Littérature québécoise
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Un été avec Jacques Poulin

J’avais entendu le nom de l’auteur dans un cours de littérature québécoise. Nous étions sur le retour d’une grève, celle de 2012. Dans ce genre de circonstances, le cerveau n’est pas toujours apte à assimiler toutes les informations qui devraient lui parvenir. J’ai tout de même retenu le titre, je l’ai trouvé beau: Les yeux bleus de Mistassini. Il faisait partie du corpus.

Il s’avère que Dany Laferrière y était également. Ceux qui me connaissent comprendront. Le choix fut aisé.

Quelques années plus tard, je suis retombée sur le nom de Jacques Poulin, mais sous son fameux titre de Volkswagen Blues. J’aime les «road movies». Je les apprécie autant cinématographiquement que sous forme de littérature. Je suis folle de Kerouac. J’envie la nature sauvage des poèmes de Whitman. L’histoire de Alexander Supertramp (Christopher McCandless) m’a percutée de plein fouet.

Nous étions au début du mois de juin. J’avais congé tous les jeudis. Mon copain travaillait. Je profitais en avant-midi du gymnase de l’université et l’après-midi, j’allais m’étendre sur le gazon vert d’un parc du centre-ville coincé entre deux blocs. Puis, je m’évadais.

C’est qu’avec Jack Waterman ( Est-ce un joli clin d’œil à notre cher Jack Kerouac?) et la Grande Sauterell1505_tne, le lecteur voyage sur un temps. Du Saint-Laurent à San Francisco en passant par les Rocheuses et la route des pionniers, le road trip littéraire est plus que palpitant.

Il faut le lire en été. Le vent se doit de balayer votre visage. Vous vous devez de voir les feuilles vertes frémir dans les arbres. Le soleil traverse les branches pour dorer votre peau par endroit. C’est de cette manière que vous vous retrouverez le plus facilement dans la vieille Volkswagen, accompagné du duo le plus attachant qu’il m’ait été permis de connaître dans les dernières années.

C’est que Jacques Poulin semble fidèle à ses habitudes. Il aime les duos puissants harmonisant femme et homme. On retrouve le même genre de protagonistes dans son roman Les Grandes Marées. L’homme mature qui s’entiche de la belle jeune femme énigmatique.  Et qu’il soit traducteur de bandes dessinées (Les Grandes Marées) ou écrivain (Volkwagen Blues), on aime ce vieux bonhomme touchant.

Il y a des saisons pour tout dans la vie. L’automne, c’est pour la poésie. Je regarde tomber les feuilles sur les vers de Baudelaire. L’hiver, c’est pour les gros romans. On revisite Monte Cristo et les fameux Misérables. Le printemps, c’est pour les courts romans ou les nouvelles. Le genre de bonbons offerts par Schmitt.

L’été c’est le théâtre et c’est maintenant Jacques Poulin.

64528231D’abord, avec Les Grandes Marées, il nous transporte sur une île complètement isolée au milieu du Saint-Laurent. Tout y est décrit de façon enchanteresse;

[…] des volées d’oies blanches venaient se poser sur la batture (p. 9)

Le fleuve était inondé de lumière. (p.16)

[…] les feuilles, qui venaient de sortir, étaient vert pâle et douces pour les yeux. (p.19)

On veut y être nous aussi. Les vacances nous appelle. On sent presque la brise du matin nous frôler les joues. Nos pieds se plongent dans la froideur du sable qui se réveille à peine. Les matinées sur l’île Madame vous appartiennent et c’est Poulin qui vous les donne en cadeau.

Alors que Les Grandes Marées vous charme dans son immobilité, c’est dans la découverte et l’aventure que m’a séduite Volkswagen Blues.

C’est une vraie épopée à travers l’Amérique que vivront les deux acolytes à la recherche de Théo, le frère de Jack. C’est également une véritable leçon d’histoire que cette conquête de l’Ouest. C’est qu’ils en connaissent des légendes ces deux voyageurs. Par moment, on se fait raconter l’histoire de l’Eldorado alors que quelques pages plus loin, on vous plonge dans les récits des Premières Nations. D’ailleurs, on n’épargne pas les découvreurs et les journaux des premiers voyages de Jacques Cartier.

