Littérature étrangère
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Grandir avec les vieilles

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Déjà en écrivant ces premiers mots, je me sens obligée de me justifier de l’utilisation des mots les vieilles dans mon titre. C’est comme si on avait une certaine pudeur à appeler les personnes âgées ainsi, que ce soit pour des questions de respect, de politesse et autres. Mais ce n’est pas le but de mon article, car le titre fait référence aux deux livres qui seront présentés dans cet article, soit Grandir de Sophie Fontanel et Les vieilles de Pascale Gautier. Loin de moi l’idée d’insulter ou de manquer de respect à ces personnes âgées, au contraire en choisissant ces deux livres, je me suis entièrement ouverte et laissée charmer par ces vieilles. J’ai ouvert mon coeur à un univers trop souvent non représenté en littérature (et comme partout ailleurs, on se souviendra qu’au cinéma, les femmes deviennent vieilles à 30 ans, contrairement aux hommes..)

J’utiliserai donc le terme vieille, comme le font les auteures de ces deux romans, pour vous faire découvrir des femmes -avant d’être des vieilles-, leur quotidien, leur passé, leur futur, ainsi que la façon dont on conçoit la vie, quand on est plus près de la fin que du début. Ça faisait plusieurs années que je voulais lire l’oeuvre de Sophie Fontanel dont j’avais pris connaissance lors de la sortie de son roman L’envie (que je veux vraiment lire d’ailleurs!). C’est en voyant Grandir dans une librairie, il y a quelques semaines, que je me suis laissée tenter par cette lecture. En ce qui concerne Les vieilles, c’est un simple coup de coeur. J’étais en train de lire Grandir et j’ai vu ce livre à la couverture rigolote, avec cette femme aux yeux magnifiques, et elle m’a fascinée par son petit sourire moqueur. Ensuite, j’ai réalisé que les deux livres mettaient en scène des femmes âgées et voilà, j’ai eu envie de vous faire découvrir ces oeuvres pour du moins, dans un article, rendre hommage à ces femmes si souvent oubliées.

Grandir

Assurément le plus touchant des deux (et celui que j’ai préféré). On y suit Sophie, l’auteure elle-même, dans ses derniers moments avec sa mère malade et vieillissante. La relation maternelle est tournée de bord, car c’est la mère qui devient l’enfant. Sophie se met à s’inquiéter continuellement pour sa maman qui vieillit et qui, parfois, oublie des choses. Elle passe son temps à rendre visite à sa mère, mais en même temps, elle se sent si coupable de la quitter et de la laisser seule par moments. La culpabilité est grande de réaliser que sa mère est seule et qu’elle a tant besoin d’elle. En même temps, c’est à ce moment-là que les deux femmes entretiennent la plus grande intimité et ce, malgré l’enfance. Sophie et sa mère deviennent intimes à tel point qu’elles arrivent à se parler franchement, de la vie comme de la mort, et à entrevoir ensemble un sens réel à cette existence.

À un moment, elle tombe et ne peut plus bouger et ce, jusqu’au retour de sa fille. Un grand rapport de dépendance se crée, mais ce rapport est si empreint d’amour et de résilience qu’on ne peut pas faire autrement que de souhaiter à tous de vieillir entourés de gens aimants et aimés. C’est rare que je lis des romans qui mettent en scène la vieillesse et par le fait même, la mort, et j’avoue que cela met dans un état pas super agréable, ça indique peut-être pourquoi on en parle presque pas….

Mais il faut y réfléchir, se positionner, se questionner, prendre les choses en main, en tant que société comme en tant qu’individu, car grandir, c’est une histoire de dévotion, d’amour et de profonde intimité.

Les vieilles

Dans Les vieilles de Pascale Gautier, le côté léger de la vieillesse, on le trouve assurément dans ce roman. Les habitants de la ville de Trou (oui oui) ont tous 65 ans et plus et vivent sous le soleil 365 jours par année. Les personnages sont colorés, peut-être même trop. Il y a la jeune retraitée de 65 ans, la sourde qui met la télé toujours trop forte, le vieux de 95 ans qui court les marathons, les vieilles qui se suicident et j’en passe. Étant un livre à la base pour rendre hommage à ces personnes âgées et pour les représenter autrement que selon les stéréotypes habituels, j’ai trouvé qu’il tombait un peu trop dans le farfelu et le loufoque. C’est divertissant, bien entendu, et léger et ça nous permet de rencontrer des personnages âgés différents, mais on reste un peu sur notre faim. Il est vraiment difficile de s’attacher aux personnages parce qu’on passe de l’un à l’autre. Même les passages les plus sensibles où on voit une vieille femme avec son fils qui se sent complètement délaissée par lui, car il agit avec elle comme avec une enfant. Ce fils agit comme s’il accomplissait une bonne action en invitant sa vieille maman à souper un soir par semaine et ça, ça devrait nous choquer et nous toucher, mais au final on se sent moyennement touché, tellement la scène est ponctuée d’humour (souvent pas très drôle). Pourtant, il y a un grand potentiel de raconter et d’exprimer des situations vécues par les vieilles, en alternant entre humour et sensibilité. Ce n’est pas un roman que je recommanderais à ceux qui ont envie d’une réflexion poussée sur le fait de vieillir, comme Grandir de Sophie Fontanel le permet, mais bien à un lecteur qui a envie d’entrer dans une ville multicolore où des personnages plus grands que nature se rencontrent.

Et vous, avez-vous déjà lu des romans qui mettent en scène des personnes âgées ? Trouvez-vous, comme moi, que les femmes, surtout, sont mises à part en littérature, tout comme au cinéma et dans plusieurs autres domaines, à cause de leur âge ?


Grandir, Sophie Fontanel, Laffont éditeur, 2010
Les vieilles, Pascale Gautier, Folio, Galliamard, 2010

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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

Un commentaire

  1. À quel âge on devient vieux, un vieillard dans mon cas ? Pourquoi me sentirais-je gêné de me qualifier de vieux, parce que je le suis, de plus en plus, chaque jour qui passe, chaque jour qui passe de plus en plus vite ?

    Il y a un demi-siècle — je suis assez vieux pour m’exprimer dans ces termes –, on considérait qu’une personne de 65 ans, qui prenait sa retraite, était vieux… pas tout à fait un vieillard, mais pas loin.

    Puis, il y a un peu plus d’une décennie, j’attendais à la caisse, dans un supermarché, un jeune homme donne du coude à un autre et dit, tout bas, croyant que je ne l’entendais pas, en parlant de ma belle ceinture de cuir, travaillée, figurant un troupeau de bœufs avec des cowboys tout autour : « Check la ceinture du vieux… »
    Je n’avais pas encore soixante-ans, pas tout à fait, et déjà je me sentais passer dans une autre catégorie statistique !

    Je n’aime pas l’expression « personne âgée », et encore moins « aîné ». Le mot vieux dit ce qu’il veut dire. Je suis ce que je suis. Pas de niaisage !

    ===

    Beau texte sur ce qui semble de beaux textes. Un jour, il faudra bien qu’on regarde le vieillissement en face, comme on dit. À moins de catastrophes mondiales, que personne ne désire — guerres, famines, maladies… –, la courbe de la population changera, inéluctablement. Une population mondiale plus en santé devra restreindre sa croissance si elle ne veut épuiser ses ressources et recourir aux catastrophes pour équilibrer sa présence sur une terre qui n’est pas infinie.

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