Lorsque le printemps se pointe le bout du nez, les femmes s’empressent de ressortir leur bas collants et leurs jupes affriolantes qui hibernaient depuis quelques mois au fond des tiroirs froids. Et malgré que mon père m’ait répété un milliard de fois qu’en avril il ne faut pas se découvrir d’un fil, je fais partie intégrante de celles qui s’impatientent.
Dès lors, faire tenue légère implique d’afficher ma deuxième peau, soit mes tatouages. J’affronte donc au quotidien le regard de la majorité sur la différence de l’autre.
Moues dégoûtées de la part de vieilles dames et regards en coin des hommes d’un certain âge font partie de mon quotidien dès que la température permet que mes jambes et mes bras vivent pleinement leur liberté. Avec le temps, on se forge une sorte de carapace face à ces comportements totalement humains qui cachent tout de même une poignée de préjugés.
Est-ce véritablement cette fille qui enseignera à mes enfants? Sort-elle vraiment de l’université celle-là?
L’altérité devrait être davantage abordée dans les centres pour personnes âgées.
Pendant que ces questions virevoltent dans leurs esprits cloîtrés, moi je souris, parce que j’ai foi en un avenir meilleur pour ceux de ma génération et pour celles qui suivent. Lorsque sonnera le glas, qu’adviendra-t-il de ces individus qui véhiculent ces stéréotypes archaïques? La fin. Tôt ou tard, comme pour chacun d’entre nous. Par conséquent, il y aura mort des concepts arriérés imposés par une certaine tranche d’humains endoctrinés par la société. Celui de la beauté ne sera pas épargné.
Comme Fernando Pessoa l’a si bien dit: «définir la beauté c’est ne pas la comprendre». Oscar Wilde a aussi dit que «la beauté est dans les yeux de celui qui regarde.» Et selon moi, il n’y a rien de plus vrai. Je me rappelle les yeux d’enfants, ceux qui se posent délicatement, sans reproche ni insulte, sur mes dessins d’éternité. Des yeux empreints de curiosité, d’admiration, mais également de questionnements.
A-t-elle été une pirate dans une autre vie? Est-elle une rockstar?
L’enfant d’âge préscolaire devrait, quant à lui, ne jamais se laisser corrompre par une société qui refuse la couleur sur la peau, qu’elle soit naturelle ou artificielle.
Et toutes ces identités que peuvent m’attribuer l’imagination farfelue des gamins me plaisent bien. Je suis tout cela à la fois. Je suis une Barbouillée. Et je ne suis pas seule. On est beaucoup dans ma bande. On s’affirme, on s’assume. Nous ne sommes pas des pages blanches.
Lorsque je quitterai ce monde, je partirai tel un parchemin bien rempli. Cet enveloppe qui me sert de corps ne sera plus que cendres après mon départ. Cependant, mon âme aura été marquée à jamais de cet art qui se marie si bien à la femme que je suis. En plus, j’aurai pleins de belles histoires à raconter au paradis.