Sur la route, il y a emprunt à long terme de livres à la bibliothèque, visites de musées, rencontre avec des personnages émouvants et la naissance d’un amour atypique. Vous ne voulez qu’emballer vos affaires et boucler vos valises pour rejoindre ce couple de joyeux lurons dans leur périple.

C’est pour toutes ces raisons qu’il faut lire Poulin l’été.

Moi, je l’ai fait et ce fut comme la croisée des chemins.

Et à chaque coin où ils sont allés, je les ai suivis parmi le soleil et les fleurs du mois de juillet.

Crédit photo: http://www.lemeac.com

http://www.dansmonchapeau.canalblog.com

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Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance?» (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris) Les vers de Baudelaire auront été la source de son épanouissement en tant que bizarroïde de ce monde. La poésie, Marika la vit au quotidien à travers tous les petits plaisirs qui s’offrent à elle. Une grimace partagée avec une fillette dans le métro, la fabrication d’un cerf-volant dans un atelier strictement réservé aux enfants, un musicien de rue interprétant une chanson qui l’avait particulièrement émue par le passé, lui suffisent pour barbouiller le papier des ses pensées les plus intimes. Chaque jour est une nouvelle épopée pour la jeune padawan qu’elle est. Entre deux lectures au parc du coin, un concert au Métropolis et une soirée au Cinéma du Parc pour voir le dernier Wes Anderson, elle est une petite chose pleines d’idées et de tatouages, qui se déplace rapidement en longboard à travers les ruelles de Montréal. Malgré ses airs de gamine, elle se passionne pour la laideur humaine. Elle est à la recherche de la beauté dans tout ce qu’il y a de plus hideux. Elle se joint au Fil Rouge afin de vous plonger dans son univers qui passe des leçons de Star Wars aux crayons de Miron en faisant un détour par la voix rauque de Tom Waits et le petit dernier des Coen. Derrière son écran, elle vous prépare son prochain jet, accompagnée de son grand félin roux, d’une dizaine de romans sur les genoux et d’un trop plein de culture à répandre

4 Comments

  1. J’ai lu Volkswagen Blues à plusieurs reprises dans ma vie. On y fait toujours des découvertes à chaque occasion.

    Ce voyage, il faut le faire en réalité, qu’importe qu’on suive ou non l’itinéraire exact tel que décrit dans le roman. Pour ma part, je me suis arrêté au lieu de Starved Rock State Park en Illinois, et je m’y suis promené. Puis, j’ai dévié à partir de ce lieu, un peu plus au nord, mais toujours en direction du Pacifique. Lire ici le récit de cette visite : http://fernancarriere.com/2011/06/24/starved-rock-state-park/ .

    Une dizaine d’années plus tôt, j’avais été faire un tour à la Librairie City Lights à San Francisco. Je n’y ai pas rencontré mon frère spirituel Jack Kerouac, mais je m’y suis procuré son Mexico City Blues, le texte et la cassette de ses poèmes, récités par Ginsberg. Une surprise… que j’ai savouré en l’écoutant tout en roulant sur la A5 entre San Francisco et Los Angeles dans une grosse voiture américaine en location.

    Toutes les époques sont propices à un « road trip ». C’est à chacun d’entre nous à les réaliser.

    J’ai adoré cette description de votre été avec Jacques Poulin et vous me donnez le goût de lire ces Grandes Marées.

    J’aime

    • Marika Guilbeault-Brissette says

      Vous me faites rêver M Carrière avec votre «road trip» inspiré des aventures de Poulin. Dommage que vous n’ayez pas rencontré votre frère spirituel, mais la littérature demeure la plus belle des rencontres n’est-ce pas? Je suis flattée que vous ayez apprécié mon article. Je l’ai écrit le cœur en vacances et le corps à l’eau de rivière. Je vous conseille fortement de lire Les Grandes Marées. Laissez-vous emporter par les vagues de mots de cet auteur si magnifique.

      Aimé par 1 personne

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