Month: avril 2016

Chroniques d’une anxieuse : t’es capable

Elle m’a tout raconté dans tous les plus beaux détails. Moi, j’men souviens pas. J’étais pas très vieille, 5 ans à peine, assise sur mon p’tit lit qui craquait tout le temps avec mes toutous pis mes murs jaunes, je regardais le sol, les yeux pleins d’eau, pleins du feeling incompréhensible du j’veux avancer, mais j’pas capable, j’suis figée dans ma chair avec une brique dans l’estomac qui m’fait sentir toute croche. Elle arrivait dans ma chambre, avec sa joie de vivre, les bras grands ouverts, du soleil dans le regard. J’aurais voulu être comme elle. À la place j’avais la mélancolie facile. À la place j’avais le cœur en miettes. Elle me demandait ce que je faisais là, à pleurer doucement, pourquoi j’avais autant mal et comment autant de peine pouvait se ramasser dans un aussi p’tit corps. Elle s’assoyait à côté de moi avec son plus magnifique sourire de t’inquiète pas j’suis avec toi, ça va ben aller. Et tout d’un coup j’me sentais un peu mieux. Un tantinet mieux. Un peu. Elle récidivait …

Ma vie est tout à fait intéressante, ses BDs aussi

Connaissez-vous Pénélope Bagieu? Si oui, vous comprenez mon amour pour cette artiste. Si non, laissez-moi le plaisir de vous la présenter. Pénélope Bagieu est une bédéiste française habitant New York depuis peu, aimant la course et fan de pizza (comme tout le monde, on va se le dire). Elle est chroniqueuse pour la chaîne MadmoiZelle sur Youtube où chaque chronique porte sur la lecture d’une bande dessinée particulière et où Pénélope partage ses coups de cœurs littéraires en termes de b.d. Les capsules sont captivantes par l’attachante personnalité de Pénélope Bagieu. J’ai découvert cette auteure par un heureux hasard. Je cherchais une b.d. à lire pour le temps des fêtes et la couverture de La page blanche m’a tout de suite charmée, de son vivifiant rose flash. Ce fut le coup de foudre automatique pour cette bédéiste, j’ai donc décidé de découvrir davantage son œuvre graphique. Je vous présente deux de mes coups de cœur, soient La page blanche et Ma vie est tout à fait fascinante. La page blanche C’est l’histoire d’Éloïse, assise sur …

Briser le quatrième mur, un texte à la fois

Aller au théâtre… Il n’y a rien de plus excitant et de moins sûr. L’effet est instantané : on aime ou on n’aime pas. Pourtant, on y repense encore pendant le trajet de 36 minutes nous séparant de la maison. On se remet en question, on propage la nouvelle et on évalue tous les facteurs qui ont forgé notre opinion. Il y a aussi l’urgence de s’y rendre, d’être séduit par une pièce. Si tu as de la chance, tu as un mois. Souvent, ce n’est qu’une question de jours. Ou parfois, d’années (si tu n’as pas encore vu Les Belles-sœurs, ne t’inquiète pas, ça devrait repasser près de chez toi). Pour moi, le théâtre c’est un build up de plusieurs choses. C’est un lieu, une atmosphère créée par des acteurs, des techniciens et des créateurs prêts à défendre leur propos. Mais la base même, la colonne d’un succès, c’est le texte. On est pas mal chanceux ici. Non seulement nos auteurs sont talentueux, mais ils sont aussi des gymnastes de mots qui savent s’adapter aux exigences …

Pour mes horcruxes vivants

Mon patronus, c’est les livres de J. K. Rowling. Dans mon enfance, ils me permettaient de m’évader d’un monde qui se voulait souvent bien triste. J’en ai parlé ici. À l’âge adulte, ils continuent toujours de remplir leur devoir en me protégeant de la banalité du quotidien. Je ne dirai jamais assez à quel point la série Harry Potter a sauvé ma vie. C’est que le pouvoir des mots est tellement puissant qu’il devient contagieux et se répand parmi les âmes prêtes à l’absorber. Il suffit d’avoir un peu d’imagination, une bande d’amis incroyable et un jeu de rôle pour devenir un sorcier à temps plein. C’est de cette façon qu’est né mon avatar, Fabiola Grindelwald, fille de dresseur de dragon et fière Serpentard. Pour les lecteurs qui seraient peu familiers avec le jeu de rôle, je tenterai d’expliquer brièvement ce qu’il en est. Il est important de spécifier qu’il existe une panoplie de jeux de rôles. Le nôtre propose une suite logique à la série Harry Potter et se déroule dans l’univers des sorciers …

Se laisser raconter par l’art contemporain

Il n’y a pas si longtemps, je suis passée à travers « l’incontournable » essai L’espèce fabulatrice, écrit par Nancy Houston, paru aux éditions Actes Sud en 2008. Depuis, j’ai l’impression de réfléchir ma vie entière à partir de ce texte. Pour résumer, Nancy Houston interroge ce besoin qu’ont les humains d’inventer des histoires et selon l’auteure, cette capacité humaine à communiquer, à créer des liens entre les choses et les gens et à construire des histoires est à la base de notre existence. Nos vies sont en quelque sorte des fictions, des trames narratives, en lesquelles nous finissons par croire. Lors de mon dernier passage dans la métropole, j’ai eu la chance de découvrir deux fabuleuses expositions d’art contemporain, soit celle de Ragnar Kjartansson présentée au Musée d’art contemporain et y2o_dualités de l’artiste Dominique Skoltz à l’Arsenal art contemporain. À travers les émotions ressenties devant les œuvres des deux artistes, les premières réflexions qui me sont venues étaient sur les thèmes qui me semblaient être abordés. Outre les démarches artistiques des artistes, ce que je voyais, …

