Dans ce premier roman de l’auteure et mannequin française Loulou Robert, on y découvre de la pure et vraie tristesse. La jeune Bianca a été retrouvée les poignets ouverts dans la salle de bain de ses parents, et depuis se trouve à Primivères, un hôpital psychiatrique pour enfants. Elle y croise des cas d’inceste, de dépression ou comme le sien, d’anorexie mentale.
Bianca pourrait facilement tomber dans les clichés noirs de l’adolescence, mais c’est vraiment plus que ça. La construction du personnage est profonde et nous entraîne dans des sentiers noirs, quoique maintes fois écrits et lus, d’une façon juste et incroyablement sensible. Le personnage de Bianca, la jeune adolescente mal dans sa tête et dans sa peau, qui voit tout en noir trouvera tout de même un certain réconfort dans cet hôpital qui deviendra tout doucement sa deuxième maison. Avec un père distant et une mère alcoolique, elle souffre d’anorexie mentale depuis assez longtemps. Elle est entraînée dans un cercle vicieux où la mort n’est plus si inaccessible que cela. Il y aura aussi l’amour qui traversera ce roman. La magie des premières fois, des premiers élans amoureux, des regards qui changent tout. L’histoire met bien en scène toute la fragilité des premiers amours et des premiers désirs. J’avoue avoir moins aimé ces passages amoureux, mais ils font partie de l’intensité de l’adolescence, ces passions ardentes qui révolutionnent tout.
J’ai bien aimé le fait que même s’il s’agit d’un roman qui parle de maux d’adolescents, on ne dévalorise pas cette douleur, qu’on ne la confine pas à « ces tourments adolescents ». Ces derniers sont réels et surviennent à des moments charnières de nos existences. Bianca, c’est tant de jeunes filles qui ne savent tout simplement pas comment faire autrement pour rester en vie. C’est noir, c’est lourd, mais ça mérite d’être entendu et nommé. Je suis persuadée que cette lecture saura mettre des mots sur des émotions très souvent difficilement nommées.
De plus, Bianca se liera d’amitié avec Jeff, un homme âgé qui pourrait très bien être son grand-père. Ce dernier est mourant et ainsi, il lui donne par sa sagesse et son humour, une raison de regarder l’avenir et de ne pas le craindre. Bianca, cette jeune fille fondamentalement triste en vient à évoluer durant son séjour à Primivères et c’est, je le pense, grandement grâce à cette relation amicale. J’ai été touchée par les quelques pages où par ces deux personnages, la jeunesse et la sagesse se croisaient. Tout en non-dits, en retenue et en humour, ils s’échangeaient mutuellement du courage. Une pour vivre et l’autre pour partir.
Finalement, Bianca est une fervente lectrice et même si cela lui est parfois reproché par le personnel médical, il n’en reste pas moins que les mots l’aident véritablement à aller mieux, à guérir, à trouver un sens à son mal. Ça m’a bien plu que l’auteure démontre sans trop de pression l’effet de la lecture.
Un très beau premier roman.
— Oui, j’aime les livres. Il n’y a pas de mal à ça, pas vrai?
— Non, il n’y a aucun mal à aimer quelque chose. Et je pense qu’aimer lire en est une bonne mais un livre par jour, c’est trop Bianca.
— Il n’y a rien à faire ici. En général, on reproche aux gens de ne pas assez lire, pas l’inverse. Avec vous, quoiqu’on fasse, c’est toujours mal.
— Ton cas relève de l’obsession. Tu lis pour ne pas penser. Tu te réfugies dans les livres, ce qui t’empêche d’avancer et de te concentrer sur toi.

