Littérature jeunesse
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Fifi Brindacier, la féministe tressée

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Illustratrice : Ingrid Vang Nyman

Certains diront sans doute que c’est un peu tiré par les cheveux (Tadam!) de proclamer qu’une jeune fille est féministe. Or, ce n’est pas vraiment Fifi Brindacier elle-même qui l’était, mais bien l’espace que ce personnage a pris dans le monde de la littérature jeunesse et l’influence de ce grand classique littéraire. Fifi était féministe sans le savoir et je vous expliquerai pourquoi dans cet article.

Écrit par la suédoise Astrid Lindgren en 1945, Fifi Brindacier ou plutôt Pipi Långstrump en suédois, est un roman jeunesse qui a eu ÉNORMÉMENT de succès. Les séries télévisées et les films à son effigie ne se comptent plus. Petit résumé de l’histoire, que vous connaissez sans doute déjà; une jeune fille vit seule depuis que son père, un capitaine, traverse les mers. Elle habite dans sa villa, Drôlederepos, avec son ami le cheval et son singe. Sa vie est synonyme d’événements farfelus et de liberté, surtout! Elle a aussi un coffre rempli de sous dans sa maison et vit au gré de ses envies.

Alors pourquoi Fifi Brindacier est-elle une féministe ?

À mon sens, Fifi est féministe sans le savoir, elle prône l’autonomie et la débrouillardise. Son mode de vie est hors norme et ne plaisait aucunement aux parents et aux enseignants qui lisaient l’oeuvre (à l’époque). Ces derniers devaient croire que le roman allait donner un mauvais exemple aux enfants. Or, c’est tout le contraire. L’oeuvre est intemporelle et renvoie aux jeunes lecteurs et aux moins jeunes (!!) l’idée que les rôles féminins ne doivent pas être résolus à des stéréotypes de genre. (On est loin de la série Martine, je sais de quoi je parle, ha!)

Fifi est orpheline, elle vit seule dans une grande maison, elle ne va pas à l’école et fait ce qui lui plaît. Elle n’est pas dépendante de quelqu’un, en ce sens, l’oeuvre est très marginale, car l’idéal du patriarcat n’est pas présent dans le récit. Les personnages enfants dans les romans ont en général des parents et vivent sous une organisation dite normale, soit vont à l’école et doivent se plier aux exigences des parents et des supérieurs. Fifi ne conçoit pas être autre qu’elle-même, une enfant. Physiquement, elle est différente, mais se réjouit de cela. Elle adore ses belles tâches de rousseurs et porte que des vêtements confortables, comme des jeans et des salopettes! On admire encore le côté irrévérencieux du personnage et surtout, le modèle d’acceptation de soi qu’elle offre!

Cette nouvelle perception de la jeune fille et de son mode de vie fait rêver les filles et les garçons, car non seulement elle est drôle, forte et attachante, mais elle fait ce qui lui plaît, le rêve de tous les enfants! En faisant cela, elle a remis un peu d’égalité entre les sexes en littérature jeunesse en se présentant comme différente, mais en assurant cette marginalité. L’oeuvre de Astrid Lingren se doit d’être lue encore et encore, car elle permet à des jeunes de s’assumer tels qu’ils sont en ne prenant pas en considération les stéréotypes sexuels dont même les enfants et les héros de la littérature jeunesse sont soumis.

De plus, elle offre une vision réaliste de ce qu’est réellement l’enfance: plaisir, rire, liberté et innocence. On se souviendra que le concept même de l’enfance n’a pas toujours été compris en littérature jeunesse. Plusieurs des grands classiques de la littérature jeunesse sont camouflés sous des morales et des leçons qui ne tenaient qu’à véhiculer les bonnes valeurs de la société. Il suffit de penser à Les malheurs de Sophie ou Les petites filles modèles de la Contesse de Ségur, ou même à la série Martine. Astrid Lindgren a eu énormément de courage en brisant les carcans littéraires traditionnels pour offrir un personnage comme Fifi.

Fifi, veux-tu être mon amie ?

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Et vous, quel personnage de la littérature jeunesse vous a le plus marqué ? Personnellement, je dirais Fifi et Matilda (je vous en parlerai dans un prochain article).

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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

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