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Rechercher la poésie dans le quotidien

10329041_10204406476575970_7910556620179583733_nLa vie habitable: Poésie en tant que combustible et désobéissances nécessaires, tel est le nom donné au document 6 publié par l’équipe de nouveau projet et écrit par Véronique Côté. Prenant la forme d’un essai, cet oeuvre partage son temps entre récits, réflexions et entrevues, tous sous le large thème de la poésie. Poésie au sens large, poésie qui dépasse les mots et la littérature.

Dans un premier temps, il ne faut pas se laisser intimider par ce livre. Je dois vous avouer que je l’ai été, au début. Je ne savais pas trop comment approcher ce type d’essai et j’ai toujours un peu eu peur de la poésie. Pas une mauvaise peur, pas une phobie, juste une méconnaissance, un petit manque d’ouverture sur la chose. Je me suis lancée dans l’oeuvre sans trop savoir à quoi m’attendre et je me suis très agréablement retrouvée dans un univers qui nous parle de poésieS, au pluriel. Véronique Côté revendique la poésie dans le quotidien, la poésie de tous les jours, celle qui se trouve dans les petits moments, dans les objets, dans un paysage et surtout celle qui s’échappe de nos vies, qu’on ne voit plus, qu’on n’entend plus, toutes les poésieS auxquelles on ne porte plus attention.

L’auteure parle du nous, de notre pays, d’enjeux politiques, de cette perte du beau et réussi même à parler du fameux McDo, tout ça en 92 pages. Ces 92 pages sont celles d’une quête, celles d’une désobéissance, d »une insoumission, d’un tout, d’un commun, d’origines, de vie habitable.

Bien que je fus intimidée aux premiers abords, ma gêne est bien vite partie et j’ai été plus que charmée par cet essai. L’entièreté des textes est venue me chercher, les réflexions, les récits, les points de vues également. Si j’osais souligner dans mes livres, les pages de celui-ci auraient été jaunies à coups de marqueur.

Puisque je ne saurais trop comment rendre autrement qu’en citations mes impressions sur cet essai, je vous laisse avec quelques unes de celles qui ont le plus capté mon intérêt.

<<  La poésie naît spontanément du choc d’images, de la mêlée de sens, de l’accident. Elle jaillit de l’imprévisible, et par son surgissement elle nous lave le regard, la tête, le coeur. La poésie est, par définition, neuve: éternellement nouveau-née>>

<< La beauté nous apprend l’insoumission>>

<< Une langue vivante est, de préférence, désobéissante. Une langue figée est bonne pour les étouffés et les pendus – les vrais amants, eux, savent que la langue est belle quand elle reste le plus déliée possible, souple, mobile: réactive. Amoureuse.>>

<< L’imaginaire suffoque lorsqu’on l’inonde de lieux communs, de préjugés, de réponses toutes faites, de paroles de chanson creuses. L’imaginaire, ce muscle qui pourrait nous permettre d’inventer ensemble des solutions à pratiquement tous nos problèmes, s’ankylose dans cette surabondance de sirop sucré, rassurante parce que connue, légèrement écoeurante, comme un dessert commercial, dans lequel on peut être certain de ne goûter à rien qu’on ne connaisse déjà. >>

<< La poésie de la vie quotidienne est la plus forte, elle demande une prouesse peu commune: animer l’ordinaire et le répétitif, donner une âme au désamour du monde, faire honneur aux décors de sa propre vie>>

<< L’essentiel demeure que par un certain prisme, la vie, notre vie, soudain, devient habitable.>>

<< Le manque flagrant d’une réflexion collective, d’une vision d’ensemble dans notre façon de penser et d’occuper le territoire nous condamne à la morosité générale.>>

<< Nous sommes au bord d’une faillite morale ahurissante, avec toutes nos capitulations. Ce qui nous a menés à cette faillite, ce qui menace de nous y jeter pour de bon, c’est le déni d’une beauté qui nous appartient en tant que collectivité et la renonciation (parfaitement intégrée) au besoin que nous avons de cette beauté – de cette poésie pure. >>

<< Au tarot, quand on tire selon la méthode de la croix celtique, l’avant-dernière carte représente la peur et le désir. La réponse est la même. Peur et désir, un seul visage sur la même carte. On appelle ça le vertige. >>

<< Dans ce temps où nous allons, désorientés et incertains, cherchant partout hors de nous un indice, une trace du chemin à prendre, je suis sure, je suis certaine que de nous remettre à écouter ce qui frémit au-dedans, frêle mais scintillant, sensible mais irréductible, est la meilleure façon de retrouver notre Nord perdu, rempli d’espace, de silence et de temps. >>

<< J’écris pour dire que nous aurons tout à inventer pour que la vie reste vivable ici, pour que nos existences demeurent habitables, et pour dire aussi qu’heureusement, inventer est l’une des activités humaines les plus joyeuses qui soient.>>

Non mais ce n’est tu beau pas rien qu’un peu?!  De par ses mots, son contenu, son approche, Véronique Côté et son essai sont une minime parcelle de la réponse, un morceau du casse-tête, un bout de chemin vers la vie habitable .

Sur ce, bonne lecture.

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Curieuse depuis toujours, Marjorie s’intéresse à un peu tout, avec un penchant marqué pour les mots, le féminisme, les phénomènes de culture populaire et les mystères de la vie. Elle est bachelière en littérature et cofondatrice du Fil rouge, à travers duquel elle tente de faire son petit bout de chemin, lire le plus possible et surtout, apprendre et connecter avec les autres. Naviguant tant bien que mal à travers la vingtaine, elle trouve ses assises dans la lecture et l’écriture, cherchant toujours à comprendre un peu mieux les contradictions qui rendent la vie intéressante. Elle croit que la littérature fait partie de ces choses qui peuvent changer une vie, la rendre un peu plus douce et mettre un baume là où il faut.

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