Art et créativité
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Rencontre avec Marcel Barbeau

Dans la même lignée que mon précédent article, Ma vie par Isadora Duncan, voici le récit de ma «rencontre» avec l’artiste peintre Marcel Barbeau.

Dans le passé, le nom Marcel Barbeau est certainement venu à mes oreilles plus d’une fois, sans que je ne lui porte une réelle attention, trop souvent noyé avec ceux d’autres automatistes tels que Paul-Émile Borduas, Jean-Paul Riopelle, Pierre Gauvreau ou Claude Gauvreau.

Marcel Barbeau fût l’un des quinze signataires du manifeste le Refus global en 1948.

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Il y a près de deux mois, j’ai participé à un séminaire de peinture, offert ici à Percé, dirigé par le peintre Jimmy Perron, originaire de l’Isle-aux-Coudres dans Charlevoix (Baie-Saint-Paul). Un certain matin, Jimmy nous invite à choisir une image/photo à partir de laquelle nous esquisserons quelques croquis, pour ensuite entamer un tableau issu des impressions laissées par ces croquis. Après avoir vogué quelques minutes dans ma banque d’images, je me suis arrêté sur une photographie en noir et blanc où apparaissent plusieurs automatistes. La photo a été prise lors de la seconde exposition du groupe, en 1947, au 75, rue Sherbrooke Ouest, chez la maman des Gauvreau. J’y reconnaissais Pierre, Claude et Paul-Émile Borduas. Seuls une femme et un autre homme me restaient plutôt mystérieux. Au lieu de demander l’aide de Google, sans me donner la peine de chercher autres part, je préfère laisser, parfois, les informations venir à moi. Je ne suis pas pressée de toute façon ! La femme (Madeleine Arbour) était probablement l’amoureuse de Pierre, à la façon dont ils se tenaient la main. L’homme, avec son air timide et son allure ténébreuse et chic et ses énormes lunettes se tenait légèrement à l’écart, comme s’il s’apprêtait à quitter la scène. J’ai choisi d’abord la photo pour sa composition parfaite, pour finalement concentrer toute mon attention sur l’homme énigmatique. C’était Marcel Barbeau, mais je ne le savais pas encore à ce moment-là.

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Quelques semaines plus-tard, je passais à la librairie pour cueillir sur une tablette le très médiatisé «La femme qui fuit» écrit par Anaïs Barbeau-Lavalette (auteure (Je voudrais qu’on m’efface, Embrasser Yassar Arafat : chroniques palestiniennes), réalisatrice, productrice et actrice (Inch’Allah, Le Ring, Prends-moi, Ina Litovski, Sept heures trois fois par année). Ce roman, ou cette biographie, ce témoignage ou cette lettre adressée à Suzanne Meloche, la grand-maman maternelle de l’auteure, s’est ouvert devant moi et très profondément en moi. C’est comme si l’on me permettait d’observer, à travers le trou d’une serrure, ces hommes et femmes qui ont transformé à grand prix notre Québec, en 1948. Encore plus, je me sentais voler à travers ces corps vivants, tellement habités, ces esprits bouillonnants, ces flèches tranchantes. Jamais dans ma vie, je ne m’étais sentie aussi près d’eux. Et c’est là que j’ai vu, pour la première fois, Marcel Barbeau dans les yeux de Suzanne Meloche, raconté par leur petite fille Anaïs Barbeau-Lavalette.

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Le 2 janvier 2016, l’actualité nous annonçait le décès de Marcel Barbeau, survenu à l’âge de 90 ans. Je ne m’étais pas questionnée pour savoir s’il vivait toujours ou non. Mais tout de même, apprendre sa mort m’a touchée. J’avais un peu cette impression de perdre un ami que je venais tout juste de rencontrer et que je voulais apprendre à mieux connaître. Je sais qu’il continuera d’exister encore très longtemps avec toutes ces œuvres qu’il a créées au cours de sa vie, toujours avec cette même vitalité et cette urgence de communiquer par l’art.

Sont apparus sur les réseaux sociaux, attachés à la nouvelle, des liens nous menant vers deux documentaires réalisés par la fille aînée de l’artiste, Manon Barbeau. Le premier, «Les enfants du Refus global» 1998, était déjà parvenu jusqu’à mes oreilles, sans que je n’aie la chance de le voir. C’est un petit bijou. C’est aussi nécessaire je crois. Je suis contente de l’avoir visionné. Comme le prétend le titre, nous retrouvons certains enfants des signataires du manifeste, ainsi que quelques signataires encore vivants à l’époque. Tous semblent dépassés par quelque chose de plus grand qu’eux. C’est à la fois magnifique et si lourd à porter. Le second documentaire, «Barbeau libre comme l’art», nous présente l’homme dans toute sa singularité et sa complexité. Il est à la fois dérangeant et attachant. Réalisé près de 20 ans avant sa mort, nous découvrons un artiste complet et encore très ambitieux.

Voilà ! Je pressens que mon histoire avec l’artiste n’est pas terminée, elle s’entame plutôt. À travers tout cela, c’est un peu mon histoire que je découvre. Et je questionne ma position d’artiste, dans le Québec d’aujourd’hui, ce besoin d’être libre jusqu’au bout.

À lire «La femme qui fuit».

Découvrez l’article de Martine ici: https://chezlefilrouge.co/?s=la+femme+qui+fuit+&submit=Chercher

À voir «Les enfants du Refus global»:https://www.onf.ca/film/enfants_de_refus_global

«Barbeau libre comme l’art»:https://www.onf.ca/film/barbeau_libre_comme_art

Lien de la photo : http://www.aci-iac.ca/paul-emile-borduas/importance-et-questions-essentielles

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Louba-Christina Michel est une passionnée. Elle écrit depuis qu’elle sait comment faire et même avant, dans une sorte d’hiéroglyphes inventés. Et dessine depuis plus longtemps encore, elle a dû naître avec un crayon dans la main. Elle est transportée par tout ce qui touche à la culture et dépense tout son argent pour des livres et des disques (hey oui!). Elle prend beaucoup trop de photos de son quotidien, depuis longtemps. Des centaines de films utilisés attendent d’être développés dans des petites boîtes fleuries. Sa vie tourne autour de ses grandes émotions, de ses bouquins, de l’écriture, de l’art, du café et maintenant de sa chatonne princesse Sofia. Après une dizaine d’années d’errance scolaire et de crises existentielles, entre plusieurs villes du Québec, elle est retournée dans son coin de pays pour reprendre son souffle. Elle travaille présentement à un roman et à une série de tableaux.

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