Réflexions littéraires
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La littérature au service de la maternité

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Je suis enceinte. J’ai franchi la moitié du parcours entre le «avant» et le jour de cette rencontre, le «après» d’à jamais. Depuis, je vis dans un état latent. Je fais tout lentement. En mode «il y a si peu de temps…». Évidemment, l’acte de lire s’incruste parfaitement à cette nouvelle routine.

Contrairement à beaucoup de futures mamans, je ne me suis pas jetée dans les livres instructifs et éducatifs décortiquant chaque changement physique et psychologique que la femme enceinte est susceptible de vivre. J’ai plutôt choisi de me tourner vers les récits de femmes, de chez nous et d’ailleurs, qui ont vécu la traversée de neuf mois, parfois moins, souvent tumultueuse, pour les chanceuses seulement à l’aide d’une voile. Pour ce faire, j’ai accordé une bribe de la lenteur des premiers jours d’été au collectif Dans le ventre: Histoires d’accouchement ainsi qu’au recueil de poésie d’Anne-Marie Desmeules, Le tendon et l’os.

Bien qu’abordant la même thématique, à savoir la maternité, les deux œuvres se veulent bien différentes l’une de l’autre, d’abord dans la forme. Le collectif, réunissant notamment Anaïs Barbeau-Lavalette, Martine Delvaux et Ariane Moffatt, pour ne nommer qu’elles, se construit des expériences personnelles d’accouchement de chacune, incluant celle d’un nouveau papa, alors que le recueil d’Anne-Marie Desmeules évoque davantage les premières années de l’enfant. Une chose est certaine, la poésie est omniprésente dans les deux ouvrages. Manifestement, ils ont été écrits avec le ventre et je les ai lus avec le cœur.

«On a tiré mon corps sur la berge.

Expulsé l’eau de mes poumons, fait rebattre mon cœur. On m’a réchauffée, demandé mon nom. J’ai prononcé le sien. Il s’est avancé, blond et penaud. Je l’ai pris contre moi. J’ai touché ses cheveux, son visage, ses mains. J’ai pleuré de plus loin que moi.»

– Anne-Marie Desmeules, Le tendon et l’os.

«J’ai accouché trois fois. J’ai tout aimé. Devenir lunaire, m’enfoncer dans la terre, être puissante et friable à la fois, m’ensauvager, me délier, crier, embrasser l’enfant, goûter sa peau ferreuse, sentir son pouls contre mes seins. Tout aimé.»

-Anaïs Barbeau-Lavalette, « Naître », Dans le ventre : Histoires d’accouchement.

Or, détrompez-vous immédiatement, nous sommes loin d’être dans la beauté absolue, dans la pureté idéalisée en se plongeant entre les lignes de ces livres. Et savez-vous, je crois que c’est ce qui m’a le plus plu. On ne met pas de gants blancs, on n’omet rien ou presque. On jette aux yeux le laid et le beau comme un heureux mélange de ce qu’est la vie, l’amalgame d’un blanc taché et d’un noir charbon.

Comme l’équation des oppositions, mon être est passé par la force des dualités durant la lecture. J’ai retenu mon souffle. J’ai souri toute seule. J’ai versé une larme. Je me suis identifiée. J’ai été chamboulée, particulièrement par le recueil Le tendon et l’os. Peut-être parce que la désillusion est tangible. Les mots de la poétesse transmettent une vérité qui peut être effrayante pour une mère en devenir; celle de ne pas être à la hauteur, d’en avoir assez, de vouloir tout arrêter tandis qu’il est déjà trop tard. Impossibilité de faire marche arrière, de retourner d’où l’on vient.

«Indissociable

il a toujours besoin de moi

et ça me désespère

ces rêves auxquels je renonce

ce corps qui ne m’appartient plus

si au moins je pouvais

l’emmener avec moi

mais il me fait honte

à montrer à tout le monde

à quel point

je suis incapable»

-Anne-Marie Desmeules, Le tendon et l’os.

Dans le ventre: Histoires d’accouchement est plus nuancé, disons, de par sa collection de récits, tous authentiques, mais singuliers à la fois. Il y a autant d’accouchements qu’il y a de mères et d’enfants à qui donner à voir le monde. Tous ne sont pas réjouissants, empreints de félicité ou de terreur. Or, chacun a un point en commun: aucun n’est impeccable. Imparfait est l’adjectif pour les décrire tous. N’est-ce pas d’ailleurs ce qui en fait l’unicité?

Donner la parole aux femmes n’est pas une loi universelle encore aujourd’hui. Nancy Huston me le rappelait récemment dans Journal de la création, cité au commencement du collectif Dans le ventre d’ailleurs, alors qu’elle suit les traces des grandes écrivaines, telles que Simone de Beauvoir, Sylvia Plath et Virginia Woolf, qui ont dû se battre pour être reconnues. Il était donc plus que nécessaire, pour mon cheminement, que je lise ce qu’elles avaient à me dire, à me partager. Je me sentais le devoir de les écouter. Possiblement parce que j’incarnerais bientôt ce rôle, d’abord pour moi-même, mais aussi pour les autres. Celles qui ne connaissent pas encore la sensation d’un vrombissement de papillon dans le bedon. Celles qui hésiteront. Celles qui penseront que donner la vie est notre seule fonction. Je serai là, comme le prolongement des traces laissées par mes prédécesseures, pour marquer mon bout de chemin, pour parsemer le sol de quelques-unes de mes empreintes. Et qui sait, peut-être qu’une future petite moi, une jeune Éléonore, se mêlera à la fête aussi le moment venu.

Crédit photo : Michaël Corbeil

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