Au-delà des livres, Réflexions littéraires
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Écrire l’indicible : Je suis une femme adultère

Je suis une femme adultère. J’ai commis un geste qu’on qualifie d’affreux, d’ignoble, d’égoïste. J’ai été jugée, sur le banc des accusées d’infidélité. Encore heureuse qu’on soit en 2016 et que je n’aie pas été brûlée.

Certes, je l’ai été autrement. Par les non-dits, par les « delete friend » sur Facebook, par la peur de mettre les pieds dans certains endroits. J’ai eu si mal, j’ai eu tellement de peine que j’ai quand même eu l’impression de brûler, à petit feu. J’ai été exténuée, à bout de souffle de repasser tout ça dans ma tête, à me culpabiliser, très fort, à me justifier. J’ai voulu partir bien loin, rejoindre les femmes infidèles d’autres temps.

On dit que la société actuelle valorise les relations ouvertes, les fréquentations, le polyamour, name it. C’est faux. On juge les personnes qui font des erreurs. On juge les femmes qui font des faux pas, qui ne restent pas dans la case qui leur est assignée. J’étais dans une bonne relation, stable, en cohabitation, pis toute. Mais j’étais mal. Je ne voulais plus être là, et je cherchais des raisons de rester. Ça s’appelle un pléonasme. Je restais parce que je pensais que c’était là que je devais être. Et quand c’est arrivé, la première fois, je me suis dit qu’il était peut-être temps que je réfléchisse, que je prenne une décision. Mais je restais. Et ça continuait.

J’étais torturée. Je ne voulais pas faire de mal à la personne avec qui j’étais, mais je ne pouvais pas me résoudre à la quitter. C’aurait été un échec. Un échec quant à ce qu’on attendait de moi. Je ne savais pas non plus que je pouvais quitter une personne parce que j’étais malheureuse. Je pensais qu’il aurait dû faire quelque chose, je cherchais des excuses, pauvre lui, il n’a rien fait. Mais qu’est-ce tu veux, on ne choisit pas de ne plus aimer. Pas plus qu’on choisit avec qui on tombe amoureuse.

Et puis, grâce à certaines personnes qui m’ont finalement forcée, en quelque sorte, pour mon bien, à le faire, je suis partie. Et j’ai dormi pendant des jours. Après, ça a été le déménagement, les règlements de compte (financiers, là!), et le début de ma maîtrise. Encore aujourd’hui, je me demande comment j’ai fait. Puis, mon « amant » est devenu mon amoureux, la personne qui m’est la plus chère, avec qui je partage beaucoup plus de choses, avec qui je me sens libre. Mais ça, c’est une autre histoire. Peut-être pour une autre fois.

Je ne veux certainement pas passer pour une victime. Mais j’ai pourtant énormément souffert. C’est ce que j’aurais aimé expliquer à ceux et celles qui ne m’ont pas laissé la chance de le faire. J’ai fait des crises d’anxiété comme jamais dans ma vie, je pensais entrer à Douglas d’un jour à l’autre, bientôt, demain. Ce n’était pas une décision facile à prendre. Je me sens horrible d’avoir jonglé entre le confort et la passion, d’avoir vécu dans le mensonge et dans la trahison. Or, ce que ça cachait, c’était un mal-être terrible, un sentiment d’être coincée dans quelque chose qui ne me plaisait pas, mais qui me semblait être « la chose à faire ».

J’ai perdu des ami.e.s, mais j’ai trouvé un amoureux. Je me suis rapprochée d’autres personnes qui ne m’ont pas jugée, ou qui ont eu le front de me dire que oui, mais qu’ils m’aiment quand même parce que ce n’est en rien l’entièreté de ma personne, le geste qui définit qui je suis. Il y en a qui ont compris que le cœur a des raisons que la tête ne peut comprendre.

