Littérature étrangère, Réflexions littéraires
Laisser un commentaire

L’importance d’un journal intime constant

IMG_3813

Le journal intime est un passage obligé, un rituel auquel se prêtent les jeunes filles angoissées par ce qui les entoure, mais aussi par l’idée de devenir des femmes et de devoir affronter ce qui les attend.

Le journal intime est aussi, dix ans plus tard, la source d’une analyse sans merci de notre jeune moi. Et c’est alors que l’angoisse de ne pas avoir changé, la honte d’avoir écrit des choses niaiseuses et les fous rires de nos premiers kicks viennent prendre le dessus. On oublie souvent qu’écrire, peu importe la façon, est un procédé créatif. Le je me moi, même avec sa banalité, peut nous permettre dans nos moments les plus inventifs de redécouvrir une partie de soi et de l’exploiter pour en faire quelque chose de beau et de sincère (voir la chronique de Marjorie ici). 

C’est d’ailleurs le procédé utilisé par Lena Dunham pour son tout dernier livre, Is it evil not to be sure? Petit livret bonbon de 50 pages publié ce printemps, Lena nous revient avec des extraits de son journal intime, tenu entre 2005 et 2006, alors qu’elle avait à peine 19 ans.

QUOI?… LENA DUNHAM A PUBLIÉ UN LIVRE???

Oui oui. Si vous n’en avez pas entendu parler, c’est que malheureusement, seulement 2 000 copies ont été imprimées. Annoncée au mois de mai sur son compte instagram, la jeune auteure plus connue comme étant la Lena de GIRLS a vendu toutes ses copies autographiées en moins de 24 heures. 2 000 copies, c’est bien peu. Mais c’est beaucoup quand on pense à la raison de son existence.
En effet, Is it evil not to be sure? est un livre entièrement conçu pour amasser des dons pour la fondation américaine GIRLS WRITE NOW. Fondé en 1998, l’organisme offre aux jeunes femmes provenant d’écoles publiques et de milieux dévalorisés la chance de travailler leur plume à l’aide d’un mentorat constant avec des auteurs privilégiés. Le but est d’aider ces jeunes femmes à s’émanciper, à développer leur créativité et à les aider dans leurs démarches d’auteurs en devenir. La totalité de l’argent amassé par la vente du livre est vouée à cet organisme.

Ainsi, Lena nous offre de petits fragments de sa vie. Le livre, séparé par jour, nous offre les réflexions de Dunham sur ce qui l’entoure. Bref, cocasse et souvent sans fil conducteur, ce nouveau livre est à prendre à la légère. On le savoure à petite dose, toujours transporté par le plume de cette merveilleuse auteure.
Mais évidemment, lorsqu’on est fan de Dunham, qu’on ne vit que pour Girls et que Not that kind of girl est notre livre spirituel, on a des attentes assez élevées.

Malheureusement, le résultat n’est pas aussi grandiose qu’espéré. Malgré ses citations hilarantes, ses conversations assez étranges avec sa grand-mère et la découverte de sa sexualité en trame de fond, on n’arrive pas à plonger complètement dans Is it evil not to be sure?
On sent que c’est une prémisse de quelque chose de gros, mais ces petites pensées éparpillées ne font pas le poids quant au talent indéniable de Lena Dunham. On se souvient de Tiny Furniture, premier film de l’auteur. On se rappelle cette naïveté, cette angoisse de devenir un a-d-u-l-t-e. Les affirmations et les questionnements posés par Lena dans Is it evil not to be sure? nous rappellent cette sensibilité.

Il n’en demeure pas moins difficile de juger un carnet du genre. Car en somme, il n’a pas été écrit dans le but d’être publié. C’est une partie de soi que nous offre Lena. Et lorsqu’on prend conscience de l’organisme qu’elle appuie, on ne peut faire autrement que lui lever notre chapeau pour son audace et son leadership. Car ce petit journal intime nous présente une Lena fragile, en pleine période de changement, et nous prouve ainsi sa capacité d’être un modèle pour de jeunes femmes. Elle leur permet d’ouvrir leurs yeux sur les procédés d’écriture, sur les bons et les mauvais coups, et sur la nécessité d’écrire, encore d’écrire et toujours d’écrire.

Is it evil not to be sure? est rassurant. C’est un bonbon pour l’âme qui nous prouve qu’il n’y a aucune honte à ressentir face à notre passé, aux idées qui ont traversé notre esprit, leur nécessité est indéniable. Ces mots peuvent paraître égoïstes, mais ils sont le résultat des jeunes femmes que nous sommes devenues et celles que nous deviendrons encore au courant des prochaines années.

D’une part, ce livre m’a permis de faire la paix avec les journaux intimes. Ceux que j’ai tenus et ceux que je n’ai jamais tenus de peur qu’on les découvre. L’intimité est un immense privilège, et en relisant certains de mes écrits, j’ai découvert une part de sagesse. C’est une preuve tangible que j’ai aimé, que j’ai eu mal, que j’ai encore aujourd’hui peur, que j’ai ri sans cesse et que j’ai grandi. Je pense que chaque journal intime est un baume pour le cœur, ils nous rappellent que nos choix sont justes et que le chemin que nous nous sommes tracé est le bon…
Même si on regrette encore de ne pas avoir embrassé Patrick, notre premier kick.

Pour appuyer l’organisme : http://www.girlswritenow.org  

xx

Advertisements
Tagged with:

par

Amoureuse de la littérature depuis qu'elle est haute comme trois pommes, Marie-Laurence se décrit comme une grande passionnée des mots et de leurs impacts sur la société. Comédienne à temps plein, cinéphile et musicienne à temps partiel, elle ne sort jamais de chez elle sans être accompagnée d'un livre. Elle est chroniqueuse au sein de l'équipe des Herbes folles, l'émission littéraire de CISM 89,3 FM. Elle partage sa vie entre son ardent désir d'écrire, son amour pour le jeu, ses combats constants pour ne pas repartir en voyage, la politique (parfois elle s'emporte même), George Gershwin et le café, beaucoup de café.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s