Littérature jeunesse
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Mon premier coup de coeur pour un album jeunesse : Chien Bleu

Chien Bleu est le tout premier album jeunesse que j’ai acheté pendant mes études en enseignement au primaire. Mon exemplaire, à la tranche un peu écornée maintenant, en porte encore la trace dans le coin droit d’une de ses premières pages : 2011.

Dans un de mes précédents articles, j’ai déjà parlé d’une professeure que j’ai eu la chance d’avoir à l’université et à qui je dois plusieurs coups de cœur en littérature jeunesse : Chien Bleu fait également partie de ses précieux legs ! Il y a maintenant sept ans, en sortant d’un cours où elle nous en avait fait la lecture, je me souviens m’être dit : «il me faut ce livre». Je considérais toujours les périodes où elle nous lisait les albums à voix haute comme de petits cadeaux dans mon horaire : quel bonheur que de se faire ainsi faire la lecture ! Je me souviens qu’elle le faisait très sobrement – rien de théâtral dans son approche – et allait droit à l’essentiel. Elle maîtrisait l’art des silences et savait nous transmettre la beauté des mots.

Chien Bleu fut donc le tout premier item de ma bibliothèque de classe. C’est un album qui a, pour moi, une valeur sentimentale et j’adore en parler pour le recommander aux gens.

Une irrésistible envie de tourner les pages

Quand je lis un album à mes élèves, je m’attarde toujours à la page couverture. Avec Chien Bleu, j’apprécie d’autant plus ce moment car le titre seul, très minimaliste, pique la curiosité :

« Un chien bleu ? Ça c’est incroyable ! Je me demande d’où il vient… »

Chaque fois, ça fonctionne : plusieurs petites mains se lèvent en même temps pour proposer des hypothèses ! Ces petits moments où je réalise que j’ai donné le goût aux enfants de plonger dans un livre me rendent vraiment heureuse. Un jour, une élève qui observait la page couverture de l’album m’a dit : « on ne sait pas trop s’il est gentil ou méchant, ce chien »… Elle avait raison. Depuis, j’insiste sur le regard énigmatique de Chien Bleu pour donner encore plus envie aux élèves de tourner la première page ! Ensuite, je me lance :

«Assise au soleil devant sa maison, Charlotte jouait tranquillement avec sa poupée, quand elle vit un grand chien s’approcher d’elle. Un chien étrange, au pelage bleu, aux yeux verts brillants comme des pierres précieuses. «Pauvre chien bleu», dit-elle en le caressant, «tu as l’air abandonné». Elle partagea avec lui son pain au chocolat».

Cette rapide entrée en matière me plaît. J’aime qu’on se retrouve dans l’histoire directement, sans savoir d’où vient Chien Bleu ni pourquoi il est là. Cette économie d’explications donne aussi envie de tourner les pages pour en découvrir davantage, pour percer le mystère entourant ce fameux chien.

Un mystère qui persiste

Seulement, voilà : Chien Bleu reste mystérieux tout au long de l’histoire ! À partir du jour où il apparaît sur le perron de Charlotte, il revient plusieurs fois la visiter sans jamais expliquer qui il est ni d’où il vient. Il agit comme un chien de garde silencieux mais rassurant et Charlotte s’attache rapidement à lui :

« Le soir même, dans sa petite chambre, Charlotte entendit un grattement à la fenêtre. Le chien bleu était là. Elle sauta dans le jardin pour le rejoindre. Chien Bleu revint tous les soirs. Charlotte bavardait avec lui en le caressant tendrement. Au bout d’un petit moment, il frottait son nez contre sa joue pour lui dire au revoir et se sauvait. Charlotte s’endormait en pensant en lui. »

Au début de l’histoire, Charlotte garde ses rencontres avec Chien Bleu secrètes et n’en parle pas à ses parents. C’est un détail qui plaît habituellement aux enfants, comme s’ils se sentaient de connivence avec le personnage. Personnellement, j’aime les albums où tout n’est pas dit et qui permettent aux lecteurs d’utiliser leur imagination. Dans Chien Bleu, je demande aux enfants ce qu’ils croient que Charlotte et Chien Bleu font ensemble : à quoi ils jouent, de quoi ils parlent… Leurs réponses me font toujours sourire parce qu’en fin de compte, ils me racontent ce qu’eux-mêmes feraient avec Chien Bleu ! À ce stade-ci de la lecture, on a deux pages de lues et les enfants, tout comme Charlotte, sont déjà attachés à Chien Bleu.

