Chroniques d'une anxieuse
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Chroniques d’une anxieuse : c’était quoi la question, déjà?

FilRouge

Ce matin-là je m’étais réveillée de mauvaise humeur. Je détestais tous les hommes. Et tant qu’à y être, toutes les femmes aussi. Je détestais tout le monde et personne en même temps. Je détestais les gens qui toussaient trop fort dans le métro et les p’tits gars énervés qui manquent de respect. Je détestais tous les gens qui se pensent VIP dans la vie, qui croient dur comme fer que tout leur est dû. Je détestais les gens qui faisaient du bruit durant TOUT le film au cinéma avec leur sac rempli à rebord de popcorn. Et je détestais surtout la fille qui m’avait toussé dans les cheveux la veille dans l’autobus et qui avait pouffé de rire quand je lui avais dit que ça ne se faisait pas.

J’en voulais surtout à la vie de m’avoir fait comme ça. Comme quelqu’un qui se questionne toujours trop, qui a de la misère à lâcher prise, qui ressent la vie avec tellement d’intensité que ça finit par la gruger par en-dedans. Je lui en voulais. Beaucoup.

Ce matin-là, je me détestais aussi.

Pis c’est pas l’fun, détester son soi-même. Parce qu’on peut pas vraiment être autre chose que soi. On est pogné à être ce qu’on est et à vivre avec. On s’en sortira pas. Et, de toute façon, essayer d’être ce qu’on n’est pas, c’est tourner le couteau dans la plaie. Ben profondément.

Ce matin-là, j’étais assise dans la cuisine de mon appart. Comme figée devant mon café déjà frette et ma toast à moitié mangée. Je pensais malgré moi à toutes ces personnes (pis j’te jure, y’en a une coupe) qui m’avaient reproché mon moi-même.

J’comprends pas pourquoi t’es aussi sensible, Alex. Va falloir que tu t’endurcisses si tu veux réussir dans la vie. Tu prends toujours trop tout personnel. J’peux pu t’endurer, c’est fini, ton anxiété est trop difficile à gérer. Qu’est-ce que tu fais à te morfondre encore aujourd’hui? Pourquoi tu pleures encore? Pourquoi tu capotes encore?

Encore.

Ça bourdonnait dans mes oreilles, mais je ne voulais plus les entendre. Ils avaient tort. Toute la gang. Ils avaient tort, parce que c’est facile dire ce genre de choses quand t’es pas en train de le vivre par en-dedans. Quand t’es pas en train de te détruire petit feu par petit feu. J’avais besoin d’aide et, eux, ils avaient rien compris.

Ce matin-là, je repensais à la fois où j’étais aller voir Monsieur M., mon psy. C’était peut-être la deuxième rencontre, je sais pu, j’étais encore tellement nerveuse juste à l’idée de lui raconter ma vie dans ses moindres palpitants détails. Il me posait une série de questions pour essayer de comprendre c’était qui, elle, la brunette assise en face de lui qui tapait du pied incessamment. Pis il m’avait posé la question qui tue.

Son calepin à la main, entre deux gorgées de café, dans la plus grande décontraction, comme si c’était une question ben usuelle, presque banale, il m’avait demandé : «T’as-tu déjà pensé au suicide?».

Euh. Non. Oui. Je sais pas. C’était quoi la question, déjà? Can you repeat the question, please?

Gros malaise, parce que ça te rappelle des mauvais souvenirs, des choses que t’aurais voulu oublier pour toujours. Parce qu’à douze ans, te dire que ça serait peut-être plus simple si tu n’avais jamais existée, c’est pas normal. Non. Je ne suis jamais passée à l’acte. Non. Je ne me suis jamais dit que je voulais passer à l’acte. Mais, oui, j’ai déjà pensé que la vie serait tellement plus simple si elle ne m’avait pas été donnée.

Juste des fois. Pas tout l’temps. Quand ça allait vraiment mal dans ma tête.

Et un beau jour, il y a des gens qui rentrent dans ta vie pour te montrer à quel point tu devrais t’aimer. Eux, ils t’aiment pour tout ce que tu es, en entier, avec tes défauts, tes qualités et tout ce qui vient avec. Ils t’aiment, point. Pour de vrai. Et un beau jour tu te retrouves dans ton lit en cuiller avec ton amoureux. Ben collés. Ça te démange, c’est rendu une question de vie ou de mort, tu veux lui demander pour de bon. Tu dois savoir.

Est-ce qu’il y a des choses chez moi qui t’énervent intensément beaucoup? Non, j’aime tout chez toi, vraiment. C’est vrai? Oui. Même pas mon anxiété? Surtout pas ton anxiété.

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Anxieuse à temps plein et insomniaque à temps partiel, Alexandra se nourrit à grands coups de mots, de phrases et de livres qui font rêver. L’écriture lui a toujours servi d’exutoire avec lequel elle pouvait coucher sur papier ses folies et ses nombreux tourments. Elle adore tout particulièrement se perdre dans les couloirs infinis des bibliothèques, mais également dans les corridors de l’Université de Montréal où elle fait un baccalauréat en Littérature comparée et cinéma. Elle se passionne pour les films cultes, les traversées autour du globe, les arts, la musique, la photographie, bref, elle s’intéresse à tout et veut tout savoir! Son but ultime : vaincre ses peurs et aller à la conquête du bonheur!

2 Comments

    • Alexandra Girard says

      Ça me fait tellement plaisir, Marie-Ève, parce que moi aussi en lisant tes mots je me sens moins seule avec ma tête un peu bizarre-tourmentée-qui-se-pose-trop-de-questions. (Mais j’te jure on réussit toujours à s’en sortir!) Merci! 🙂

      J’aime

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