Réflexions littéraires
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Un long voyage de solitude : mon parcours à la maîtrise

J’ai décidé de m’embarquer dans cette aventure sur un coup de tête. J’en étais à la dernière session du baccalauréat. Je ne savais pas trop si j’étais prête à me plonger dans l’enseignement à temps plein, d’autant plus que le milieu me dégoûtait à ce moment. La période de ma vie se passant au Cégep avait toujours été la plus réjouissante en ce qui a trait à l’intérêt scolaire et pédagogique. Depuis cette époque, je me voyais très bien enseigner dans l’enceinte de mon bon vieil établissement joliettain. Sur les recommandations flatteuses d’un professeur de littérature de l’université, j’ai donc décidé de faire une demande d’admission à la maîtrise en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal.

Il est tout de même important de préciser que mon parcours n’est pas celui par lequel passent tous les étudiants s’inscrivant à la maîtrise en littérature. Je n’avais pas fait mon baccalauréat en études littéraires, mais bien en enseignement du français au secondaire. Par conséquent, je ne connaissais que quelques professeurs du département de littérature, dont ce fameux M. Brehm qui fut d’une aide importante. De plus, je n’avais pas suivi tous les cours offerts par le baccalauréat en études littéraires. Il fallait donc que je fasse une propédeutique à l’automne 2015. J’avais l’impression de partir bien en retard sur mes collègues. Or, je tenais à relever le défi. Donc, après avoir recueilli les trois lettres de recommandation de professeurs, avoir rempli le formulaire de demande d’admission et avoir conservé une moyenne supérieure à 3,2, je fus admise à la propédeutique en études littéraires à l’automne dernier.

En arrivant en classe, une idée de sujet de mémoire avait émergé en moi à la suite de la lecture du roman Le tunnel d’Ernesto Sábato. D’ailleurs, un article sur le roman apparaît sur Le fil rouge et vous pouvez le lire juste ici. Cette lecture a fait naître un sujet en mon esprit, qui est le suivant : l’amour passionnel comme moteur du développement de la folie chez les protagonistes. Je ne me rappelle plus combien de fois on m’a répété de ne pas trop m’accrocher à un sujet naissant puisque ces ébauches d’idées ont tendance à changer au rythme des saisons. J’étais plutôt sceptique quant à cette mise en garde et pourtant… ils avaient raison.

À l’automne, j’ai dû suivre les cours obligatoires que je n’avais pas encore suivis au baccalauréat. Je fus heureuse de faire mon entrée dans la psychanalyse grâce au cours Littérature et psychanalyse. À travers plusieurs ouvrages écrits par Freud, je me découvrais une véritable passion pour ce champ de recherche. Depuis toujours, je me questionnais sur l’inconscient de l’être humain et lorsque ce genre de questionnements était mis en parallèle avec la littérature, je ne pouvais que jubiler. Au cours de la session, nous devions analyser un roman de notre choix dans une perspective psychanalytique. Bien rapidement mon choix s’arrêta sur Hygiène de l’assassin d’Amélie Nothomb. Tous ceux qui l’ont lu comprendront l’intérêt qu’il peut y avoir à analyser cette œuvre dans une perspective psychanalytique ne serait-ce que du point de vue du narcissisme, de la mort du désir, des pulsions de vie et de mort, de la quête d’un réel impossible et de la représentation du néant. C’est alors que l’auteure belge s’est collée à ma peau.

Le matin, le soir et la nuit, elle ne pouvait quitter mon esprit. Elle était devenue une vraie obsession pour moi. J’avais besoin d’en savoir plus et comment en apprendre davantage sur un auteur qu’en en faisant son sujet de mémoire. Je me mis à penser à travailler sur la construction du sujet nothombien. Encore fallait-il que cela intéresse quelqu’un. Je pris donc mon mal en patience.

À l’hiver, je fus acceptée pour de bon ayant été en mesure de maintenir une moyenne supérieure à 3,2 durant la propédeutique. Je me suis donc inscrite au cours obligatoire de méthodologie et à un cours de mon choix. D’emblée, je n’ai pas été en mesure de m’inscrire à mon premier choix qui était un cours de psychanalyse portant sur la perversion. Or, une place s’est libérée durant la deuxième semaine de cours et mon souhait fut exaucé. Heureusement, car le professeur responsable de ce cours deviendrait bientôt mon directeur de maîtrise.

