Chroniques d'une anxieuse
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Chroniques d’une anxieuse : les mots

 

Les mots Ça sentait le vieux Tim Hortons pas propre. Y’avait du monde, beaucoup trop, ça parlait fort et ça criait que ça voulait du café pas bon, pas cher avec ben du sucre. Je venais de perdre trois heures de mon temps à essayer de trouver l’hôpital où je devais passer quelques tests, à me perdre dans ses couloirs infinis et à pleurer parce que je ne savais pas où aller. Pour finalement me faire dire par la madame crêpée jusqu’au plafond au sourire forcé à l’accueil que j’étais pas au bon endroit. Que j’avais tout fait ça pour rien. Parce que, comme d’habitude, j’étais trop perdue pour m’organiser comme du monde. Comme tout l’monde.

J’avais le karma à terre cette journée-là.

Mon sac était resté pris entre les portes du wagon du métro. Il était encore accroché à mon dos quand j’ai entendu « une porte de train bloquée cause un ralentissement de service sur la ligne orange ». C’était de ma faute. Deux gars super héroïques sont venus me secourir en tentant chacun de leur bord de rouvrir les portes qui s’enfonçaient douloureusement dans mes côtes. Pendant qu’une madame dévouée à l’os essayait de m’enlever ma veste de jean en criant sur repeat « faut qu’tu laisses tomber ton sac! VITE! VITE! Avant qu’le train continue son ch’min! ». Pas stressant pantoute.

Les portes ont décollé de mes côtes cinq minutes plus tard. Je suis allée m’asseoir en feintant que j’étais ben à l’aise avec ce qui venait de se passer. Mais mes joues rouge feu ardent avec beaucoup de braises dedans me trahissaient.

C’est à ce moment-là que j’ai eu l’idée d’aller me chercher un café pas bon au Tim Hortons. Juste pour décompresser. Mais, en commandant au comptoir un p’tit deux laits s’il-vous-plaît, j’ai aperçu du coin de l’œil quelqu’un que j’avais souhaité ne plus jamais revoir. Le genre de personne qui t’attire toujours un peu plus profondément dans ses malheurs jusqu’à ce que tu t’y noies avec elle. Un jour d’automne, je lui avais dit que c’était fini. Elle m’avait demandé pourquoi. Je lui avais répondu parce que. Ça sert à rien d’élaborer sur ces affaires-là. C’était la première fois que j’avais su dire non, c’est assez.

Elle m’avait balancé en pleine figure une série de mots qui blessent. Elle y était allée à coup de tu seras jamais heureuse dans vie. Ouch.

Elle avait mis le doigt sur une de mes plus grandes peurs, celle de ne pas pouvoir profiter de la vie pleinement, celle de ne pas savoir attraper le bonheur à temps. Elle m’avait frappée de plein fouet avec les mots qui font mal.

Et il y en a eu plein d’autres. Plein de gens qui ne pensent pas avant d’ouvrir la bouche, qui ne tournent pas sept fois leur langue avant de proférer des paroles qui vont rouler en boucle dans ma tête. J’en ai entendu souvent des t’es ben trop folle. Moi, je le prends pas à la légère ce mot-là. Parce que ça existe la folie, la vraie, celle qui te fait entendre des voix, celle qui te fait croire que tout le monde est contre toi, celle qui te paralyse d’idées noires comme le poêle.

Parce que j’ai déjà eu peur d’être folle pour vrai.

Les mots, ça se gravent dans la mémoire indélébile. Ils s’estompent parfois, mais ils reviennent à la charge nous hanter, nous rappeler ce qu’on aimerait oublier. Parfois j’entends encore leurs voix qui résonnent dans mes tympans m’avouer que mes humeurs ont alourdi trop souvent leur présent.

Mais il y a les mots qui font du bien aussi. Ceux qui mettent un baume sur le cœur abîmé, ceux qui essaient de reconstruire ce qui a été brisé. Les mots pour se faire pardonner, pour expliquer ceux-là qu’on ne pensait pas vraiment. Les mots qui font rêver, qui nous emportent page par page, qui expliquent le monde mieux qu’il ne s’explique lui-même. Les mots qui calment les angoisses et qui empêchent de s’haïr le soi-même. Ceux qu’on écrit à la va-vite pour lancer un je t’aime avant de partir, ceux qu’on souffle à l’oreille pour émoustiller et les mots qu’on se répète encore et encore pour se requinquer.

Il y a ceux aussi de Micheline Lanctôt dans un article du Nouveau Projet 08. Des mots de sagesse qui m’ont fait sourire une journée où tout allait tout croche. Je les ai lus un après-midi d’automne orangé dans le frette fraîchement arrivé après avoir bu mon café pas bon trop sucré du Tim Hortons.

Ce jour-là, je m’étais adonnée à mon activité préférée : remettre en question toutes les sphères de ma vie et douter de chacun de mes choix. J’avais peur de ne pas aller dans la bonne direction en prenant trop longtemps un chemin qui ne me mènerait à rien. Sauf qu’il n’y a pas de mal à s’égarer, « on angoissera, on sera troublé, mais le doute porte en soi le germe de toutes les solutions, et il se trouve que plus on doute, mieux on évolue ». Merci, Micheline.

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Anxieuse à temps plein et insomniaque à temps partiel, Alexandra se nourrit à grands coups de mots, de phrases et de livres qui font rêver. L’écriture lui a toujours servi d’exutoire avec lequel elle pouvait coucher sur papier ses folies et ses nombreux tourments. Elle adore tout particulièrement se perdre dans les couloirs infinis des bibliothèques, mais également dans les corridors de l’Université de Montréal où elle fait un baccalauréat en Littérature comparée et cinéma. Elle se passionne pour les films cultes, les traversées autour du globe, les arts, la musique, la photographie, bref, elle s’intéresse à tout et veut tout savoir! Son but ultime : vaincre ses peurs et aller à la conquête du bonheur!

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