Défis littéraires
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«Blues nègre dans une chambre rose» de Jennifer Tremblay vu par l’équipe du fil rouge

11128081_10152727601842413_2055923425_nCe que j’en ai pensé :

La lecture du mois d’avril Blues nègre dans une chambre rose de Jennifer Tremblay est sans doute la plus tendre depuis le début du défi du défi littéraire. Loin des clichés des histoires d’amour traditionnelles, nous avons affaire à une passion dévorante, celle de Fanny et de Bobo.

J’ai été agréablement charmée par le récit, mais surtout par la plume de Jennifer Tremblay. Elle a su, avec douceur et délicatesse, nommer les émois vécus par Fanny. Les émotions ressenties par cette amoureuse étaient parfaitement justes et senties. Bobo étant un musicien très connu et demandé qui fait le tour du monde et surtout, un homme marié, Fanny n’a droit qu’à des parcelles de cet amour et c’est cela qui devient rapidement un problème. Elle s’accroche à un idéal impossible et se fait du mal en tentant de retrouver cette passion avec Bobo dans les bras d’autres que lui. Or, c’est réellement une passion, comme peu connaîtront, qui envahit le personnage de Fanny. Il faut comprendre sa dépendance, son obsession pour réaliser l’amour infini qu’elle porte à Bobo. Blues nègre dans une chambre rose, c’est un récit chaud, érotique et tendre d’une relation passionnément intense. En entier, l’histoire m’a plue. Je suis curieuse de voir ce que Jennifer Tremblay proposera suite à ce premier roman bien prometteur.

Ce que Marjorie en a pensé :

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre de ce roman et ce, même après avoir lu la quatrième de couverture. C’est donc en plongeant dans ce court livre, qui se lit très facilement, que j’ai mieux compris la teneur du récit. Je dois dire que, de manière générale, j’ai plus apprécié la structure et l’écriture que l’histoire même. Écrit sous la forme de cahiers, petits paragraphes suivit de plus longues réflexions, j’ai vraiment eu l’impression de plonger dans le plus creux des maux de Fanny. Quand je dis que j’ai plus apprécié l’écriture que l’histoire même, il ne faut pas croire que je n’ai pas apprécié, disons plutôt que la transmission du récit à travers ses carnets m’a charmée de manière plus marquée que si je m’étais retrouvée dans une histoire linéaire, racontée de façon plus classique. La passion et l’amour destructeur de Fanny pour Bobo fait mal et, par le fait-même, fait mal à lire. Je ne peux pas dire que je me suis reconnue dans le personnage, mais j’ai eu un mal fou pour elle, je n’ai pas compris autant qu’elle ne comprend pas, pour des raisons différentes. J’aurais voulu être l’amie qui lui dit de décrocher, qui lui dit de passer à autre chose et ce, même si, comme on le voit dans l’histoire, c’est beaucoup plus complexe que ça. À mi-chemin entre amour, passion et destruction, comme tout bon récit passionnel, ce roman m’a bien plu de par son écriture qui rend bien l’éventail d’émotions vécu par Fanny.

 Ce que Karina en a pensé : 

Il est rare que je lise la quatrième couverture. Je me fis toujours à ma première impression, soit en lisant le titre ou tout simplement en regardant la couverture. C’est cependant en voyant cette phrase que j’ai su que j’allais apprécier ma lecture: «Un jour, je t’ai écrit que je t’attendais, qu’il y avait de la place pour toi dans ma maison. Tu m’as répondu l’amour est un incendie.»

Dès les premières lignes, je me suis reconnue dans le personnage de Fanny. Être toujours dans l’attente d’un changement, d’une phrase, d’un signe, d’un espoir qui ne viendra pas, je connais ce sentiment. J’espère longtemps, trop longtemps, et je blâme ma patience pour cela. Souvent je suis en colère, je m’en veux parce que je me fais du mal. Est-ce un manque de confiance en moi, tout comme Fanny, où je n’ose tout simplement pas dire ce que je veux réellement?

