Littérature québécoise
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De retour aux sources

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Laferrière me manquait. Il y avait si longtemps que je n’avais pas visité son œuvre. Journal d’un écrivain en pyjama remontait déjà à si loin. On ne pouvait pas m’en vouloir : j’avais tellement accordé de temps à ses livres durant plusieurs années. À une époque de ma courte vie, je ne faisais que lire Laferrière. J’ai d’ailleurs presque tout ratissé, en commençant par Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer, évidemment, en lisant encore et encore Chronique de la dérive douce, en passant par L’énigme du retour et en m’arrêtant un instant pour L’Art presque perdu de ne rien faire. Puis, j’ai fini par prendre une pause et je suis allée « vers d’autres rives », voir ce qu’on y faisait de bon. Il n’est jamais trop tard pour faire un retour aux sources, et c’est donc tranquillement que je suis revenue dans ce lieu qui m’est si familier, l’œuvre de Laferrière, en l’occurrence son tout dernier roman, Vers d’autres rives.

L’art de maîtriser les images comme les mots

Aucun doute, tout ce que touche Laferrière se transforme en or. Il ne lui suffisait pas de maîtriser habilement les mots, il fallait aussi qu’il transmette ses pensées par le croquis. Il avait déjà tenté l’expérience en 2018 avec Autoportrait de Paris avec chat, et le succès fut assez retentissant, comme toujours. Je crois que le tout fonctionne, car les dessins de l’auteur sont simples et purs, et qu’ils nous ramènent à l’essentiel. Il ne cherche pas la perfection, et c’est rassurant pour le lecteur de se retrouver devant des illustrations à la fois authentiques et rafraîchissantes.

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Le dessin parvient à susciter de nouvelles sensations à la limite de ce que les mots peuvent atteindre. L’amalgame des deux outils (les mots et les traits) atteint une double cible dans une seule œuvre. En tant que lectrice, j’ai eu l’impression d’avoir la possibilité d’emprunter deux avenues différentes durant ma lecture. J’ai mis toutes les chances de mon côté et j’ai pris toutes les opportunités en choisissant de découvrir chaque recoin, de scruter la moindre ligne, autant celles du texte (aussi écrites à la main) que celles des dessins les accompagnant. Car il y a aussi cela : l’authenticité d’écrire à la main. Sous mon cil, il s’agit d’une belle preuve de confiance, un peu comme si Laferrière nous donnait accès à une certaine partie de sa vulnérabilité en se mettant à nu. Il y a quelque chose de très intime dans le fait de dévoiler sa main d’écriture. Je dirais même quelque chose de romantique, de poétique.

Le dessin pour aborder l’art visuel

Comme dans son ouvrage précédent, l’auteur se penche sur le domaine des arts visuels dans Vers d’autres rives, mais cette fois-ci, il rend plutôt hommage aux artistes et aux poètes de son pays d’origine. J’ai eu un plaisir fou à découvrir une culture artistique que je ne connaissais pas du tout. Google a été mon ami. C’est que Laferrière se plaît à reproduire les toiles de certains des plus grands peintres haïtiens, tels que Robert Saint-Brice et Philomé Obin. Une fois de plus, on nous offre un doublé quant à la représentation : les œuvres des peintres primitifs sous le crayon de Laferrière et l’original qu’on prend plaisir à googler, car la comparaison permet de mieux interpréter, de comprendre le travail d’adaptation qui a été fait.

C’est en ce sens aussi que le processus de création de l’auteur devient intéressant, à savoir l’utilisation du croquis pour traiter de l’art. Bien entendu, les mots peuvent nous en dire beaucoup sur l’art visuel, mais jamais ils ne réussissent à nous faire saisir toute l’essence d’une toile. Laferrière se prête ici à l’exercice de montrer autrement. Il prêche par l’exemple. Il se lance un défi. Il redevient un enfant en reproduisant ce qu’il voit en toute humilité pour le plaisir de nos yeux.

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Une chose est certaine, notre cher Dany national frappe très fort encore avec Vers d’autres rives. Il ne s’essouffle jamais, et ce, même s’il passe parfois par des sentiers déjà connus. Il me fut si agréable de retrouver Da assise sur son balcon. Il m’apparaît évident maintenant que j’ai laissé trop de temps s’écouler entre mes différents voyages de lecture dans l’œuvre de Laferrière. Mais je ne m’en fais pas trop, car je sais que l’auteur est loin d’avoir fini de se raconter.

Crédit photo : Michaël Corbeil

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Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance?» (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris) Les vers de Baudelaire auront été la source de son épanouissement en tant que bizarroïde de ce monde. La poésie, Marika la vit au quotidien à travers tous les petits plaisirs qui s’offrent à elle. Une grimace partagée avec une fillette dans le métro, la fabrication d’un cerf-volant dans un atelier strictement réservé aux enfants, un musicien de rue interprétant une chanson qui l’avait particulièrement émue par le passé, lui suffisent pour barbouiller le papier des ses pensées les plus intimes. Chaque jour est une nouvelle épopée pour la jeune padawan qu’elle est. Entre deux lectures au parc du coin, un concert au Métropolis et une soirée au Cinéma du Parc pour voir le dernier Wes Anderson, elle est une petite chose pleines d’idées et de tatouages, qui se déplace rapidement en longboard à travers les ruelles de Montréal. Malgré ses airs de gamine, elle se passionne pour la laideur humaine. Elle est à la recherche de la beauté dans tout ce qu’il y a de plus hideux. Elle se joint au Fil Rouge afin de vous plonger dans son univers qui passe des leçons de Star Wars aux crayons de Miron en faisant un détour par la voix rauque de Tom Waits et le petit dernier des Coen. Derrière son écran, elle vous prépare son prochain jet, accompagnée de son grand félin roux, d’une dizaine de romans sur les genoux et d’un trop plein de culture à répandre

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