Month: avril 2016

Ce qu’on a pensé de nos lectures de mars : Roman québécois écrit par une femme

Ma lecture de mars était Le parfum de la tubéreuse d’Élise Turcotte et je dois avouer avoir été entièrement obnubilée par l’œuvre. Tout d’abord, la narratrice est enseignante en littérature au cégep, et ce, en plein printemps érable. J’ai aimé les références et je me suis revue assise dans une classe de littérature devant une prof qui tentait tellement de faire aimer les mots et la poésie à ses étudiants. Le cégep étant le moment des balbutiements de la poésie dans mon cœur, je me suis laissée entrainer dans cet hymne aux mots, à l’odeur de la tubéreuse. Elle se lie d’amitié avec une autre enseignante très malhonnête qui tient toujours à l’abaisser pour mieux se remonter. C’est fort agréable de rencontrer l’entêtement et la confiance en soi de la narratrice : cette croyance souvent oubliée que ça fait simplement du bien de s’accepter et de croire en ses convictions. J’ai aimé le discours sur la beauté des mots, des œuvres qui changent des vies, qui font du bien. Sur la nécessité de la poésie dans un quotidien, …

L’intersectionnalité, qu’est-ce que ça mange en hiver?

Un débat a récemment secoué le petit milieu féministe au Québec : le mot « féministe » est-il trop connoté? Est-il dépassé? Vaudrait-il mieux se dire « égalitaire » ou encore « humaniste »? Pourquoi ne pas aborder le féminisme selon le concept de l’intersectionnalité? Ce mot n’étant pas encore accepté dans les dictionnaires, je vous offre la définition qu’en fait Wikipédia : « L’intersectionnalité étudie les formes de domination et de discrimination non pas séparément, mais dans les liens qui se nouent entre elles, en partant du principe que le racisme, le sexisme, l’homophobie ou encore les rapports de domination entre catégories sociales ne peuvent pas être entièrement expliqués s’ils sont étudiés séparément les uns des autres. L’intersectionnalité entreprend donc d’étudier les intersections entre ces différents phénomènes. » Pourquoi séparer le féminisme du racisme, de l’homophobie, de la xénophobie, des luttes de classe? Pourquoi ne pas voir dans le féminisme un outil au changement social global? Heureusement, la littérature a encore la bonne réponse. Les auteures canado-asiatiques Kim Thúy et Ying Chen mélangent savamment, subtilement, intelligemment, les thèmes de la condition des femmes, de l’immigration, de la …

« Histoire de la violence », le dernier roman d’Édouard Louis

Lors de la parution de son premier roman en 2014, Pour en finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis a créé tout un émoi dans le monde littéraire. Devenu rapidement un bestseller, le roman a été acclamé par la critique tout en dénonçant une réalité française méconnue et rarement démontrée, celle de la violence, du rejet, de l’homophobie. Il racontait son enfance à Hallencourt où il subissait de la violence à l’école comme dans sa famille due au fait d’être différent. Il s’agissait d’une œuvre-choc, sans tabou, ultra intimiste où Eddy Bellegueule dénonçait des situations d’une extrême violence. Par la suite, il a légalement changé de nom pour Édouard Louis, on réalise donc l’ampleur de la parution de ce premier roman pour l’auteur, il tenait vraiment à en finir avec Eddy Bellegueule. J’avais lu ce premier roman, comme des milliers de lecteurs (il a été traduit dans plus de 20 pays) et j’avais été atterrée par la détresse qui ressortait du roman tout en renvoyant une compréhension des plus matures. Né en 1992, Édouard Louis est vite devenu …

Suite française : dans l’intime de la Deuxième Guerre

Cela faisait un petit bout de temps que je voulais lire le roman Suite française. Et sa lecture ne m’a pas déçue. Ce roman, fort, passionnant et porteur d’une vérité historique, m’a énormément plu, mais c’est surtout en apprenant le contexte d’écriture de ce livre, puis en regardant l’adaptation qui en a été tirée en 2015 que j’ai réalisé l’ampleur de son importance. Avant que le drame n’arrive, Irène Némirovsky était une auteure qui avait fait son nom en publiant plusieurs oeuvres déjà. D’origine juive, elle écrit Suite française alors qu’elle est à Issy-L’évêque, en France en 1941 et 1942, les dernières lois sur les ressortissants étrangers de race juive l’obligeant à quitter Paris où elle habitait et travaillait avec son mari. Là-bas, elle porte l’étoile jaune et tente de se faire discrète, tout en écrivant. Elle aura eu le temps de terminer son manuscrit avant de se faire arrêter le 13 juillet 1942 et de se faire déporter vers Auschwitz, où elle est assassinée un mois plus tard. Son mari est arrêté peu de temps après, et …