Littérature étrangère
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La dualité des amours passionnels

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L’amour est multiple. L’amour est contradiction. L’amour est dualité.

L’amour est passion. L’amour est haine. L’amour est vérité. L’amour est mystère. L’amour est espoir. L’amour est désespoir. L’amour est folie. L’amour est tranquillité.

Et tout ça, Ernesto Sábato l’a bien compris. Dans son ouvrage Le tunnel, l’auteur nous présente une histoire d’amour passionnel comme moteur du déclenchement de la folie chez le protagoniste. Qui n’a jamais vécu ce délire incontrôlable créé par une obsession soudaine pour l’être aimé ou admiré secrètement? La maladie d’amour est puissante, dévastatrice et bien peu souvent, mutuelle. Lorsque l’éclatement de l’âme se fait de façon solitaire, il arrive que le mal-aimé cède à son penchant impulsif.

L’artiste peintre Juan Pablo Castel est un assassin.

«Il y a eu quelqu’un qui pouvait me comprendre. Mais c’est précisément, la personne que j’ai tuée.» (p.15)

Consterné par la vie qui lui semble être vide et sans substance, Castel voit une lueur d’espoir dans cette jeune femme qui s’est arrêtée devant l’une de ses toiles lors de son exposition.

«Ce fut le jour du vernissage. Une jeune inconnue se tint longtemps devant mon tableau sans accorder beaucoup d’attention, apparemment, à la grande femme de premier plan, la femme qui regardait jouer l’enfant. En revanche, elle regarda fixement la scène de la fenêtre et pendant qu’elle le faisait, j’eus la certitude qu’elle était isolée du monde entier: elle ne voyait ni n’entendait les gens qui passaient ou s’arrêtaient devant ma toile.

Je l’observai pendant tout ce temps avec anxiété. Puis elle disparut dans la foule tandis que j’étais pris entre une peur insurmontable et un désir angoissant de lui parler.» (p.16)

Dès lors, une obsession grandissante naît chez l’homme qui ne voit à présent qu’une raison d’exister; entrer en contact avec cette mystérieuse inconnue. Castel va donc mettre en branle d’innombrables stratagèmes pour recroiser cet être duquel il est tombé fou amoureux dès le premier regard. Et il y parviendra.

S’enclenche alors les rouages d’une relation insensée construite sur les non-dits, les silences de Maria et les colères de Castel. Parce que l’homme est impulsif, obsédé et désespéré. Parce que la femme est calme, réservée et secrète. Pour que tout s’écroule, il suffira qu’un troisième cœur entre dans la valse. L’amour triangulaire ne permet pas de tourner les coins ronds.

«Qu’est-ce que cette abominable comédie?» (p.53)

Castel n’y comprend rien. Maria ne donne pas de réponse. L’obsession devient maladive.

«Ma tête était un véritable pandémonium: en foule, idées, sentiments d’amour et de haine, questions, ressentiments et souvenirs s’y bousculaient.» (p.53)

Le moindre détail occupe une importance cruciale dans l’esprit de plus en plus maniaque de l’homme. L’idée que Maria ne lui appartienne jamais hante de façon troublante Castel. Parce que l’homme est possessif et manipulateur. Parce que la femme est indépendante et simple.

«Maria. Simplement Maria. Cette simplicité me donnait une vague idée de possession, une vague idée que la jeune femme était entrée dans ma vie et que, d’une certaine façon, elle m’appartenait.» (p.55)

Pour certains, le véritable amour, c’est devenir l’objet de désir de l’heureux élu. Pour d’autres, c’est la confiance dans l’indépendance. Et cela prouve que c’est dans sa dualité que l’amour passionnel s’affirme pleinement. Castel aime autant qu’il déteste.

«Mes sentiments, pendant toute cette période, oscillèrent entre l’amour le plus pur et la haine la plus effrénée face aux contradictions et attitudes inexplicables de Maria; soudain il me venait à l’esprit que tout cela n’était peut-être que simulation.» (p.68)

En effet, parce que l’amour est aussi imaginaire et illusoire. Un amalgame du rêve et du fantasme vient se greffer à cette passion presque irréelle, puisque tellement puissante. Et bientôt, l’artiste ne sait plus faire la part des choses.

Son processus créatif est freiné. On assiste silencieusement à la déconstruction et à la destruction de son art. C’est l’isolement de l’artiste, qui pendant une fraction de seconde croyait véritablement avoir trouvé sa tendre moitié.

«Le bonheur est encerclé de douleur.» (p.103)

Il s’avère que l’artiste demeurera coincé dans ce tunnel sans issu. Il sera confiné éternellement dans cette prison où ses tableaux représentent les fenêtres projetant sa vision du monde; cruelle, mais ô combien universelle.

Le tunnel, Ernesto Sábato. Du Seuil, Mai 1995. 140 pages.

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Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance?» (Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris) Les vers de Baudelaire auront été la source de son épanouissement en tant que bizarroïde de ce monde. La poésie, Marika la vit au quotidien à travers tous les petits plaisirs qui s’offrent à elle. Une grimace partagée avec une fillette dans le métro, la fabrication d’un cerf-volant dans un atelier strictement réservé aux enfants, un musicien de rue interprétant une chanson qui l’avait particulièrement émue par le passé, lui suffisent pour barbouiller le papier des ses pensées les plus intimes. Chaque jour est une nouvelle épopée pour la jeune padawan qu’elle est. Entre deux lectures au parc du coin, un concert au Métropolis et une soirée au Cinéma du Parc pour voir le dernier Wes Anderson, elle est une petite chose pleines d’idées et de tatouages, qui se déplace rapidement en longboard à travers les ruelles de Montréal. Malgré ses airs de gamine, elle se passionne pour la laideur humaine. Elle est à la recherche de la beauté dans tout ce qu’il y a de plus hideux. Elle se joint au Fil Rouge afin de vous plonger dans son univers qui passe des leçons de Star Wars aux crayons de Miron en faisant un détour par la voix rauque de Tom Waits et le petit dernier des Coen. Derrière son écran, elle vous prépare son prochain jet, accompagnée de son grand félin roux, d’une dizaine de romans sur les genoux et d’un trop plein de culture à répandre

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