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L’indépendance du Québec : le clan du peut-être

Je suis née de parents franco-québécois, la plupart de mon entourage est souverainiste et la majorité de mes idéaux politiques sont de gauche. Il n’en faut pas plus pour que les gens me classent dans la catégorie  »Oui ». Comme ça, sans me demander mon opinion, on insinue que je suis pour l’indépendance du Québec. Ce n’est pas vrai… Mais ce n’est pas totalement faux non plus.

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Tout comme Simon de Ces gars-là, je suis team indécis!

Le problème avec le débat sur la souveraineté, c’est que ce n’est pas un débat. Chacun est convaincu d’avoir raison et tente d’écraser les opinions opposées plutôt que de les écouter.  Les partis politiques qui s’expriment sur la question semblent penser que l’on nait souverainiste ou non, that’s it. Que la solution est de provoquer les partisans du oui pour qu’ils crient plus fort que ceux du non, et vice-versa. En aucun cas, on tente de convaincre les indécis. Parce que personne ne semble penser qu’il y a des indécis!

Bien sûr, si la possibilité d’un référendum se concrétise, et ça ne devrait pas trop tarder, je vais m’informer, me questionner, lire et poser des questions. Mais ce n’est pas le cas de tous. Plusieurs vont simplement voter en fonction de ce que leurs parents ou amis feront, ou même ne pas voter du tout. Plusieurs seront perdus et voteront Non par peur des conséquences qu’un si gros changement pourrait apporter. Parce que plusieurs ignorent les conséquences réelles, à long terme. En cas de doute, on coche non et on n’en entend plus parler pendant deux décennies. Ma génération n’a pas connu de référendum, on en a seulement entendu parler dans nos classes d’histoire au secondaire, et pour ce que ça vaut…

Il faudrait arrêter de penser que tout le monde a déjà une opinion précise, qui ne peut être ébranlée, sur le sujet. Plutôt que de clamer  »Vous voterez [oui ou non] parce que vous êtes intelligents », pourquoi ne pas tenter de convaincre en informant? Pourquoi ne pas donner les ressources nécessaires à la compréhension des enjeux, plutôt que de simplement fourrer des phrases plus ou moins cohérentes dans la tête des gens? Ça s’applique à tous les débat politiques, j’en conviendrai, mais il s’agit ici d’une question qui changerait l’histoire à jamais! Ne croyez-vous pas qu’il serait important que la décision soit prise de manière éclairée et réfléchie, plutôt que pour  »faire plaisir » à quelqu’un en disant qu’on a voté [oui ou non]? Et à l’opposé, il faudrait arrêter de juger les gens parce qu’ils ne savent pas où cocher.

Je me souviens que, quand j’étais toute petite, je pensais que les Québécois voulait se séparer physiquement du Canada. Dans ma tête d’enfant, plutôt que de me demander comment c’était possible, je m’inquiétais pour les provinces maritimes et le trou laissé entre elles et le reste du pays. C’était seulement des interprétations d’enfant, mais je me questionne maintenant sur ce qu’elles en pensent. S’identifient-elles plutôt au Québec ou au reste du Canada? Mais elles ne seront probablement jamais interrogées sur la question…

J’aimerais aussi ajouter une légère réflexion sur les immigrants,  »le vote ethnique ». Que ce soit pour fuir la guerre, refaire sa vie personnelle ou faire avancer sa carrière, on choisit d’immigrer dans un nouveau pays dans l’espoir d’améliorer sa condition de vie, en général, n’est-ce pas? Imaginez que vous êtes un tout nouveau citoyen canadien et qu’on vous dépose un bulletin de vote entre les mains, vous déclarant que la province que vous avez choisie veut se séparer du pays que vous avez choisi. Comme ça, sans explications, avec pour seul commentaire: c’est qu’on est différent du reste du Canada. Personnellement, j’aurais peur. Et plusieurs ont (eu) peur.

On explique jamais, en aucun cas, ce qu’est la souveraineté, en quoi ça rendrait notre province/pays meilleur(e). On rit des ignorants, mais on ne leur enseigne rien. On stigmatise les indécis en insinuant qu’ils connaissent la réponse, ils ont seulement besoin d’un peu de pression sur les épaules. Mais ce n’est tellement pas le cas! Plusieurs personnes, moi comprise, ne demandent qu’à être convaincues. Mais à l’aide de vrais arguments, de faits et de statistiques, d’exemples et d’arguments. Ce n’est pas à coup de  »nous ne parlons pas la même langue » que je choisirai mon camp.

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Crédits photo : (fleur de lys)(background)  ; Montage par Roxanne K

Je n’apporte aucune solution aujourd’hui, je ne fais que me plaindre, me direz-vous. Et vous avez raison. Je ne règle aucun problème avec mon petit article. Mais j’aurai peut-être, je l’espère, réussi à convaincre quelques personnes de s’informer plutôt que de se fier à des paroles qui font peur. J’aurai peut-être réussi à vous faire réaliser que tout n’est pas noir ou blanc dans cette question d’indépendance, qu’une très grande zone grise sépare les deux clans. Mais j’espère surtout que j’aurai fait comprendre qu’on ne nait pas [souverainiste ou fédéraliste]. Il faut se faire une idée, comprendre les enjeux. C’est bien mieux d’expliquer aux indécis que d’assumer qu’ils sont de tel ou tel bord.

Suis-je la seule à cocher peut-être? Quand avez-vous su que votre décision était prise et indéniable?

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Un commentaire

  1. Je suis indépendantiste depuis l’adolescence, c’est-à-dire, alors que René Lévesque était toujours ministre dans un gouvernement libéral, sous Jean Lesage. Les raisons pour lesquelles j’ai opté pour cette option n’ont probablement aucun sens pour vous, mais elles demeurent toujours aussi vivantes pour moi.

    Vous avez raison. Le débat n’est pas terminé.

    La volonté d’indépendance est enracinée dans notre histoire. Elle s’amenuise à certaine période, plus ou moins longues, mais elle revient toujours.

    Aujourd’hui, ce sont pour des raisons écologiques que je demeure indépendantiste. Je suis convaincu que la tendance à la concentration du pouvoir, sur la planète entière, est une menace profonde pour la survie du genre humain. Il faut que les peuples travaillent à récupérer le pouvoir sur leur destinée ; il faut fragmenter le pouvoir, tel qu’il s’exprime présentement sur le plan financier, militaire et économique ; il faut travailler à démocratiser l’économie – ce qui ne se fera pas en affaiblissant l’état. Il faut repenser le monde. Il est évident que les politiques néolibérales qu’on met en œuvre depuis une trentaine d’années ne fonctionnent pas et nous mènent à notre perte.

    Ce n’est pas tout de laisser passer la parade en attendant qu’un messie vous indique la voie à suivre. Plongez dans le bain, renseignez-vous, et tentez de travailler à redresser le monde. Certains parmi ma génération ont travaillé dans cette optique, tant fédéralistes que souverainistes et indépendantistes. Nous n’avons pas réussi. Nous avions de l’espoir de pouvoir le faire. Ce n’est pas parce que nous avons échoué que vous devez baisser les bras et laisser faire d’autres…

    Excusez mon prêche… malgré tout ce qui se passe, je demeure confiant pour l’avenir. L’humanité a vu pire. Il suffit d’y croire.

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