Fanny est amoureuse d’un homme qui se trouve à être un beau africain noir. Il n’est pas n’importe qui, un célèbre chanteur de blues dont elle est amoureuse depuis qu’elle est toute jeune. Ils se rencontrent tous les deux lors d’un festival de blues aux États-Unis, puisqu’elle est également chanteuse de blues. Ils se retrouvent dans une chambre d’un motel et voilà que leur histoire commence. Le problème est que Bobo est marié et qu’il est toujours en mouvement. Fanny tentera de fuir ses sentiments, elle tentera de trouver refuge. Que ce soit dans la forêt, chez ses parents en Gaspésie ou encore chez les sœurs. Pourtant, il est rare qu’elle trouve la paix. Amoureuse, elle sera «faible» devant cet homme qu’elle essaiera de remplacer par d’autres hommes. Rien n’y fera, elle a Bobo dans le corps.

Jennifer Tremblay a une plume des plus douces. Cela faisait un moment que je n’avais pas eu la chance de lire ce genre de lecture, puisque «Blues nègre dans une chambre rose» n’est pas qu’un «roman d’amour» commun, il est même plus que cela. C’est l’emprise d’un amour, c’est la recherche d’une identité et c’est sa libération.

L’écriture de l’auteure est poétique et envoûtante. Je n’ai pas vu ma lecture passer et il faut se l’avouer, le roman est très court, ce qui facilite sa lecture. J’espère que vous aimerez autant que moi cette lecture.

Ce que Louba-Christina en a pensé

Lorsqu’est venu le temps de choisir le livre qui serait proposé pour le défi pour avril, je n’ai pas hésité à voter pour Blues nègre dans une chambre rose de Jennifer Tremblay. C’est le titre qui a d’abord capté mon attention, ce long titre coloré et mystérieux, Blues (pour le style musical & la nostalgie), nègre (pour l’homme, Bobo Ako, dont la narratrice est amoureuse), dans une chambre rose (il y a deux chambres roses dans le récit, soit celle de l’abbaye et celle que la narratrice peint en rose dans son appartement pour recevoir Bobo (murs, literie et accessoires roses).

Roman composé de trois parties, de trois cahiers écrits par la narratrice Fanny qui s’adresse à son amant, son amour, le très populaire chanteur blues, Bobo Ako. On est témoin de ses plus intimes pensées entre sa rencontre avec l’homme et le moment où elle cesse, en quelque sorte, de l’attendre.

Dès la première page du premier cahier, l’atmosphère du livre est ressentie par le cloître des murs de l’Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac où l’héroïne se réfugie pour essayer, avec grande peine, de reprendre les rênes de sa vie et de son cœur. «L’important, au bout du compte, c’est de redevenir légère. Ici, c’est une chose possible. Ce n’est pas sûr, mais c’est au moins possible.» Il est assez rare de lire une histoire contemporaine où une grande part de l’histoire se déroule dans une retraite religieuse. «Il y a un crucifix à la tête du lit. Ça me donne envie de dormir nue. » Mais même lorsque l’histoire est campée à cet endroit, Fanny nous plonge avec elle dans ses souvenirs, elle vit peu dans le présent. C’est dans sa tête qu’est située la vraie prison, celle où elle espère Bobo.

L’histoire est écrite un peu comme si nous étions sur les traces d’un homme recherché, suivant les indices notés d’une enquête menée. Les traces et les indices sont racontés comme des souvenirs polis, lichés, presque théâtralisés. «Tu passes et repasses dans mes rêveries, et je suis obligée de t’écrire pour ne pas imploser. » On plonge, certes, mais jamais totalement au creux des émotions. Même lorsque les corps se touchent, j’ai plutôt l’impression d’observer un tableau que de lire une scène de sexualité, de désir et d’amour. J’ai trouvé ça beau, oui. Mais en même temps, j’ai eu l’impression de rester en surface tout au long du récit. D’attendre le moment où j’allais enfin être totalement saisie.

