Littérature canadienne
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Lignes de faille ou avoir 6 ans

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Une fiction à quatre voix

Je suis retournée plusieurs fois vers la plume de Nancy Huston. Tout comme les fileuses Mari-Anne et Marjorie, je suis complètement envoûtée par cette auteure canadienne qui vit désormais à Paris. Lignes de faille, une incroyable fiction qu’elle a écrit en 2006 et qui lui a valu le prix Femina est un pur bonheur et brille par son originalité. Ce roman que j’avais adoré est tombé entre les mains de ma soeur qui voulait lire quelque chose et qui se fiait à mes conseils… Aussitôt sa lecture achevée, je me suis mise en mode relecture pour découvrir à nouveau cette oeuvre qui m’avait fait chavirer quelques années plus tôt.

Ce qui m’a d’abord plu c’est la manière si pertinente qu’elle a de construire un récit. On se trouve plongé dans une sorte de journal intime, où chaque narrateur s’exprime au «je». Ses quatre protagonistes ont une voix, une personnalité et une existence si complète qu’il est difficile de ne pas les imaginer en chair et en os.

On les retrouve tous à cet âge charnière, en plein coeur de leur six ans. Le voyage figuré et propre est alors dépeint sans fioritures, avec un ton enfantin sans toutefois sonner faux et présente de manière psychoanalytique cette famille dont les quatre générations  se succèdent à rebours.

L’histoire débute avec Sol (2004) un insupportable enfant-roi égoïste qui vit au États-Unis pendant la guerre d’Irak. Difficile de ne pas grimacer en lisant les cruels fantasmes du petit.

« Les compliments de la maîtresse ont mis maman de bonne humeur; ça veut dire que ses efforts commencent à porter leurs fruits. Je suis déjà exceptionnel, et nous savons elle et moi que ce n’est rien comparé à ce qui se passera plus tard. Il faut juste que je surmonte ce petit obstacle de l’opération, c’est la seule chose qui me chiffonne un peu, après quoi je reprendrai ma destinée héroïque. »

L’histoire se poursuit avec son père Randall (1982) qui est catapulté en Israël. À travers l’apprentissage de l’hébreu, le déménagement, sa nouvelle amie et les recherches de sa mère, sont dépeintes certaines difficultés familiales, notamment avec ses parents.

« Tout va si vite que je ne comprends pas bien les liens entre les choses, je ne sais même pas ce que c’est une archive. Pour moi à Haïfa il y aura une école qui s’appelle Hebrew Reali et je dois passer le reste de l’été à prendre des cours d’hébreu parce que si on ne parle pas l’hébreu, on ne peut pas aller dans cette école. »

Puis, c’est au tour de sa mère Sadie (1962) qui est élevée par ses grand-parents avant de vivre à New York avec sa mère, une chanteuse à succès. Complexée par son corps, elle tente maladroitement de se faire une place dans sa nouvelle vie de famille.

« J’ai toujours faim. Grand-maman me dit de mastiquer lentement et consciencieusement ma nourriture au lieu de l’engloutir mais j’ai beau la mastiquer lentement je voudrais qu’il y en ait toujours plus et ce n’est pas poli de se resservir plus d’une fois. Le seul repas que grand-maman ne supervise pas c’est mon goûter parce qu’en général elle fait son jardinage à ce moment-là alors pendant qu’elle a le dos tourné je me fais deux énormes sandwichs avec des couches épaisses de beurre d’arachide et de gelée de raisins, que j’avale presque sans mastiquer du tout. »

et s’achève avec la bouleversante histoire de Kristina (1944-1945), une jeune enfant à  la voix sublime qui vit une rivalité évidente avec sa soeur qui lui révèle quelle a été adoptée.

«Les larmes sont une chose mystérieuse. Grand-père me disait autrefois qu’on a des conduits lacrymaux pour laver nos yeux qui sont des machines fragiles et délicates, mais personne ne sait pourquoi ces mêmes conduits se mettent à marcher tout seuls quand on est triste, quel est le rapport entre le chagrin et l’eau salée mais c’est comme ça, d’un seul coup grand-père me manque énormément, et plus je pleure, plus il me manque.  »

LEffet Huston

Comme le disait récemment Charlotte, l’un des dangers avec Nancy Huston est l‘envoûtement qu’elle suscite et qui provoque ainsi une soif de la lire encore et encore. Dans ce roman, les voix des enfants s’entremêlent à travers le temps pour que finalement se dessine un arbre généalogique singulier. Huston y dresse le portrait d’une vraisemblable et poignante histoire familiale où chaque élément apporte une riche profondeur, un éclat d’empathie pour les lignes de faille qui ont pu défigurer cette famille. 

Maintenant que je repose ce délicieux ouvrage dans la partie de ma bibliothèque dédiée à mes livres chouchous, je me délecte d’avance de ma prochaine lecture!

Relisez-vous les livres que vous prêtez?

 

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