Littérature québécoise
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Deux auteures, deux visages de la Gaspésie – Partie II

Entre réalité et rêve, la vie

À travers deux entrevues réalisées via la magie de l’Internet, je vous propose deux portraits d’écrivaines d’origine gaspésienne, Marie-Ève Trudel Vibert, auteure du roman La fille de Coin-du-banc et Joanie Lemieux, qui se cache derrière le recueil de nouvelles Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers? (retrouvez la critique du livre dans un article paru précédemment). J’ai donc posé une série de dix questions aux deux jeunes femmes dans le but mieux les connaître, mais aussi d’en apprendre davantage sur le métier d’écrivain et sur leur vision du métier.

1-D’abord, qui êtes-vous ? Et quel est votre cheminement en quelques mots?

Je suis née et j’ai grandi à Gaspé, en Gaspésie. J’ai d’abord fait mon cégep en sciences de la nature, avant de bifurquer et de choisir les lettres à l’université. J’ai ensuite poursuivi à la maîtrise, orientant alors mon parcours vers la création littéraire.

Au cours de mes études universitaires, j’ai suivi plusieurs ateliers d’écriture avec des écrivains, et j’ai reçu pour la première fois des retours professionnels sur mon travail. J’ai écrit beaucoup. Peu à peu, avec certains textes, des thèmes ont émergé et un recueil a commencé à se dessiner. C’est de là qu’est né Les trains sous l’eau prennent-ils encore des passagers?

2-Expliquez votre sentiment d’appartenance envers votre région en tant qu’auteure. Avez-vous un mandat ou un besoin de clamer cette appartenance?

Je ne sens pas un mandat ou une obligation sacrée de parler de ma région dans mes livres. J’en parle sans l’avoir calculé, parce que les caps et les marées gaspésiens me viennent naturellement, quand j’écris. Mais je n’aurais pas voulu nommer ma région dans le recueil.

Je ne ressens pas le besoin de me qualifier « d’écrivaine gaspésienne ». Cela dit, je tenais à faire mon lancement à Gaspé, dans mon bout du monde natal, plutôt qu’à Montréal.

Pour moi, il y a une distinction importante entre aimer ma région, en vanter les beautés et les forces, me laisser inspirer par elle et me définir par elle en tant qu’écrivaine. Je suis fière de venir de la Gaspésie et d’y vivre encore aujourd’hui. Mais mon écriture, elle, n’a pas besoin d’habiter un territoire précis.

3-Comment la Gaspésie inspire-t-elle votre écriture?

Il va de soi que ma région fait partie de qui je suis devenue et, par le fait même, qu’elle transparaît un peu partout dans mon écriture. La Gaspésie m’a vue grandir, plusieurs de mes expériences de vie y sont donc rattachées. Bien sûr, je n’écris pas à propos de moi-même et aucune nouvelle n’est directement liée à ma propre vie, mais il demeure toujours quelques traces de l’auteur dans un texte… inconsciemment, je puise dans mon vécu des sensations, des émotions et des atmosphères susceptibles de nourrir l’intrigue. Ma région natale a donc forcément fait naître certains éléments d’écriture, au même titre que mes relations amoureuses, mes expériences professionnelles, mes études universitaires et les livres que j’ai déjà lus.

4-Vos personnages principaux sont des femmes, est-ce que vous vous identifiez à elles d’une manière ou d’une autre?

Il y a dix nouvelles dans ce recueil, et dix personnages principaux féminins. Je ne suis heureusement pas toutes ces femmes à la fois !

Il va sans dire qu’il y a un peu de moi dans tous mes personnages, cependant. Un peu. Une émotion déjà vécue, une réaction, une question. Même si je ne cherche pas à reproduire des situations que j’ai vécues, il demeure une forme d’identification, oui.

Toutefois, je me demande si le fait qu’il s’agisse de femmes y change vraiment quelque chose. Je suis présentement à l’écriture d’un roman où il y a davantage de personnages masculins et je ressens le même lien d’identification avec eux : ni plus, ni moins.

5-Que vouliez-vous exprimer en donnant la parole à une majorité de personnages féminins ?

Ce n’était pas, pour moi, un objectif clair au départ que de parler autant de femmes. C’est ce qui s’est dessiné en cours de route et je suis montée dans le train de ce projet-là.

6-Votre travail amène-t-il un regard féministe sur le monde ?

Je ne sais pas. Mes lecteurs me le diront.

