Littérature québécoise
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Nord Alice, un troisième roman signé Marc Séguin

C’est avec un immense plaisir que je vous parle aujourd’hui d’un homme que j’admire profondément, et j’ai nommé Marc Séguin. La sortie, en octobre dernier, de son troisième roman, Nord Alice, publié chez Léméac, m’est apparue comme l’excuse idéale de vous le présenter et comme la porte d’entrée vers l’univers de cet artiste aux multiples talents. Mais avant toute chose, ce que j’admire particulièrement chez lui, c’est son honnêteté et sa sincérité, mais aussi son esprit vif, sa sensibilité et ce côté homme de la terre, mâle, qu’il partage autant par son regard sur notre monde que sa manière de créer à partir de ce monde. Après cela, j’envie un peu sa carrière vaste et florissante (j’aimerais en avoir une semblable), ses tableaux me choquent autant qu’ils me troublent, tout comme ses trois romans La foi du braconnier paru en 2009, Hollywood paru en 2012 et finalement, le petit nouveau Nord Alice.

« [Marc Séguin est] né à Ottawa, Canada. Ses œuvres sont vues et collectionnées dans plusieurs pays par les musées, galeries, et par des collections publiques, muséales et privées. Il vit et travaille entre Montréal et Brooklyn (New York).»

Nous entendons plus souvent parler de Marc Séguin, l’artiste visuel, engagé et provoquant. Vous avez peut-être d’ailleurs déjà eu vent de ces œuvres de grands formats réalisées avec de la cendre humaine ! « […] il a poussé la démarche jusqu’à l’extrême en peignant avec des cendres humaines remises par un ami. «Il savait que je peignais déjà avec des os carbonisés d’animaux. Il m’a donné les cendres de sa mère en disant qu’au contact de la toile, elles me donneraient une teinte parfaite de gris. Il avait raison. J’ai réfléchi à ce que je pouvais peindre avec ce matériau et pour en préserver le caractère sacré, j’ai opté pour des ruines d’églises. Quand je peins avec des cendres humaines, je le fais avec respect et révérence. C’est chargé de sens. C’est la vie et la mort. On ne joue pas avec ça.» Rien ne l’arrête quand il est question de création, de partager une idée ou de critique un pan de notre société à la fois si belle et si mal en point.

12188303_642175465925425_1612779318_nAvant Nord Alice, il a donc eu La foi du braconnier et Hollywood. Bien que la lecture de ces deux romans remontent à un certain temps, reste un feeling, une voix, cette même voix que je retrouve avec émoi et émotion à travers les 250 pages de Nord Alice, celle amoureuse, démunie, mais forte et crue du narrateur. Il n’y a rien de plus beau qu’un homme qui parvient à exprimer ses sentiments les plus profonds avec tout son corps et ses mots à lui, ses mots pas toujours justes, mais des mots uniques.

La foi du braconnier (Prix littéraire des collégiens du Québec, 2010)
«Marc S. Morris est un chasseur. A demi Mohawk, dans son sang coule une amertume brûlante nourrie de désillusion et, s’il tue les bêtes, c’est pour éviter de tuer les hommes. Pourtant, Marc S. Morris a la Foi, aimerait avoir la Foi. Devenir pape, par exemple. Ou aimer une femme. Dédier sa vie.»

Hollywood
«Une héroïne athée cherche à prouver que Dieu n’existe pas, après avoir été atteinte par une balle perdue dans les rues du New Jersey

Nord Alice
«Il est quand même troublant, ce besoin de toujours se dire qu’on existe.»

