Féminisme
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Faire partie du monde… et le transformer pour mieux l’habiter

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«Les théories écoféministes sont empreintes d’éléments philosophiques stimulants, offrant des lectures nouvelles de situations actuelles et historiques. L’expérience des premières lectures est à la fois rassurante et déstabilisante. […] Tant de complexité et d’échos forts à la fois. […] Comprendre. Comprendre au point de le sentir dans son corps. Douter, mais douter avec la ferme impression que ce doute même est un processus de solidarisation.»

Ces mots de Maude Prud’homme décrivent assez justement mon expérience de lecture de l’ouvrage collectif Faire partie du monde, réflexions écoféministes, paru aux Éditions du remue-ménage. Dans le texte «Notes sur la négociation du réel», la militante réfléchit, à partir d’expériences personnelles, à la manière dont se manifestent les théories écoféministes dans le concret des luttes environnementales et les obstacles rencontrés par les militantes féministes dans les groupes écologistes. À la lecture de ce texte et de ceux qui l’accompagnent, j’ai oscillé entre une sorte d’exaltation face à la découverte d’analyses et de luttes qui m’étaient auparavant inconnues et la sensation d’avoir maintenant dans les bras un poids lourd à faire courber l’échine, fait d’un mélange d’urgence d’agir, de vertige face à l’immensité du travail à accomplir et d’obstacles à franchir pour faire des luttes en matière d’environnement des luttes véritablement féministes.

Au départ, j’ai souhaité lire ce recueil parce que l’écoféminisme, courant féministe peu et mal connu, m’intriguait pour sa capacité à faire interagir le féminisme et l’écologisme. Étant moins familière avec certains concepts et enjeux discutés, il m’a fallu prendre le temps d’apprivoiser le contenu théorique du livre, mais je l’ai refermé exaltée par les nouvelles perspectives sur le monde que j’y ai puisées.

Les fronts

Avec pour objectif général de «nommer l’écoféminisme contemporain», ce livre en cerne les contours de même qu’il en déploie toute la complexité. L’écoféminisme se donne pour objectif de prendre soin du monde, à rebours de l’idéologie patriarcale violente et dominatrice qui contribue directement à la dégradation de la vie humaine et des écosystèmes dans lesquels elle se déploie. L’écoféminisme questionne et cherche comment faire advenir un monde meilleur. Dans quelles conditions les femmes prennent-elles place au cœur des luttes écologistes? La protection de la vie sur terre est-elle conditionnelle de la fin du sexisme et de toutes les formes de violence faites aux femmes? C’est à ces questions que s’intéressent les 10 femmes qui ont partagé leurs réflexions dans ce recueil. Ainsi réunies, elles montrent qu’adopter une posture écoféministe, refuser l’oppression des femmes et la destruction de la nature, c’est en définitive assurer à la collectivité humaine des conditions de vie décentes dans un environnement naturel protégé des attaques que le mode de vie occidental capitaliste lui inflige.

Leurs textes nous font aussi découvrir que l’écoféminisme est une lutte tentaculaire qui se déploie sur des terrains de lutte aussi variés que le colonialisme, l’alimentation, l’économie, la vie rurale, l’exploitation des ressources naturelles, la division sexuelle du travail, la reproduction et bien d’autres encore. Ces multiples fronts ont pour commune visée la mise en place d’un vivre-ensemble nouveau, contribuant non seulement à la viabilité de la vie sur terre, mais aussi à son inclusivité et au bien-être de toutes et de tous. L’écoféminisme représente également, comme le font voir les femmes autochtones ou issues des pays colonisés et néocolonisés, une lutte contre le colonialisme et ses effets dévastateurs sur les peuples et les territoires. Hélas, le recueil donne bien peu de visibilité aux personnes autochtones et aux personnes racisées, dont la place dans les luttes écoféministes est pourtant fondamentale.

Un monde commun habitable

Au départ, il y a ce regard désolé porté sur un monde dont le mode de fonctionnement et la manière d’accéder au confort et à la prospérité reposent sur l’appropriation et la destruction de la nature. Comment maintenir la vie alors que notre mode de vie actuel et la manière dont nous interagissons les unes et les uns envers les autres sont violents, injustes et destructeurs? Ce livre prend la forme d’une série d’appels à la solidarité en vue de prendre collectivement soin du monde. Il s’agit de changer nos rapports interpersonnels et, à l’échelle de la société, les rapports entre les différents groupes sociaux et les rapports que nous entretenons avec notre environnement naturel de manière à assurer le maintien de la vie ‒ de toutes les vies ‒ de manière juste et équitable.

Il exhale de cet ouvrage à la fois un sentiment d’urgence à l’égard de la protection de nos milieux de vie, mais aussi une bouffée d’espoir quant à ce qu’il est possible de faire, ensemble, pour résister à la domination et défendre le vivant. Changer le monde semble possible et accessible, dès lors qu’on ose repenser nos manières d’être ensemble au cœur du monde. L’écoféminisme fait appel au collectif et à notre interdépendance fondamentale, à contre-courant de l’individualisme et de la compétition, pour retisser les liens et mettre fin à toutes les formes de domination. Ce dont nous avons besoin, finalement, c’est de «tisser des solidarités concrètes et des pratiques d’écoute profonde».

Faire partie du monde est incontestablement un ouvrage que je conseille à celles et ceux qui souhaitent apprivoiser les idées écoféministes dans leur diversité foisonnante, s’engager un peu plus dans ce monde que nous habitons toutes et tous ensemble, s’indigner et trouver l’élan nécessaire pour lutter, résister et créer un monde meilleur.

Et vous, quelle lecture vous a fait découvrir de nouvelles manières de prendre soin du monde?

Merci aux Éditions du remue-ménage pour le service de presse.

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