« Subway book review » : voir les lecteurs un métro à la fois

Il y a quelque temps, une bonne amie à moi du cégep, Charlotte, a partagé sur la page Facebook du Fil rouge un lien, Subway book review et je pense que ça vaut la peine que je le partage avec vous aussi. Généreuse de même! Les phénomènes tels que Humans of New York, ou plus près de nous Portraits de Montréal, parcourent les grandes villes du monde pour permettre aux gens de découvrir des facettes rarement démontrées dans les médias. Avec ces projets, plusieurs préjugés sont anéantis, les marginaux ont enfin une voix, mais surtout, ce sont des plateformes profondément et merveilleusement humaines. Ça fait plaisir de scroller Facebook et de lire un petit témoignage souvent tragique, d’autres fois touchant ou bien drôle et de se souvenir que l’être humain est beau, fort et si émouvant. Les grandes villes surpeuplées apportent un individualisme criant. On marche les uns aux cotés des autres sans jamais se soucier des émotions, du passé, voire même des besoins des autres et je trouve que cette façon d’aborder un étranger …

Poutine pour emporter : Un premier roman hautement réussi

Tout m’attirait de ce roman aperçu en librairie, mis à part son emplacement sur la dernière étagère à la hauteur de mes pieds, à peine visible, mais personnellement j’aime bien feuilleter un livre assise sur le plancher. Alors je m’installe et prends ce livre d’un vert fluo de Marie Eve Gosemick, avec une première de couverture invitante par son originalité. La quatrième l’est tout autant : «J’ai servi des poutines pendant quatre ans de ma vie, quatre années à sentir la cantine.», avec un résumé qui éveille les intérêts et sème la curiosité. Direction la caisse. On plonge donc dans l’histoire de Fred Proulx, Rimouskois habitant Montréal, né un 1er novembre, qui trouve sa vie monotone, où tout ce qui l’ambitionnait semble s’évanouir devant lui et qui vit le quaterlife crisis. Après un échec en amour, un échec au travail, un échec aux études, Fred a un goût de renouveau. Ses amis, qui peinent à l’aider, lui  proposent donc de partir pour un temps fixé d’une année en Colombie pour aller vivre, se découvrir. Ce roman …

Une ville en feu

« Dans une maison aux vitres condamnées, dépouillée de tout espèce de confort, il est facile de retourner sa colère contre l’extérieur, d’attaquer cette ville au cœur de laquelle il se trouve, avec sa saleté, sa pollution, son oppression, seulement New York est bien la seule chose qui ne l’a jamais laissé tomber. » New York. La métropole qui fait rêver le monde entier. Le multiculturalisme. La créativité. L’effervescence. L’urbanité à son excellence. J’ai une fascination pour la vie urbaine et l’histoire des grandes villes. Pour moi, une métropole reste un être en soi et un personnage clef des romans. Alors, quand j’ai vu dans la librairie un tout nouveau livre appelé City on Fire, New York 1977 : le roman d’une ville en feu, je n’ai pas hésité à l’acheter, malgré le prix, malgré la taille du roman qui rendrait complexe les déplacements en métro (965 pages!) et malgré le peu que je connaissais de l’histoire. Un livre mettant ma thématique chérie en avant devait forcément être bon. Et puis, lire un bouquin aussi gros m’enthousiasmait …

Nos suggestions de lecture « première parution »

En ce mois d’avril du défi, on vous propose de découvrir une nouvelle parution. Voici les suggestions de l’équipe. Pour ma part, je conseille Les Anecdotiers de Carl Bessette.  Ça fait plusieurs mois qu’il m’intrigue avec sa quatrième de couverture qui dit : « Pour le style, Fight Club rencontre Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain, L’Homme sans qualité rencontre Ensemble, c’est tout; c’est-à-dire qu’on a ici affaire à une écriture où la pensée philosophique fait une trempette dans le bonheur et s’offre un soupçon de remontant. Dans une actualité morose que beaucoup qualifient de cynique, Les Anecdotiers se veut un feel good book qui dépiste les petits plaisirs de la vie, avec le souhait d’exposer le lecteur au bonheur et de répandre la joie. » C’est le printemps, j’ai envie de joie, de bonheur et de petits plaisirs de la vie et j’avoue que c’est relativement rare que je lise un feel good book, donc je suis curieuse. Carl Besette étant le cofondateur des Éditions de l’écrou, je suis persuadée de trouver dans ce roman une grande …

Les murailles; chemin de croix en cap d’acier

Les murailles, premier roman de la poète Erika Soucy, est le résultat d’un voyage à la romaine, en 2011, dont le but était de comprendre les motifs qui ont poussé les hommes de sa famille, principalement son père, à s’éclipser pour le bois, pour le chantier, pour la vie dans le nord. Le résultat de ses écrits se retrouve dans ce roman aux cours chapitres où cohabitent tournures de phrases poétiques et langage de bois. Son oeuvre est à la fois d’une simplicité désarmante et d’une force tranquille qui s’impose, petit à petit, au fil des pages. Le sens de la famille, l’amour du père, le sentiment d’abandon s’entremêlent dans cette immersion dans un milieu d’hommes plutôt incompris et souvent caricaturé. Dans Les murailles, Érika Soucy ne se joue pas du milieu, elle reporte les faits, les dialogues parlent, les images expliquent et toutes les émotions nous atteignent. Je ne pensais pas être aussi touchée par ce roman, plus j’y repense, plus je le trouve beau. Plus j’y repense, plus je comprends sa nécessité. C’est aussi le roman …