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Tout doit changer, et vite

Naomi Klein est une tête d’affiche du mouvement altermondialiste et anti-globalisation. Auteure, activiste et cinéaste, elle travaille sans relâche. Devenue célèbre avec son essai No Logo, paru en 1999, qui porte sur les fabriques de vêtements qui exploitent les travailleurs dans des conditions terribles (Nike reste l’exemple le plus célèbre), Klein a fait paraître un autre essai-choc en 2014 : Tout peut changer  (titre original : This Changes Everything: Capitalism vs. the Climate). Traduit chez Lux éditeur par Nicolas Calvé et Geneviève Bélanger, le livre pose l’hypothèse que le modèle économique néo-libéral actuel est irréconciliable avec les efforts nécessaires pour freiner les méfaits des changements climatiques puisque le néo-libéralisme promeut l’hyperconsommation, tant des ressources naturelles que des produits créés par l’humain. Bref, notre système est en « guerre contre la vie sur Terre » (4e de couverture).

Son argument est fort convaincant, ce qui le rend d’autant plus inquiétant. Journaliste de formation, Klein a travaillé pendant plusieurs années à la recherche pour cet essai. Le résultat est époustouflant. Avec des exemples provenant de tous les continents, Klein crée un portrait inquiétant, mais très bien recherché, de l’état de santé de notre planète.

La justice climatique

Tout peut changer traite de justice climatique. La justice climatique est un concept qui part du constat que les différents peuples de la Terre ne sont pas et ne seront pas affectés de la même manière par les changements climatiques. Grosso modo (vraiment très grosso modo, là!), les pays qui émettent le plus d’émissions de gaz à effet de serre ne seront pas nécessairement ceux qui seront les plus touchés par les méfaits causés par la fonte des glaciers, le smog dans les grandes villes, les El Niño de plus en plus violents, etc. Injustice donc. La justice climatique veut que les pays émetteurs reconnaissent ce constat et agissent en conséquence. Inutile de dire qu’on attend encore.

Lutter et espérer, malgré tout

Portrait inquiétant, voire catastrophant. Mais Tout peut changer fait aussi l’état des luttes qui sont menées partout sur le globe contre les compagnies extractivistes, contre les pipelines, contre les compagnies minières, pour le revenu minimum garanti, contre les coupes à blanc, contre le régime d’austérité en Grèce, pour la réconciliation avec les Premières Nations et la liste continue. Ainsi, Klein, et c’est là que réside toute la force de son argument, affirme que toutes les luttes pour la justice sociale sont imbriquées dans la lutte pour la justice climatique. Il ne s’agit pas de hiérarchiser les luttes, mais bien de faire des choix judicieux qui permettront de bien s’attaquer au néo-libéralisme dans toutes ses ramifications. Comment changer une vision mondiale, une idéologie, qui n’est que rarement contestée? Klein répond : « Part of it involves choosing the right early policy battles – game-changing ones that don’t merely aim to change laws but change patterns of thought » (p. 461). Ainsi, l’auteure d’origine montréalaise tricote serré la science, l’économie, la géopolitique, les problèmes éthiques et le militantisme environnemental qui forment la grande écharpe des changements climatiques dans son ouvrage.

Une voix sincère

Enfin, Klein présente le tout avec une plume très élégante qui m’a arraché plusieurs larmes au cours de la lecture. Elle a le don d’humaniser toutes les luttes, et le passage au centre du livre sur le rôle primordial des femmes dans plusieurs luttes a eu raison de moi. Les images qu’elle convoque avec simplicité sont souvent désarmantes. Voici : « In New Brunswick, for instance, the image of a lone Mi’kmaq mother, kneeling in the middle of the highway before a line of riot police, holding up a single eagle feather went viral. In Greece, the gesture that captured hearts and minds was when a seventy-four-year-old woman confronted a line of riot police by belting out a revolutionary song that had been sung by the Greek resistance against German occupation » (p. 303).

Naomi Klein est une auteure courageuse qui présente ici un livre urgent. Il a été écrit en 2014. Nous venons d’entamer 2017 et il reste encore tout à faire. Le 7 janvier dernier, il y avait une alerte au smog émise pour la région de Montréal. Ce n’est pas la dernière fois qu’on verra ça, j’ai bien peur. Tout peut changer, bien sûr. Mais au point où nous en sommes, comme le fait voir Naomi Klein, tout doit changer, et vite.
les coffrets le fil rouge, boites à abonnement, les livres qui font du bien,

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