Le narrateur, «je», est médecin à New York, tout comme Alice, son amoureuse. Ils se sont rencontrés, quelques années plus tôt, durant les études. «Je» part et s’exile à Kuujjuaq, dans le nord du Canada, ce même nord d’où est native Alice « […] la première Inuit médecin spécialiste.» Pendant plusieurs mois, il cherche à voir plus clair à travers le brouillard, à travers trois lignes temporel, toutes liées à «je», il trouvera certaines réponses. Il y a d’abord celle qui parle des hommes de sa famille, ceux qui sont venus avant lui, ceux-là aussi qui ont fui avant lui. Roméo, son arrière-grand-père le chercheur d’or et le bâtisseur de grange, Ovide, son grand-père, enrôlé par choix en espérant se préparer une vie meilleure et son père Louis-Joseph, qui a quitté la campagne et les champs pour découvrir tous les possibles de la ville et devenir médecin. Et il y a «je».

Alice. Leurs années ensemble. Cette « [f]emme de coutumes et de présent.», sa «belle inquiétude». «Je» ne sais comment aimer Alice «T’aimer n’est pas difficile, c’est le quotidien avec toi qui est impossible.», alors il l’a fuie, pour peut-être mieux la comprendre, entouré de tous ces gens qui lui ressemblent.

«Paraît que le Nord magnétique diffère du Nord géographique. Sur lequel s’aligner?»

Le quotidien, marqué par l’absence d’Alice, par les patients à l’urgence et tous les silences et les non-dits. «Je» ne pose pas de question, il soigne les corps comme il peut. «Le Nord n’est pas romantique. […] C’est raté. J’y soigne des corps, y répare mon amour, mais l’écart entre le paysage et les hommes qui l’habitent est spectaculaire.»

«Ça fait presque sept mois qu’on se construit des mondes parallèles. Elle dans un décor qui ressemble plus au mien et moi, ici, dans le sien. J’ai fui en toute conscience. En empruntant sa terre. Pour essayer de la comprendre et de la sentir. »

Marc Séguin nous offre une fois de plus, avec Nord Alice, une écriture simple, certes, mais gorgée de trésors. Il nous parle d’amour, de famille, de l’importance de suivre son instinct et son cœur. D’apprendre à vivre dans le présent. Mais il n’oublie pas de nous faire réfléchir sur les conditions des gens du Nord, sur les conséquences du réchauffement climatique et sur l’écart parfois très juste entre le bien et le mal.

«Au-delà du soutien quotidien qu’ils s’accordaient l’un à l’autre, il avait réalisé que l’absolu de l’existence se traversait mieux à deux.»

Retrouvez trois courtes rencontres avec Marc Séguin ici :
http://formulediaz.telequebec.tv/Emissions/32
http://formulediaz.telequebec.tv/Emissions/9
http://zonevideo.telequebec.tv/media/18929/marc-seguin/deux-hommes-en-or

Il est d’ailleurs le sujet du documentaire Bull’s eye, un peintre à l’affût, de Bruno Boulianne. (J’aimerais beaucoup le visionner d’ailleurs !)

Marc Séguin ne s’arrête pas aux arts visuels et à la littérature, car vous pourrez voir bientôt sur grand écran, son film Stealing Alice, mettant en vedette Fanny Mallette et Denys Arcand.
https://www.youtube.com/watch?v=c2tpIdGkqlw

Liens utilisés pour écrire cet article :
http://www.marcseguin.com
http://www.renaudbray.com
http://www.lapresse.ca

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par

Louba-Christina Michel est une passionnée. Elle écrit depuis qu’elle sait comment faire et même avant, dans une sorte d’hiéroglyphes inventés. Et dessine depuis plus longtemps encore, elle a dû naître avec un crayon dans la main. Elle est transportée par tout ce qui touche à la culture et dépense tout son argent pour des livres et des disques (hey oui!). Elle prend beaucoup trop de photos de son quotidien, depuis longtemps. Des centaines de films utilisés attendent d’être développés dans des petites boîtes fleuries. Sa vie tourne autour de ses grandes émotions, de ses bouquins, de l’écriture, de l’art, du café et maintenant de sa chatonne princesse Sofia. Après une dizaine d’années d’errance scolaire et de crises existentielles, entre plusieurs villes du Québec, elle est retournée dans son coin de pays pour reprendre son souffle. Elle travaille présentement à un roman et à une série de tableaux.

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