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Anaïs Nin et Henry Miller

Comme toujours, j’ai cherché du réconfort dans les livres, même si de nombreuses personnes ont été à mes côtés pour vivre ce moment difficile. J’ai trouvé un apaisement énorme en lisant les mots d’autres femmes qui, même s’il ne s’agit en rien de la même situation, ni d’une personnalité commune, ont vécu quelque chose de similaire.

Anaïs Nin et Henry Miller.

Emma Bovary.

Les Mandarins de Simone de Beauvoir.

Marguerite Duras.

Anna Karénine.

Pourtant, je continue de penser que l’infidélité féminine est mal vue. On octroie des prix à des auteurs qui racontent l’histoire d’un homme cocu, on écrit des romans érotiques enlevants avec des histoires d’hommes qui ont des doubles vies, qui ont des maîtresses dont ben sensuelles. La femme adultère, elle, n’est pas ben ben smatte. Et elle est sous-représentée. Comment on pourrait écrire ça, me demandez-vous. C’est une bien bonne question, et je lance la balle à des femmes auteures qui auraient l’audace d’écrire leur histoire.

J’assume désormais ce que j’ai fait. Je regrette comment les choses se sont passées et j’aurais aimé ne pas blesser quelqu’un qui ne me voulait que du bien. J’espère sincèrement qu’il est aujourd’hui heureux, bien entouré, et amoureux.

C’est difficile, difficile même de l’écrire ici, « publiquement ». Je trouve que les mots ne sont pas justes. Pourtant, j’ai envie que d’autres filles puissent se dire que ça se peut, qu’on ne choisit pas de faire ça pour faire du mal.

 Que ce n’est pas grave de faire des erreurs; l’important, c’est de ne pas recommencer.

Connaissez-vous des romans qui parlent de l’adultère au féminin?

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10 Comments

  1. anonyme says

    Merci pour cet article… J’ai vécu exactement la même chose, sauf qu’il n’y a pas eu de nombreuses personnes et que ma famille était au bout du monde… Ça me fait du bien de te lire! Merci, merci, merci, d’oser parler de ce sujet, c’est tellement injuste d’être jugé par des gens de son entourage, au moment où on a le plus besoin de soutient.

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    • Gabrielle Doré says

      Merci à toi d’avoir pris le temps de commenter l’article. Je suis vraiment touchée par tes mots! 🙂

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  2. J’ai l’impression de lire mes mots… Mais j’ai la chance d’avoir conservé mes amis, et ma famille a été extraordinaire! Et j’avais lu Anna karenine quand j’étais dans le doute 😉

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  3. g2-a877e42dd182f482b0ab9b10803eae94 says

    « Les voies de la disparition », la suite de « L’angoisse du poisson rouge », parle de l’infidélité au feminin (entre autres!) Ça sort le 30 août 😉

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  4. Beau témoignage.
    Il est difficile d’évoquer ce type de situation, de prendre du recul et de trouver les mots justes.
    Et il est vrai qu’il existe sans doute plus de livres sur l’infidélité masculine que de livres sur l’infidélité féminine.
    Mais j’ai l’impression que les choses évoluent, que les femmes ont aujourd’hui moins de mal à parler de ce sujet.

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    • Gabrielle Doré says

      Merci pour le commentaire 🙂
      J’espère vraiment que les choses évoluent. J’avoue ne pas être une « experte » en ce sens, mais je crois que plus de femmes en parleront, mieux ce sera!

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      • Merci à VOUS ! 🙂
        J’aime bien votre dernière remarque : « plus de femmes en parleront, mieux ce sera ».
        Par contre :
        – Pas facile d’en parler en son nom … Les témoignages sont principalement anonymes … Or cela apporte à priori moins de légitimité (ce qui n’est pas forcément vrai) … Dans ce contexte, un témoignage sous forme de plébiscite pour lancer les débats est toujours salutaire !
        – A titre personnel, j’ai souvent vu mes messages non publiés ou édités … Du coup merci encore ^^

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