Essais
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L’éléphante, la poésie et des paillettes

Je me suis glissée à l’intérieur des pages du Document 6, publié chez Nouveau projet, La vie habitable de Véronique Côté, comme je l’ai fait à quelques reprises dans la mer durant l’été. Bien qu’un article ait déjà été consacré à cet essai https://chezlefilrouge.co/2015/01/11/rechercher-la-poesie-dans-le-quotidien/, j’ai besoin d’y répondre moi aussi et de vous partager la place importante que tient la poésie dans ma vie.

La poésie comme une façon de voir, de respirer, d’être et d’aimer.

Je savais, depuis sa sortie en librairie (2014), que ce livre allait me parler à moi, directement. J’ai tout de même attendu avant de l’inviter chez moi. Jusqu’au moment où j’avais à nouveau besoin de sentir que j’appartenais à un tout et que cette petite voix qui me guide, mon instinct, ne s’est pas encore totalement évaporée dans un vent brumeux.

Les mots de Véronique Côté (et des auteurs invités) ont filé en moi comme une écharpe vaporeuse, réconfortante et pleine de voies possibles par où tricoter, par où m’exprimer.
*
Nous avons tous une façon unique de parler de Dieu, du bonheur, du temps, de la vie et de tous ces autres sujets de l’existence humaine.

À l’intérieur de ma création visuelle et littéraire (artistique), je suis présentement en recherche de mots et d’images pour définir, à ma manière, les fondements de mon monde, de mon univers singulier. Je nous représente tous et toutes comme de grandes îles mouvantes à découvrir où, même avant notre arrivée, le territoire avait déjà une histoire, que nous poursuivons désormais. Je cherche des réponses (subjectives, personnelles et mobiles) sur l’existence, le bonheur, le temps et sur ma place en ce monde. Entre A et Z, toutes les nuances, les étendues, l’infini des possibles. Chaque jour, je change, je me recommence, tout en évoluant.
*
La vie habitable donne à mon cœur un souffle de plus, attache sur mes épaules des ailes pour me sentir à nouveau un peu plus légère. Que la fatigue et l’ennui se retirent et me laisse vivre un peu, à ma manière.

Dans la vie, quand ça va moins bien, j’intercepte quelques souvenirs qui flottent dans ma mémoire et je m’y accroche, comme cette enfant que j’ai déjà été, les pieds balans, les mains serrées, accrochées aux poutres de métal sur l’un des modules au parc du quartier. Je reste soudée à ces moments où je me suis sentie complète, pleine ou en harmonie avec le monde, ces moments où il m’est apparu comme clair que j’avais le droit à un instant d’une grande beauté, à quelque chose de particulier, ou même à un cadeau du ciel. Je parle de moment présent, de pure méditation ou de quelque chose comme une transe. Je ne suis pas très fanatique du terme Dieu, même si je ne suis pas vide de croyances et même si je ne suis pas certaine de savoir ce qu’elles sont réellement. L’art est ma religion. Pour et par elle, je m’accroche au monde qui se dissipe, s’éparpille, se brouille, s’agglutine.
*
Je suis revenue en Gaspésie parce que j’étais déshydratée. La poésie manquait trop à ma vie. Je n’avais ni le temps, ni le cœur à lui accorder. Ici aussi, bien sûr, le monde se brûle, il y a l’enfer à l’intérieur du paradis. Les humains étant souvent la cause même de leurs propres malheurs. Mais j’arrive à me garder plus de plages de silence, de paysage, de temps de contemplation, de longues étendues encore intouchées, de champs vides, espace de tous les possibles.
En ville, j’étouffais. Je ne savais plus par où commencer, où regarder et où était ma place. C’était trop chargé déjà. Il me fallait revenir à la base, au tout début. Qui suis-je? Où vais-je? Quoi? Pourquoi? Ici, il y a tellement de ressources et de possibilités, qu’un autre problème quasi similaire se pose à moi. Et une seule et même réponse me vient alors, celle d’oser et de croire en moi.

Essayer. Investir le monde.
*
Je suis à la fois une femme de lettres (impossible de vivre sans les mots, sans l’écriture et la lecture) et une femme d’émotions. Je vis les choses sans toutefois savoir comment les exprimer ou encore les expliquer. Je suis une émotive. C’est pas un corps humain que j’ai là, c’est une île volcanique! Et donc, je ne sais toujours pas écrire la poésie. Je ne sais que la vivre et la lire à haute voix, pour qu’elle puisse me pénétrer de toutes parts.

Mais un jour, un jour, j’aimerais savoir l’écrire.

Véronique Côté vient habilement mettre des mots sur la plus abstraite partie de mon être. Je suis poésie. Elle vit à travers moi comme le vent de passage dans mes cheveux.