Je ne peux pas non plus dire que je n’ai pas été touchée par ce que j’ai lu, j’ai été brassée un peu. J’ai souri jaune souvent. Je pouvais comprendre la détresse et l’impuissance de Fanny, éternelle maîtresse de cet homme libre. «Tes courriels archibrefs, mais archi-sexy, collectionnés sur des mois et des mois, ont imposé une cadence à mon existence, ont déterminé mes humeurs. La quête de ta présence a été la quête la plus importante de mon existence, je t’ai voulu à tout prix dans ma chambre rose, et tout ce qui a existé en dehors de cette quête avait pour seule fonction de m’occuper en attendant ton arrivée officielle et définitive. Il s’agissait juste, en attendant, de ne pas me laisser dépérir.»

Je ne sais pas s’il y a réellement quelque chose à retirer de ce roman, de cette histoire mille fois écrite, mais tout de même écrite à la manière de Jennifer Tremblay, qui laisse voix à la maîtresse amoureuse, mais je crois qu’on arrive à comprendre le cheminement du personnage et sa logique. On a trop souvent entendu l’idée que l’on reproduit, en quelque sorte, sa relation avec le paternel avec nos conjoints, en revisitant le même pattern maintes et maintes fois. «J’avais du mal à m’endormir. J’avais envie de l’appeler. Papa, papa, papa. Il serait venu en courant. Je lui aurais dit de rester à côté de moi, regarde-moi m’endormir. Mais je n’osais pas. On aurait dit que les retours me faisaient plus mal que les départs.» Si la narratrice ne reproduit pas en tous points sa relation paternelle avec Bobo Ako dans le rôle du père (il est plus âgé qu’elle), on comprend tout de même la souffrance qu’elle ressent en le voyant à chaque fois partir sans pouvoir l’arrêter.

Je conseille ce roman (plusieurs phrases valent le détour) que je trouve à la fois léger et quelque peu dérangeant, par contre, j’aurais apprécié qu’il soit un peu moins passif et plus dans l’action. Mais puisque ce sont des souvenirs qui sont narrés dans des cahiers, une suite de réflexions pour accepter et continuer, je comprends le style. Et pour tout ça, c’est réussi.

*Le roman est illustré par Lino dont j’apprécie beaucoup le travail 🙂

Questions pour susciter la discussion

1- Qu’avez-vous pensé de la plume de Jennifer Tremblay?

2- Est-ce que la passion entre Fanny et Bobo vous a plu?

3- Avez-vous ressenti de la compassion pour Fanny?

4- Trouvez-vous que la thématique de la passion amoureuse a bien été exploitée?

5- Quels autres romans conseilleriez-vous qui traitent d’amour impossible?

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par

Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

3 Comments

  1. Anne K. says

    Pour ma part, c’est un roman très touchant et passionnel de Jennifer Tremblay dont la plume poétique est teintée de musicalité! En effet, Fanny musicienne tombe amoureuse d’une icône du blues dont elle pressent une relation à sens unique puisque ce dernier est plus âgé et de surcroît marié
    Digne des romans du XIXème siècle où la passion déchire les coeurs,Fanny décide d’entamer une retraite chez les soeurs pour se sevrer de cet amour trop obsessionnel. En perpétuelle attente de courriels, elle pousse l’audace de se rendre en Suisse pour suivre éperdument son amant qui ne fait surface que lorsque bon lui semble.
    En quête de ce grand amour non assouvi, Fanny n’hésite pas à s’oublier dans les bras d’hommes plagiés.
    On pense à « Anna Karénine » de Tolstoï ou « Confessions d’un enfant du siècle » d’Alfred de Musset, Jennifer Tremblay nous fait autant vibrer que nos classiques de la littérature romantique!

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Retour sur une année complètement québécoise | Le fil rouge

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