Au-delà des livres
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La dictature du bonheur : après le livre, le documentaire

L’an dernier, Martine et moi avions décidé d’écrire un article commun, sous forme de conversation, sur l’essai de Marie-Claude Élie-Morin, La dictature du bonheur. Cette année, avec la sortie du documentaire du même nom, il me semble intéressant de revenir sur cette question du bonheur, sur cette constante quête qu’il engendre et, surtout, sur les faux espoirs qu’on s’en fait parfois.

Je me rappelle que, à la lecture du livre, j’avais un penchant plus grand pour les livres de psycho-pop, j’étais dans un moment de ma vie où je croyais vraiment qu’ils étaient ma solution. Je croyais que, en trouvant la clé, en changeant des éléments de ma personne à travers des formules préfabriquées, j’allais être plus heureuse. Il faut dire que ce n’était pas une période très rose de ma vie et que ce n’est qu’après en être sortie que j’ai réalisé, et accepté, qu’il y avait, dans cette façon de voir les choses, une certaine absurdité. Une absurdité à chercher sans arrêt une cause à mes maux là-dedans, à croire que je devais changer du tout au tout pour plaire, à chercher une validation à mes troubles dans des livres qui ne disaient jamais la même chose.

Constant besoin d’approbation et médias 

Dans le documentaire La dictature du bonheur, on y parle justement du besoin constant qui existe chez les gens de se faire rassurer. Que ce soit à travers les réseaux sociaux, les livres de recettes miracles ou bien l’approbation constante de nos pairs, nous vivons dans une société où nous voulons constamment nous faire rassurer, sur l’image plus que sur le fond, nous faire dire que l’image qu’on projette est bien celle d’une personne heureuse, même si ce n’est que de la poudre aux yeux.

Cette image-là est au coeur même de la carrière de plusieurs conférenciers, un aspect bien intéressant et souvent mitigé qui est abordé dans La dictature du bonheur. Cette « image d’une vie réussie » est aussi très attrayante pour les marques qui cherchent à s’associer aux influenceurs qui projettent ce bonheur simple, qui semblent authentiques et surtout, qui vendent.

Ces aspects, qui n’étaient pas vraiment abordés dans le livre, m’ont plu et démontrent tout le côté mercantile et marketing du bonheur, parce qu’on ne peut pas le nier, le bonheur vend.

Culpabilité et responsabilité

Outre cette facette plus marketing et business, Marie-Claude Élie-Morin aborde, comme dans son essai, les aspects dangereux que peut avoir l’excès de pensée positive sur la vie des gens et, surtout, sur les malades. J’ai trouvé très intéressant de voir comment certaines personnes s’accrochent à l’idée de la pensée positive, au point de se sentir mal de ne pas être bien, au point de se mettre sur le dos le blâme d’une maladie, qu’elle soit mentale ou physique. Cette croyance populaire est souvent ancrée bien loin, au point où certaines personnes s’attellent justement à déconstruire cette idée chez les gens atteints de cancer : « Je suis responsable de mon bonheur, je suis donc responsable de mon malheur. »

Je me suis retrouvée dans cette idée fortement propagée qu’on fait notre propre bonheur, qu’il n’est qu’une question de choix. C’est beaucoup de pression à se mettre sur le dos, surtout lorsqu’on ne va pas bien. C’est aussi un beau manque d’empathie pour soi-même de ne pas s’autoriser à se sentir mal, de devoir toujours être positif et croire qu’on a tant de contrôle sur chacune des parcelles de notre corps, futur, esprit.

La dictature du bonheur est vaste, omniprésente et souvent invisible, elle se perçoit dans nos idées préconçues, dans nos insécurités, dans tout ce qu’on consomme, c’est pourquoi des documentaires tels que celui-ci sont si importants et nécessaires. Que ce soit à travers le livre ou le documentaire, Marie-Claude Élie-Morin propose une autre possibilité aux croyances populaires, ouvre une porte et offre des pistes de réflexion qui valent la peine d’être entendues.

Pour ceux et celles qui n’auraient pas visionné le documentaire, il est disponible sur le site de Télé-Québec ou en cliquant ici.


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Curieuse depuis toujours, Marjorie s’intéresse à un peu tout, avec un penchant marqué pour les mots, le féminisme, les phénomènes de culture populaire et les mystères de la vie. Elle est bachelière en littérature et cofondatrice du Fil rouge, à travers duquel elle tente de faire son petit bout de chemin, lire le plus possible et surtout, apprendre et connecter avec les autres. Naviguant tant bien que mal à travers la vingtaine, elle trouve ses assises dans la lecture et l’écriture, cherchant toujours à comprendre un peu mieux les contradictions qui rendent la vie intéressante. Elle croit que la littérature fait partie de ces choses qui peuvent changer une vie, la rendre un peu plus douce et mettre un baume là où il faut.

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