Les moments qui me suivent sans fin, ceux-là empreints de poésie qui continue de me permettre de croire que ça vaut encore la peine de me lever le matin, d’espérer, de rêver. Ils sont nombreux. En voici quelques-uns.

Avant même de savoir écrire, je dessinais des histoires. Mes animaux en étaient les héros, Cannelle, Blouffon et Gros-Minet, les courageux de l’Anse-aux-canards. Quand le dessin n’a plus suffit pour documenter ma vie, je gribouillais une sorte de hiéroglyphe, traçant des lignes et des points qui allaient dans toutes les directions, avec une frénésie folle. Puis je courrais vers maman pour la supplier du regard de me féliciter d’avoir su écrire des lettres, des vraies, pour qu’elle me dise qu’enfin, j’étais parvenue à élucider le grand mystère de l’écriture.

Je me souviens aussi très clairement du moment où j’ai compris que je savais lire. La phrase m’échappe, mais je sens encore, sous mes doigts, la texture de la page du petit livre jaune. C’était à ma première année de primaire. J’étais restée après la classe. L’enseignante, Ginette, m’avait récompensée avec un cornet à la guimauve.
*
La poésie s’invite en moi comme l’univers tout entier, l’univers qui, tout à coup, n’est plus si grand, si épeurant. Il devient quelque chose de tangible. C’est encore mystique. C’est toujours divin. C’est comme la mer qui s’ouvre devant moi sans autre fin que le début du ciel. Quand je crée et que je touche à mon essence, c’est là que tout se passe.

Je parle d’équilibre. Mais c’est bien plus que ça. Ça reste une sensation.

C’est beau. C’est pur.
*
Un certain 22 mai 2012, avec un couple d’amis, nous sommes allés manifester à Montréal. Cette marche reste à ce jour le moment le plus puissant de toute ma vie. Parfois durant une représentation musicale, lorsque les musiciens et le public s’offrent l’un à l’autre sans compromis, j’arrive à sentir l’énergie, que dis-je la poésie me traverser, mais jamais comme les frissons qui m’ont parcouru tout le corps lors de ce grand rassemblement d’humains qui marchaient dans une seule et même direction. 500 000 personnes qui avançaient dans le bonheur, la fierté et la conviction qu’un monde meilleur est bien possible si on se serre les coudes, si on ose se regarder dans les yeux, si on décroche enfin de nos vies virtuelles.

Une facette de moi est née en 2012. Elle s’essouffle parfois, mais elle est forte. Bien plus forte que tout le reste. Et c’est par la création, les échanges, le rire, la folie que je la regagne petit à petit et que je parviens à la garder en vie.
*
J’ai passé tout l’été à contempler la poésie de l’espace qui m’entourait. Et je n’en ai jamais assez.
Je suis assoiffée. Encore. Toujours.

Quand je regarde le vide profond des commerciaux à la télé, l’inertie des téléspectateurs, les nouvelles superficielles qui prennent toute la place des nouvelles importantes, pressantes, je me sens agressée. Je suis loin, très loin d’être indifférente face à la souffrance du monde. Même qu’elle m’écrase, me brûle, me donne le tournis (et je n’aime pas les manèges). Pour ma survie et pour celle de la «flamme» qui tente à tout prix de rester allumée en moi, je choisis mes combats, je choisis de rayonner avec mes forces, mes aptitudes. Je donne par la création, l’écoute. Je ne suis jamais perdante. Jamais on ne peut totalement m’écraser. Tout ça, c’est trop fort. Je suis une éléphante et personne ne m’arrête, pas même les chasseurs d’ivoire, pas même les consommateurs d’huile de palme, pas même les maladies ou le temps. J’ai tout en moi. Toute cette poésie sans cadre. Et sur mon passage, ce n’est pas de la poussière de terre sèche que je laisse mais de la poussière d’étoile, de la poussière de monde à faire et à refaire. Des paillettes de toutes les couleurs. De la lumière.

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Louba-Christina Michel est une passionnée. Elle écrit depuis qu’elle sait comment faire et même avant, dans une sorte d’hiéroglyphes inventés. Et dessine depuis plus longtemps encore, elle a dû naître avec un crayon dans la main. Elle est transportée par tout ce qui touche à la culture et dépense tout son argent pour des livres et des disques (hey oui!). Elle prend beaucoup trop de photos de son quotidien, depuis longtemps. Des centaines de films utilisés attendent d’être développés dans des petites boîtes fleuries. Sa vie tourne autour de ses grandes émotions, de ses bouquins, de l’écriture, de l’art, du café et maintenant de sa chatonne princesse Sofia. Après une dizaine d’années d’errance scolaire et de crises existentielles, entre plusieurs villes du Québec, elle est retournée dans son coin de pays pour reprendre son souffle. Elle travaille présentement à un roman et à une série de tableaux.

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