Littérature québécoise
Comment 1

Pétillante en toutes circonstances : Albertine ou la férocité des orchidées

Le fil rouge, le fil rouge lit, bibliothérapie, littérature, lecture, livres, les livres qui font du bien, Julie Boulanger, Amélie Paquet, Albertine ou la férocité des orchidées, littérature québécoise, littérature érotique, désir féminin, Québec Amérique

Le fuchsia saisissant de l’endos du livre, les lèvres roses qui titillent les fraises de la couverture : qu’Albertine ou la férocité des orchidées soit un roman d’une exubérance toute féminine, aussi malcommode qu’impudique, ne surprend pas. C’est plutôt le caractère explicite du livre qui étonne, explosant sur la page avant même qu’on ait le temps de comprendre dans quoi on s’est embarquée. Une fois remise de l’émoi causé par les premiers passages croustillants, on se rend vite compte qu’Albertine revisite habilement les codes de la chicklit, arrivant tout autant à en rire qu’à leur rendre hommage.

Au début du livre, notre héroïne titulaire est une trentenaire à la carrière incertaine, écrivaine mais aussi assistante d’une polémiste réputée ; elle habite Hochelaga-Maisonneuve avec ses trois chats et ses bibliothèques pleines de livres. Un peu misanthrope, elle n’est pas moins curieuse de tout : de la littérature, de la culture populaire, des personnes qu’elle fréquente et de celles qu’elle reluque. Délurée et libertine, Albertine veut tout vivre et tout toucher ; sa sexualité, et le plaisir qu’elle en retire, occupe une grande place dans son quotidien. Le roman la suit alors qu’elle navigue entre quelques amants, devient écrivaine fantôme pour une grande femme d’affaire, se met à l’exercice physique pour apaiser sa meilleure amie coach de fitness, et tombe finalement amoureuse d’une animatrice télé.

Fidèle à la plus pure tradition de la chicklit, Albertine se met dans des situations pas possibles et dit ce qu’il ne faudrait pas dire. Mais elle a le cœur résolument à la bonne place et, pétillante en toutes circonstances, narre sa vie avec beaucoup d’humour :

Henri s’était mis en tête que nous devions avoir une vie publique ensemble. Il voulait me prouver que nous n’étions pas les deux amants à la complicité aussi forte qu’illicite de la chanson Mappemonde des sœurs Boulay. (p. 141)

Mais ce qui est vraiment rafraîchissant, c’est qu’Albertine est, d’un bout à l’autre du roman, portée par sa propre recherche de plaisir (et de bonheur!), par ses désirs à elle – les siens et pas ceux des autres, jamais. On parle de plus en plus du désir féminin, mais on le met rarement en scène de façon aussi décomplexée, sans essayer de le faire entrer dans les cases prévues par les fantasmes masculins. En fait, tous les personnages féminins du roman, complexes et bien rendus, ne peuvent pas être catégorisés facilement : la patronne d’Albertine est une intellectuelle de droite, une agente du chaos qui aime particulièrement faire enrager l’opinion publique mais qui croit beaucoup au talent de notre héroïne ; la femme d’affaire qui embauche Albertine afin de rédiger sa biographie est un requin particulier, composé d’un mélange de formules entrepreneuriales toutes faites et d’énergie sexuelle ; l’animatrice télé est magnifique, mais ambitieuse, pleine de projets ; la meilleure amie d’Albertine se démène pour faire avancer sa carrière, malgré un chagrin d’amour doublé d’une trahison. Les hommes, à côté, semblent tous assez pitoyables.

Si les ressorts de l’intrigue ne fonctionnent pas toujours (la grande querelle amoureuse avec l’animatrice télé, par exemple, est décevante), l’ensemble est charmant. L’écriture est fluide, soutenue mais accessible, et sert très bien le caractère déjanté d’Albertine et de ses mésaventures. Irrévérencieux et impudique, le roman n’est peut-être pas tout à fait adapté à la lecture en transport en commun (à moins que, contrairement à moi, vous savez demeurer de marbre lorsque votre voisin se penche sur votre épaule pour mieux lire l’une des nombreuses scènes érotiques), mais sa vivacité saura assurément repousser la grisaille hivernale.

Connaissez-vous d’autres romans qui mettent en scène le désir féminin?

Julie Boulanger et Amélie Paquet. Albertine ou la férocité des orchidées. Éditions Québec Amérique (2017), 237 pages.

Le fil rouge tient à remercier Québec Amérique pour le service de presse.

Advertisements

Un commentaire

  1. Eve NC says

    Intrigant! Et ta conclusion m’a bien fait rire… je me mets toujours à lancer des regards louches autour de moi quand je lis des scènes coquines en public haha

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s