« J’ai dit non, c’est non »

 Au fil de l’histoire, Charlotte finit par parler de son mystérieux compagnon à sa maman, un soir, pendant le bain. Évidemment, elle lui demande si elle peut le garder, ce que sa mère refuse, prétextant qu’elle ne le connait pas et qu’il est peut-être méchant ou malade. Charlotte est donc forcée d’annoncer à Chien Bleu qu’elle ne peut plus le voir. Tristement, ce dernier cesse donc de venir lui rendre visite. Lorsque ma professeure nous a lu l’album à l’université, elle nous a invité à remarquer la force de l’illustration de cette page :
« Regardez comment l’artiste à choisi de représenter la mère : de dos, toute habillée de noir. Pour Charlotte, la décision de sa mère est une mauvaise nouvelle et les choix de l’artiste le rendent bien ».

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Un des grands plaisirs des albums réside dans l’appréciation des illustrations. Les illustrateurs sont de véritables artistes et leur talent, en plus de rendre les livres attrayants, est de faire écho aux textes qu’ils supportent, de les amener plus loin. J’aime amener les enfants à reconnaître et apprécier leur travail. Dans Chien Bleu, chaque page offre cette possibilité ! J’aime particulièrement la façon dont l’illustratrice utilise la lumière et les ombres pour créer des atmosphères différentes pendant le récit.

« Ne t’éloigne pas »

 Charlotte est si triste après le départ de Chien Bleu que sa maman décide d’organiser un pique-nique dans la forêt afin de lui changer les idées. Rappelant un peu l’histoire du petit chaperon rouge, elle tend à sa fille un petit panier et lui propose d’aller cueillir des fraises sauvages pour le dessert : « mais ne t’éloigne pas » la met-elle en garde… Le lecteur se doute bien, alors, que Charlotte n’écoutera pas cette consigne. Absorbée par sa cueillette, elle finira par se perdre. Encore une fois, à ce moment de l’histoire, les illustrations sont vraiment efficaces. Parfois, en classe, j’éteins une partie des lumières afin d’être un peu dramatique :

« [Charlotte] entendit de drôles de craquements tout près d’elle. Elle se mit à courir, mais les bruits se rapprochèrent. Il faisait sombre, elle ne voyait pas les pierres sur le chemin et buta contre l’une d’elles. Elle tomba de tout son long. Terrifiée, elle vit une immense silhouette se précipiter sur elle (…) ».

 Chien Bleu ! Au grand soulagement de Charlotte, son fidèle compagnon la retrouve et la prend sous son aile jusqu’au lendemain.

Un long combat

La dernière partie de l’histoire ravit les enfants à chaque fois parce qu’ils découvrent que Chien Bleu a des pouvoirs magiques et un courage hors du commun !

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Comme c’est la nuit, Chien Bleu dit à Charlotte qu’il vaut mieux attendre le lendemain avant de rentrer à la maison : «Il ne faut pas réveiller l’Esprit des bois» lui dit-il. Il l’emmène alors à l’abri, dans une caverne, et allume, en soufflant sur des brindilles, un feu pour la réchauffer. Charlotte s’endort aussitôt, rassurée par son ami. Pendant son sommeil, l’Esprit des bois (une panthère noire plutôt inquiétante) est attirée par son odeur et menace de l’engloutir pour la punir de s’être aventurée sur son territoire. C’est alors qu’un combat qui durera toute la nuit s’engage entre Chien Bleu et l’Esprit des bois ! Encore une fois, les illustrations sont magnifiques et les enfants sont toujours surpris de voir la bataille aussi bien représentée ! Les dents et les griffes des deux animaux semblent étinceler dans la nuit, laissant deviner un duel féroce, violent.

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Question de vous laisser sur votre faim…

Je ne vous raconte pas la fin ! Mais je peux vous dire que c’est une histoire qui finit bien. Habituellement, pendant une année scolaire, je le lis plus d’une fois à mes élèves car les enfants en redemandent. C’est aussi un album qui a le potentiel de plaire aux plus jeunes et aux plus vieux… Après tout, c’est à vingt ans qu’on m’en a fait la lecture et je suis tombée sous le charme… Imaginez le plaisir qu’on peut avoir à six ou sept ans !

Et vous, quels sont les albums jeunesses, récents ou classiques, qui vous ont marqués ?

 

 

 

 

 

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2 Comments

  1. Ping : Mon premier coup de coeur pour un album jeunesse : Chien Bleu | Le Bien-Etre au bout des Doigts

  2. J’avoue que je ne me rappelais plus de l’histoire, mais nous avions cet album dans mon école maternelle et je me souvenais toutefois du titre et de la couverture ! Je l’avais bien aimé à l’époque effectivement, comme pas mal de mes camarades. Un beau souvenir d’enfance et un premier pas dans le monde de la lecture ahah !

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