Mes personnages féminins, dans le recueil, sont souvent prisonniers de leur vie. Ils la subissent davantage qu’ils n’agissent sur elle. Je les montre dans leur isolement, sans autre issue immédiate que le rêve ou la fiction. Souvent, mes nouvelles se terminent avant que le personnage ait décidé de prendre le contrôle de sa vie.

Mais est-ce que cela rend mon livre plus, ou moins, féministe? Je l’ignore.

7-Que conseillez-vous aux jeunes écrivains en herbe qui aspirent à la carrière d’auteur?

De lire et d’écrire.

Personnellement, j’aime relire les ouvrages qui m’ont plu, je le fais avec une grande attention. J’essaie de repérer ce qui, précisément, y fonctionne si bien. Comment sont faites les phrases ? Pourquoi ai-je été si émue ? Qu’y a-t-il dans ce livre qu’on ne trouve pas ailleurs ? Quant aux livres qui ne m’ont pas plu, il m’arrive parfois, aussi, d’y jeter un nouvel œil ne serait-ce que pour l’exercice de nommer ce que je n’ai pas aimé. Il me semble que repérer les maladresses des autres peut m’aider à relire mes propres textes.

Après, il faut écrire beaucoup. Réécrire. Mettre de côté, attendre un mois, trois mois. Relire avec du recul. Ça prend le temps que ça prend. Ce n’est pas grave si ce n’est pas prêt tout de suite.

8-Qu’elles sont les qualités qu’une œuvre doit avoir pour marquer son époque?

Voilà une question piège !

S’il y avait une recette pour faire une grande œuvre, ça se saurait. Les œuvres les plus marquantes sont souvent celles, ironiquement, qu’on n’attendait pas.

À plus petite échelle, pour me marquer moi, une œuvre doit être porteuse d’une vérité : sur le monde, sur la vie, sur l’homme. Les vérités profondes sont souvent intemporelles.

9-Quelles sont vos figures marquantes de la littérature et comment ont-elles influencé votre vie et votre écriture ?

Enfant, je lisais beaucoup. Davantage qu’aujourd’hui, si ça se trouve ! Je me plongeais carrément dans les œuvres, j’étais fascinée par l’imagination des auteurs. Il m’arrive souvent de repenser à un personnage de Rowling ou de Stevenson. Je retourne même lire, de temps en temps, un passage de À la croisée des mondes, de Pullman, que je redécouvre en langue originale. Il n’y a pas d’âge limite pour apprendre de la littérature jeunesse.

Quand j’étais au secondaire, un enseignant a mis quelques textes de Cortázar entre mes mains. Ça m’a renversée : d’une part, les histoires où le réel et la fiction semblaient interchangeables; d’autre part, le genre de la nouvelle, plein de promesses, qui m’a tout de suite attirée.

Des chocs comme celui-là, j’en ai par la suite eu encore quelques-uns : Aude, Anne Hébert, Alessandro Baricco… Des personnages mémorables, des intrigues marquées par l’intensité, des narrations que je n’avais encore jamais rencontrées : j’aime dire qu’en me prouvant qu’il n’y a pas qu’une seule manière d’écrire des livres, ces auteurs m’ont donné des permissions.

Être en contact avec leur talent, leur adresse et la liberté qu’ils s’accordent m’inspire beaucoup. J’aime les relire.

10-Vous avez d’autres projets en cours, pouvez-vous m’en parler brièvement?

Je suis présentement sur un roman ! Je m’adapte au rythme plus lent de ce genre de la durée. C’est un défi différent et expérimenter cette nouveauté se révèle très stimulant. Je ne veux pas trop en dire, si ce n’est que l’histoire se déroule dans un village de bord de mer. Un naufrage sur les côtes vient bousculer la vie des habitants…

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Louba-Christina Michel est une passionnée. Elle écrit depuis qu’elle sait comment faire et même avant, dans une sorte d’hiéroglyphes inventés. Et dessine depuis plus longtemps encore, elle a dû naître avec un crayon dans la main. Elle est transportée par tout ce qui touche à la culture et dépense tout son argent pour des livres et des disques (hey oui!). Elle prend beaucoup trop de photos de son quotidien, depuis longtemps. Des centaines de films utilisés attendent d’être développés dans des petites boîtes fleuries. Sa vie tourne autour de ses grandes émotions, de ses bouquins, de l’écriture, de l’art, du café et maintenant de sa chatonne princesse Sofia. Après une dizaine d’années d’errance scolaire et de crises existentielles, entre plusieurs villes du Québec, elle est retournée dans son coin de pays pour reprendre son souffle. Elle travaille présentement à un roman et à une série de tableaux.

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