Littérature étrangère
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L’épopée de la nostalgie

Être amoureuse des livres, c’est aussi voir s’accumuler les œuvres de tous genres dans sa bibliothèque. Si bien que lorsqu’on prend le temps de s’arrêter, nous réalisons que sur les dizaines, centaines de livres présents, le trois quart est relié à un souvenir quelconque, à une découverte, un travail d’école, ou même, à un cadeau.

Ce qui nous amène au quart… Ces livres cachés parmi tant d’autres, reçus en cadeau ou achetés sans le désir ardent d’une lecture immédiate, qui sont synonymes du fameux : << je le lirai plus tard >>. Mais prenons-nous vraiment le temps ? Si bien qu’un deux ans plus tard, on éprouve un certain malaise à l’idée d’être un traître, de l’exhiber ainsi sous nos yeux sans avoir réellement porté notre regard sur lui. 

Ainsi, je me suis donné le défi de lire ces livres. Peut être simpliste pour certains, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un grand défi pour moi, puisqu’entre les services de presse, les cadeaux de Noël et de fête, cette minorité se transforme tranquillement en majorité et me peine beaucoup. Car la littérature ne cesse de s’inventer, de nous épater avec des nouveautés intrigantes et pertinentes, mais il n’en demeure pas moins que derrière ces œuvres, il y en a des milliards qui n’attendent que d’être connus. 
Pour avoir l’esprit tranquille, pour faire de nouvelles découvertes, ou pour simplement faire de la place dans ma bibliothèque et être en paix avec chacun des livres, je me suis lancé le défi de m’attarder aux livres qui hantent ma bibliothèque.

Premier pas, l’œuvre De si jolies ruines, dernier roman du prolifique journaliste et auteur Jess Walter.

Valsant entre réalité et fiction, Jess Walter nous offre un roman chorale, où l’amour, peu importe l’âge ou la distance, n’a aucune limite et aucun continent infranchissable.

L’action prend principalement place en 1962, à Porto Vergogna en Italie. Pasquale, patron de l’unique hôtel du village, fait la rencontre d’une Américaine venue séjourner à l’hôtel pour se reposer, mais plus particulièrement pour traiter ses problèmes de santé. Cette actrice, dite << Dee Moray >>, aurait été mise à l’écart du tournage du très médiatisé film Cléopâtre. Rapidement pistée par son producteur et Richard Burton, l’actrice viendra marquer à tout jamais la vie du petit village, mais principalement celle de Pasquale.

Se divisant sur plus d’un demi-siècle, le récit trace cette histoire de liberté et d’attachement au fil des générations. Ainsi, le récit se transporte dans les années 70 et 80 pour finalement se terminer au moment présent, à Hollywood. Fresque du cinéma et de l’âge de la gloire d’Hollywood, De si jolies ruines est un roman charmant et intrigant.

S’évader pour se perdre

D’emblée, il faut l’admettre, il s’agit d’un roman léger. Dès les premières lignes, le ton est donné ; la nostalgie occupera la majeure partie du récit. Et malgré ses paysages à faire rêver et ses personnages attachants, le roman est parsemé de quelques embûches majeures qui alourdissent le récit.

À commencer par le choix d’inclure cinq histoires différentes, mais toutes reliées aux évènements de l’été 1962. Accordant beaucoup d’importance à certains détails qui ne sont pas récurrents, l’auteur alourdi le récit avec certains personnages et enlève ainsi l’accent sur l’histoire primordiale du récit, soit celle de Dee et Pasquale. Que ce soit l’histoire de l’assistante d’un producteur sur la dérive, ou le récit interminable de la conquête de l’Amérique, on a parfois l’impression que le tout rend le récit moins crédible et surtout, moins intéressant. En essayant d’élever le récit et d’amplifier les évènements, l’auteur s’est plutôt envenimé dans un certain style banal, à mi-chemin entre un feuilleton et une émission de retrouvailles. Il faut aussi avouer que la recherche de l’actrice dans les rues de Porto Vergogna nous laisse perplexe. On ressent une urgence, un désir agressif de retrouver cette étrangère. Le tout sur un ton très mélodramatique. Ainsi, on ne sait plus trop où donner de la tête. Ce qui est extrêmement dommage, car le canevas même de l’oeuvre est d’une grande beauté.

La nostalgie du décalage horaire

La rencontre entre Pasquale et Dee Moray est d’une pureté et d’une douceur. Et c’est d’ailleurs l’élément clé du roman. Ces deux personnages totalement à l’opposé et pourtant si curieux de l’un et de l’autre sont à la fois touchants et inspirants. Pasquale rêve de s’évader, de découvrir et de partager alors que Dee amène un côté plus rigide, une touche américaine avec un désir de réussite, de célébrité et d’amour. Ce sont deux personnages très différents qui ne portent aucun jugement sur l’autre et qui sont fascinés par les différentes manières de mener une vie. 
Bien que séparés trop tôt, on est heureux de retrouver ces deux personnages dans le présent, de voir leur évolution et de sentir la nostalgie émaner de leur personne.

Il faut aussi saluer la référence à l’Italie qui, à son tour, est merveilleuse. Occupant la majorité du roman, on nous trace un portrait franc du pays dans les années 60. Il ne faut pas le nier, le parallèle entre l’Amérique et les États-Unis de l’après-guerre est saisissant. Que ce soit la relation tumultueuse entre les deux pays, les paysages déracinés, les gens brisés par ce qu’ils ont vécu ou la montée du glamour, on nous offre un voyage complet et authentique. Le premier regard sur le Hollywood mythique qui persiste encore aujourd’hui est aussi intrigant. On est amusés et fascinés par cette ascension vers la beauté et la richesse. Les personnages, bien que trop nombreux, sont aussi saisissants. Oui Pasquale, Oui Dee, mais il ne faut pas oublier le portrait troublant de Richard Burton, mettant l’emphase sur sa consommation d’alcool. Un moment touchant, frappant et extrêmement sincère.

Bien qu’il repose principalement sur la nostalgie, De si jolies ruines reste un roman et best-seller simpliste et frais. C’est une belle lecture d’été qui nous donne l’envie imminente de partir pour l’Italie. Car on en ressort charmé par ce petit village qui tente si bien que mal de faire concurrence au Cinque Terre. On est aussi conquis par la légende de la ‘’mama’’ italienne, par cet amour d’été, mais principalement par la richesse du personnage principal, celui de Pasquale. 
Il s’agit d’un roman avec certaines faiblesses, certes, mais d’un charme irréfutable.

Au terme de ses 500 pages, j’ai eu le sentiment du devoir accompli. Car le temps de quelques jours, j’ai donné un second souffle à un livre qui n’avait même pas eu la chance de faire ses preuves. Peut-être que ce n’est pas une lecture qui changera une vie, mais je pourrai enfin porter mon regard sur lui avec la satisfaction de connaître ses secrets. Ce n’est certes pas le plus grand des défis, mais il me donne le sentiment d’être en paix avec ma bibliothèque.

Et vous ? Accumulez-vous aussi les lectures tardives?

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