Lors du premier cours de méthodologie, je fus ravie d’entendre tous les sujets de maîtrise sur lesquels désiraient travailler mes collègues. Je fus fascinée par le pouvoir de la littérature. Bien vite, je ne me sentais plus seule au sein de cette passion du livre. Ce cours de méthodologie nous poussait à réfléchir à notre sujet et à notre problématique. Plus j’y pensais en fonction de mes intérêts et plus l’esthétique de la laideur prenait la place qui lui était dédiée dans mon esprit. Or, sans directeur de maîtrise qui s’intéresse à votre sujet, celui-ci ne peut pas vraiment prendre vie. Je pris donc mon courage à deux mains et j’envoyai un courriel à Alexis afin de lui faire part de mon désir de travailler avec lui sur l’œuvre de Nothomb dans une perspective psychanalytique. Une semaine plus tard, j’avais un rendez-vous avec Alexis pour discuter de mon projet.

Pendant notre conversation, il fut question du narcissisme, de l’hystérie et de la perversion. Dès que je me mis à parler de l’esthétique de la laideur, je vis une étincelle dans l’œil d’Alexis. Le concept du laid semblait fortement l’allumer. D’ailleurs, nul ne peut nier la présence outrageuse du laid dans l’œuvre de Nothomb. Dans ce concept, je voyais également les notions de plaisir et de déplaisir qui sont propres à la psychanalyse. Une articulation était en train de naître entre mon sujet et la théorie psychanalytique. Le professeur acceptait de me diriger. Je suis donc sortie du bureau d’Alexis la tête pleine de titres à lire et, entre autres choses, avec la bibliographie complète de Nothomb à parcourir avant la fin de l’été.

C’est donc ici que j’en suis rendue. Je suis plongée dans Fascination de la laideur de Murielle Gagnebin, et Julia Kristeva m’attend dans Le pouvoir de l’horreur. Je dévalise également l’œuvre de Nothomb. J’ai enchaîné Attentat, Le fait du prince, Les catilinaires et Ni d’Ève ni d’Adam en moins d’une semaine. Pour l’instant, mon corpus se construit de Hygiène de l’assassin, qui en est le socle, de Mercure, de Métaphysique des tubes et de Attentat. Un prochain rendez-vous est fixé avec Alexis et il semblerait qu’il ait une idée à me proposer. Je suis nerveuse et excitée d’entendre sa proposition.

Et bien que le voyage sera long et très solitaire, je vous souhaite à tous de poursuivre un rêve qui vous passionne autant que le mien le fait pour moi. Ces nuits à ne pas s’endormir et à réfléchir en valent largement la peine. Et qui sait, peut-être enseignerais-je la littérature à vos enfants dans un futur rapproché?

Crédit photo : Michaël Corbeil

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Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance?» (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris) Les vers de Baudelaire auront été la source de son épanouissement en tant que bizarroïde de ce monde. La poésie, Marika la vit au quotidien à travers tous les petits plaisirs qui s’offrent à elle. Une grimace partagée avec une fillette dans le métro, la fabrication d’un cerf-volant dans un atelier strictement réservé aux enfants, un musicien de rue interprétant une chanson qui l’avait particulièrement émue par le passé, lui suffisent pour barbouiller le papier des ses pensées les plus intimes. Chaque jour est une nouvelle épopée pour la jeune padawan qu’elle est. Entre deux lectures au parc du coin, un concert au Métropolis et une soirée au Cinéma du Parc pour voir le dernier Wes Anderson, elle est une petite chose pleines d’idées et de tatouages, qui se déplace rapidement en longboard à travers les ruelles de Montréal. Malgré ses airs de gamine, elle se passionne pour la laideur humaine. Elle est à la recherche de la beauté dans tout ce qu’il y a de plus hideux. Elle se joint au Fil Rouge afin de vous plonger dans son univers qui passe des leçons de Star Wars aux crayons de Miron en faisant un détour par la voix rauque de Tom Waits et le petit dernier des Coen. Derrière son écran, elle vous prépare son prochain jet, accompagnée de son grand félin roux, d’une dizaine de romans sur les genoux et d’un trop plein de culture à répandre

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