Littérature québécoise
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Nirliit : Grand Nord, humanité et résilience

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Ce premier roman de Juliana Léveillé-Trudel, Nirliit, qui signifie oies, en inuktitut, se passe dans le Grand Nord,  à Salluit, un village du Nunavik. C’est par un drôle de hasard que je viens tout juste de lire Soeurs volées d’Emmanuelle Walter dont Gabrielle a parlé dernièrement lorsque je me suis décidé à lire Nirliit. Je dois dire qu’on ne peut simplement pas terminer cet essai en l’oubliant sur sa table de chevet, ça nous hante. Et nous hantera probablement toujours. En me plongeant dans Nirliit, j’avais la version fictive de l’enquête menée dans Soeurs volées, mais voilà que je savais très bien qu’il n’y avait rien de fictif dans les mots de Juliana Léveillé-Trudel. La narratrice, une blanche, vient passer ses étés à Salluit, non dans le but du travail ou de l’argent comme le font tant de blancs, mais parce qu’elle s’y sent bien et qu’elle aime la langue. Ainsi, elle y rencontre des êtres merveilleux, résilients et brisés.

Le récit tourne surtout autour de la mort d’Eva. La narratrice tente de s’adresser à cette femme qui a été balancée dans la rivière et qui a laissé derrière elle un vide immense. Dans la deuxième partie, on suit le fils d’Eva, Elijah. Chacune des pages écrites par Léveillé-Trudel tente de démystifier et de détruire les clichés et les préjugés dont les autochtones sont victimes. Elle fait preuve d’une extrême douceur et sensibilité en s’intéressant aux émotions, à la personne, tout simplement derrière la couleur de la peau. Cette façon de mettre de l’avant les tourments, oui, mais aussi les beautés qui régissent dans les personnages tels qu’Eva et Elijah m’a profondément touchée.

Tout n’est pas blanc ni noir et il fallait l’écrire, même si cela semble d’une évidence criante pour certains, il faut malheureusement encore le dire, encore nommer le fait que les autochtones ne sont pas une figure figée et immuable, ce sont chacun par leur singularité, des individus, voilà tout. Le tableau est loin d’être parfait : alcool, violence conjugale, viol, maltraitance, ils y sont tous. C’est toutefois un véritable hymne au Grand Nord qu’écrit Juliana Léveillé-Trudel avec Nirliit. Elle ouvre des fenêtres fermées depuis si longtemps dans nos mémoires collectives et fait réaliser tant de choses.

Avec Elijah, elle traite de l’arrivée des autochtones dans les grandes villes telles que Montréal et Vancouver et on réalise que cela n’est pas si simple, de quitter son territoire, son chez-soi et ce, malgré toutes les difficultés qui y règnent. Les traumatismes autochtones se transmettent telle une filiation de famille en famille, dans ce cas-ci de mère en fils, et c’est pas un changement de décor qui change la donne. C’est bien humblement que je pense que ce sont des livres comme ceux-là, Nirliit et Soeurs volées, qui vont changer l’image encore si négative qu’ont les blancs des autochtones. De mon côté, ça m’a ouvert les yeux. Ça ma fait prendre conscience de mon ignorance, m’a sensibilisée aux préjugés encore vivants et m’a donné envie, surtout, d’avoir un regard franc et pur vis-à-vis ce peuple qui m’est si près tout en étant si loin.

Dans le même genre, je vous conseille de lire Nord Alice de Marc Séguin.  Avez-vous des suggestions de bouquin qui se passe dans le Nord pour moi?

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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

5 Comments

  1. J’avais aimé La saison froide de Catherine Lafrance il y a quelques années. J’ai aussi Panik de Geneviève Drolet dans ma PAL mais je ne l’ai pas encore lu. Ce sont deux romans qui se passent dans le nord. Je sens que Nirliit va rejoindre ma PAL bientôt aussi !

    Aimé par 1 personne

  2. La maison d’édition Carte Blanche a publié le roman «Chisasibi» de Richard Vézina. Les points forts du roman sont concentrés sur le travail social et l’entraide, valeur essentielle des personnages. L’auteur a lui-même travaillé à Chisasibi, exposant ainsi une part probablement importante de ses observations.

    Bravo pour le résumé et les appréciations. Personnellement, j’ai lu «Niirlit» d’un coup, entre autres à cause du style littéraire.

    Bonne lecture !

    Aimé par 1 personne

  3. Florent Riel says

    J’ai beaucoup aimé. C’est un passage en coup de vent dans un autre monde dont seules les mauvaises nouvelles, suicides et meurtres, nous parviennent. Pourtant ces gens ne sont-ils pas nos concitoyens? Ils nous sont spirituellement et socialement inconnus. Un récit tel que celui-ci jette parfois une lumière stroboscopique sur les gens de cette autre planète qu’est «notre» Nord.
    Cette histoire-ci est rude et grinchante pour nos encoignures. L’auteure, dans la première partie de son récit, règle ses comptes à grands coups de poing. Avec notre blanche indifférence tant personnelle que gouvernementale, nous ne sortons certainement pas vainqueurs de cette rixe. Le Nord de l’auteure c’est « Le Cri » d’Edvard Munch, « L’Enfer » de Jérôme Bosch et la poésie mélangée de Tristania et de Pink Floyd.

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  4. Ping : 31 jours de bibliothérapie, jour 22 : Pour comprendre un peu mieux la vie | Le fil rouge

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