Littérature étrangère
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Le protocole compassionnel et le vieillard de 35 ans

Hervé Guibert est né en 1955 et est mort du sida en 1991. Auteur français, il a pratiqué l’autofiction, entre autres dans son récit Le protocole compassionnel publié en 1991 chez Gallimard (NRF). Ce n’est pourtant pas un roman posthume, il a été publié quelque temps avant sa mort.

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Hervé Guibert

Le protocole compassionnel est le journal intime d’Hervé Guibert, auteur à succès français atteint du VIH. Les lieux, les médecins, les amis sont évoqués par leur nom sans plus de cérémonie, comme si le texte n’était pas réellement dédié à des lecteurs inconnus : les Jules, Berthe, Gustave, Lionel, les docteurs Domer, Dumouchel, Nacier, Chandi vont et viennent dans les entrées du journal sans qu’on puisse vraiment déterminer qui est qui dans la vie du personnage Hervé. Si ça a un peu gêné ma lecture, j’ai rapidement compris que le personnage principal du récit de Guibert n’était pas Guibert lui-même.

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Édition Folio

C’est le journal intime du corps, d’un corps malade. Le journal intime d’un corps qui s’autodétruit, d’un corps rongé, amaigri à l’extrême, hideux, magnifique. Si certaines descriptions font froid dans le dos avec leur précision et dans leur horreur cadavérique, certaines épiphanies physiques animent les pages du récit :

« Je continue mes mouvements, je me retourne sur le ventre, replie mes jambes sur mes reins, ça tiraille, je force un peu, je vais devenir un homme caoutchouc en accordéon dans une boîte, le cercueil, qu’un ressort fait jaillir et ricaner, j’écarte mes cuisses et mes bras le plus possible, je m’ouvre, je me casse, mes muscles me chauffent doucement, ils fourmillent de vie, ils me donnent dorénavant plus de plaisir que l’éjaculation routinière sans imaginations neuves, j’invente des tractions incroyables. » (Guibert : 154)

Le livre de Guibert est ainsi : de longues coulées épurées, des images qui joignent en un seul élan la vie et la mort, et le corps, ses mouvements, son aspect, son souffle, est au centre de tout. C’est un corps de vieillard dans lequel vit un homme de 35 ans.

Le roman est provocateur. Rien n’est passé sous silence dans la souffrance du personnage d’Hervé; c’est une description terrible des maux du sida, mais une description lucide et passionnée. Dans le roman, Guibert considère le projet d’effectuer un documentaire cinématographique à propos de sa maladie, mais le roman parvient parfaitement à faire vivre la réalité d’Hervé sans même utiliser une seule image. On fait voir sans pudeur avec des descriptions décapantes, des comparaisons éloquentes, un contenu historique, « comment vivaient les hommes français atteints du sida dans les années 1980-1990 », à l’instar d’un film documentaire. C’est un récit nécessaire et troublant.
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