Chroniques d'une anxieuse
Comments 2

Chroniques d’une anxieuse : une p’tite pilule, une p’tite granule pis un Rivotril

Pilules

C’était tentant, toujours tentant, cette p’tite pilule magique qui m’interpellait en disant «viens, avec moi, il n’y aura plus jamais aucun problème». Elle était là. Elle m’attendait. Elle me promettait une vie meilleure, de me rendre normale ou presque, de me débarrasser de toute trace d’anxiété pendant quelques heures.

La fiole était sur la table de la cuisine. Elle était remplie de minuscules ronds orangés. Remplie de Rivotril qui n’attendait que le jour où je l’engloutirais au fin fond de ma gorge. Et je la dévisageais déjà depuis des heures en ne sachant pas trop si je pouvais lui faire confiance.

J’en avais seulement quinze à ma disposition. Quinze pour l’année. Pas plus. Pas moins. Quinze.

Et j’avais décidé, durant une de mes fameuses nuits d’insomnie, d’en sacrifier une pour essayer. Pour voir, comprendre, expérimenter. Pour apercevoir ce que j’allais devenir. Parce que, oui, j’ignorais ce que j’allais être avec cette p’tite pilule dans mon corps. J’avais comme l’impression que j’allais me transformer en une nouvelle Alex. Plus relaxe, plus calme, moins stressée. Mais peut-être aussi moins vive d’esprit, moins enjouée, moins alerte…

Plus vedge comme on dit. Un quasi légume. Une quasi larve.

J’avais peur de perdre mon essence. Et j’avais surtout peur d’aimer ça.

L’idée de m’en procurer m’était venue le jour où j’avais su que je devais faire un oral devant toute une classe universitaire. UN ORAL. Mon pire cauchemar depuis toujours, même avant que j’en prenne conscience, même avant que j’existe réellement. Parce que moi devant une classe c’est synonyme de moi qui perd tous ses moyens. Mes mains tremblent, mon visage devient écarlate, mon pouls s’accélère, ma voix tremblote. J’ai des spasmes incontrôlables qui font tressaillir mon corps en entier. Bref, le package deal.

J’te le jure, quand je fais un oral, je suis mal à l’aise et je rends mal à l’aise les autres. Les élèves dans la classe pis même le prof ont de la misère à me regarder tellement je fais pitié. Ils n’ont pas envie de rire de moi, non, ils ont envie de me prendre dans leurs bras et de me libérer du gros tas de stress qui repose sur mes épaules.

Bref, je ne voulais pas revivre ce genre d’inconfort insupportable. Et la seule solution qui m’était venue à l’esprit, c’était de prendre des p’tites pilules pour me calmer les gros nerfs. Mais je ne voulais pas devenir dépendante de ce genre de médicament. Je ne voulais pas commencer à en prendre à chaque fois que je stressais comme un plaster qui soulage pendant un instant la blessure sans jamais rien guérir.

Je voulais juste en avoir au cas où. De temps en temps. Pas plus. C’était une promesse.

Et, un matin, la fiole m’attendait sur la table de la cuisine. J’ai glissé dans ma bouche un p’tit rond orangé juste avant de quitter l’appart pour aller à l’université. Pis BAM!, quand je suis entrée dans le wagon du métro, une vague de chaleur a traversé mon corps. C’est difficile à expliquer, je n’étais pas différente, j’étais juste Alex sans anxiété.

Moi sans anxiété. J’avais toujours voulu savoir.

Il n’y avait plus ces limites inutiles qui m’empêchaient de dire ce que je pense ou d’être ce que je suis. Il n’y avait plus de barrières ni de blocages. J’étais juste bien avec moi-même. Et je comprenais le danger de la dépendance. Parce que j’appréciais vraiment (extrêmement beaucoup) cette Alex sereine, peinarde, sans angoisses.

Quelques semaines plus tard, le jour J est arrivé. Pis, tsé, vu que je suis VRAIMENT pas excessive, j’ai décidé de prendre deux Rivotril d’un coup. Ouin.

