de moi. Et, pendant que je démystifiais comment faire un délicieux clafoutis aux bleuets, avec les ingrédients, les étapes pis toute, j’ai légèrement levé mes yeux pour regarder une dame, assise en face de moi. Elle buvait (comme moi) trop de café et ses mains tremblaient à n’en plus finir. Et je me suis dit : « une semblable! ».

J’étais au paradis des anxieux! J’exagère peut-être un peu (à peine), mais quand même, je me rendais compte que je n’étais pas seule avec tout ce poids parfois trop lourd à porter et ça me donnait un goût nouveau d’espérance.

C’est à ce moment que Monsieur M. m’a sorti de ma rêverie. Il est arrivé comme un petit bonheur, dans la salle d’attente, le sourire aux lèvres, tout joyeux, les yeux pétillants, la voix rieuse.

Madame Girard! Comment ça va aujourd’hui?

Et à cette simple question j’avais déjà le goût de pleurer. Ça commençait bien. Mais, oui, comment j’allais en fait? Comme réponse, j’ai balbutié quelques mots avec ma maladresse hors du commun. On est entré dans son bureau. On a commencé à parler. Il m’a fait des jokes un peu niaiseuses. J’ai ri. Ça m’a détendu. Ça m’a fait du bien.

Ce n’était pas un psy comme les autres. Ou, en tout cas, l’idée que je me faisais du psy. Il n’était pas frette pantoute. Quand je pleurais, je voyais qu’il avait envie de pleurer avec moi, de me consoler. Il me disait qu’il fallait que je vive ma jeunesse, aller boire jusqu’aux petites heures du matin, me faire du fun au lieu d’angoisser comme je le faisais. Il me disait « couler un examen, c’est tu si pire que ça? Changer d’emploi, c’est tu vraiment la fin du monde? ». Il me disait que je devais profiter du moment présent. Profiter de maintenant.

Il me disait que j’étais belle et que je devais le croire parce que c’était vraiment vrai. Et il me disait que déjà, sans me connaître réellement, il savait que j’allais avoir une belle vie. Et sa certitude me contaminait un instant, je le croyais, oui, j’allais avoir une belle vie.

On parlait de mon enfance, de ma famille, de mes amis, de ma phobie du téléphone, de mes crises de panique, de mon besoin incessant de me faire rassurer, de ma paranoïa, de ma peur de me faire juger. On parlait, parlait, parlait. De mes obsessions, de mes angoisses. Parce que j’en ai un tas d’angoisses.

Pis, BAM!, l’heure avait passé. C’était fini.

Pendant qu’on se disait au revoir, j’ai eu une soudaine envie de pleurer (ben oui encore!). Je ne comprenais pas moi-même d’où ça venait. Peut-être parce que je sentais que j’avais enfin l’aide que j’avais toujours rêvé d’avoir, que quelqu’un m’écoutait, mais surtout me comprenait. Il n’était plus question de « Arrête donc, Alex! Tu capotes pour rien! ». Mais là on me donnait des solutions, des moyens pour que je puisse mieux vivre. Mais je sentais que ça allait me prendre une coupe de rencontres avant d’être vraiment bien… et ça me faisait peur.

Dès que j’ai eu tourné le dos à Monsieur M., les larmes ont commencé à couler doucement sur mes joues. Je me suis précipitée vers la sortie et j’ai pleuré la grosse boule qui était coincée dans ma gorge. J’haletais. J’essayais de retrouver mon souffle. J’étais peut-être vraiment folle, j’allais peut-être devoir consulter pour le reste de ma vie, peut-être que je n’allais jamais être capable d’être heureuse.

Pis là, j’ai senti une main sur mon épaule.

Je me suis retournée. Monsieur M. me regardait, stupéfait, en me tendant ma sacoche que j’avais oubliée dans son bureau (big fail!). Et, là, il voyait mon visage en pleurs, notre séance terminée, il ne me devait plus rien, mais il m’a tout de même serrée dans ses bras en me disant « ça va bien aller ». Parce qu’il savait. Il savait tout ce qui se passait en moi.

C’est tout simple un « ça va bien aller », mais ça change tout. Ça donne espoir. Ça soulage le cœur. Ça allège les pensées dans la tête. C’est réconfortant.

Je suis partie en me répétant « ça va bien aller » à chaque pas que je faisais. Parce que je voulais que ça me rentre dans la tête. Parce que je voulais y croire. Parce que, même si ce n’est pas toujours facile, on y arrive toujours.

Tout allait bien aller.

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Anxieuse à temps plein et insomniaque à temps partiel, Alexandra se nourrit à grands coups de mots, de phrases et de livres qui font rêver. L’écriture lui a toujours servi d’exutoire avec lequel elle pouvait coucher sur papier ses folies et ses nombreux tourments. Elle adore tout particulièrement se perdre dans les couloirs infinis des bibliothèques, mais également dans les corridors de l’Université de Montréal où elle fait un baccalauréat en Littérature comparée et cinéma. Elle se passionne pour les films cultes, les traversées autour du globe, les arts, la musique, la photographie, bref, elle s’intéresse à tout et veut tout savoir! Son but ultime : vaincre ses peurs et aller à la conquête du bonheur!

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