Mais l’affaire c’est qu’un des effets secondaires du médicament c’est la somnolence. Faque, juste avant d’aller à l’avant de la classe pour prendre la parole, je cognais des clous et je baillais pas à peu près. Ma coéquipière, avec qui je faisais l’oral, était comme un peu inquiète.

Quand j’ai enfin commencé à proférer mon oral, la fatigue s’est envolée (une chance!) et j’ai été capable, pour la toute première fois, de regarder les nombreuses paires de yeux qui me fixaient. Mes mains ne tremblaient pas. Ma voix s’articulait avec une aisance que je lui avais rarement vue. J’ai même osé faire une joke de cul (c’était de circonstance, promis, promis!) et toute la classe a ri.

Et ce n’est que quelques jours plus tard que j’ai eu mal. Vraiment beaucoup.

Je ne voulais pas me bourrer la face de médicaments pour vivre une vie normalement. Je ne souhaitais pas avoir besoin d’une p’tite pilule pour me sentir bien. Ce n’était pas ce que je voulais. Non. Ce que je voulais, c’était d’être capable d’affronter le monde sans l’aide de personne ni d’aucun Rivotril.

Parce qu’être moi, c’était aussi être anxieuse. Une anxieuse qui, grâce à son anxiété, était sensible à tout ce qui l’entourait, était capable d’aimer terriblement ceux qu’elle portait dans son cœur, capotait parfois pour des niaiseries, mais savait admettre ses tords.

Une anxieuse qui voulait, jour après jour, se dépasser, devenir meilleure, s’améliorer, travailler sur elle-même.

Qui ne s’avouait jamais vaincue parce qu’elle était désireuse de surmonter chaque petit défi.

Qui voulait prouver au monde entier qu’être anxieuse ce n’était pas un embâcle, mais bien un état qui nous rendait toujours un peu plus fort chaque jour.

Advertisements
This entry was posted in: Chroniques d'une anxieuse

par

Anxieuse à temps plein et insomniaque à temps partiel, Alexandra se nourrit à grands coups de mots, de phrases et de livres qui font rêver. L’écriture lui a toujours servi d’exutoire avec lequel elle pouvait coucher sur papier ses folies et ses nombreux tourments. Elle adore tout particulièrement se perdre dans les couloirs infinis des bibliothèques, mais également dans les corridors de l’Université de Montréal où elle fait un baccalauréat en Littérature comparée et cinéma. Elle se passionne pour les films cultes, les traversées autour du globe, les arts, la musique, la photographie, bref, elle s’intéresse à tout et veut tout savoir! Son but ultime : vaincre ses peurs et aller à la conquête du bonheur!

2 Comments

  1. Lina says

    Wow …. ca fait toujours du bien de se sentir moins seule. On m’a récemment prescrit des anxiolitiques justement, parce que je vis cet état de crise et d’angoisse incroyable (je l’ai toujours vécu, à différents niveaux, à différentes occasions, mais jamais de manière aussi longue et pénible qu’en cette trop pas merveilleuse année de rédaction) et ca me faisait peur au possible.

    J’ai même pris une demi pilule blanche la première fois, parce que moi aussi, j’avais peur. Et wow. La Lina pas anxieuse : je l’avais pas vue depuis tellement longtemps, depuis des années en fait.

    Et là j’en prend pour passer au travers de mes journées de travail, pour arrêter de paniquer chaque fois que je m’installe devant mon écran. Et comme je sais que c’est qu’un plaster, je consulte en même temps …. et j’essaie fort d’aller mieux. Mais surtout, je me donne le droit de ne pas aller bien quand ca va pas. Pour une fois, je me donne le droit que ce soit les autres qui s’inquiètent pour moi et qui m’écoute pas aller bien.

    Ca c’est pas simple !

    Ca prend une suite à cette chronique, un genre de 1 an après, comment la fille anxieuse survie !

    Merci pour ces paroles rassurantes xx

    J’aime

  2. lau says

    Je viens de lire unee copie onforme de ma vie! Les pillules sont quant à moi toujours dans l! Armoire a meds…. pas eu le courage de prendre la première dose…

    J’aime

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s