Littérature québécoise
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Les murailles : un roman qui chauffe le cœur

En avril dernier. Marjorie a lu Les murailles d’Érika Soucy. Aujourd’hui, j’ai décidé de vous en reparler, parce que vraiment, c’est un des incontournables de 2016.

Paru chez VLB éditeur (2016), le roman continue de creuser des thèmes déjà abordés par l’auteure dans ses deux recueils de poésie précédents, publiés chez Trois-Pistoles : Cochonner le plancher quand la terre est rouge (2010) et L’épiphanie dans le front (2012). On y retrouve le paysage de sa Côte-Nord natale où sont dépeints des gens ordinaires. Toujours dans la même veine que ses recueils de poésie, dans son premier roman, Soucy emploie une langue crue, voire « une oralité très brute ».

Les murailles raconte le court voyage d’une jeune écrivaine (difficile de ne pas superposer Soucy elle-même à la narratrice du roman) au chantier de la Romaine. Ayant grandi avec un père absent, toujours parti travailler sur les grands chantiers du Nord, la narratrice part à la rencontre de ce monde qui lui a enlevé son père pendant tellement d’années. La fille à Mario prend donc l’avion sous un faux prétexte (elle passe pour une secrétaire sur le chantier) et va voir par elle-même l’autre vie de son père. Autre but du voyage : écrire des poèmes sur l’expérience, faire de la poésie pour chauffer les cœurs.

« Je fais de la poésie qui chauffe le cœur un peu, parce que ça fait vingt ans au-dessus qu’à chaque fois que mon père revient du Nord, il traîne un grand vent avec lui, un grand vent frette de février qui t’engourdit la gueule pis t’empêche d’ouvrir les yeux » p. 32.

Ainsi, avec une voix forte, Soucy raconte cette semaine où elle côtoie tant d’hommes (son père, son oncle, son cousin et son frère, parmi d’autres), et quelques femmes, qui font le sacrifice de leur vie familiale en allant gagner leur vie sur les grands chantiers, dehors, au froid intense en hiver, à couper des montagnes en deux. Bien que plusieurs personnages soient présentés, Les murailles, c’est avant tout sur la relation difficile que la narratrice entretient avec son père. Une relation qui est très bien rendue à travers leurs échanges maladroits qui témoignent de leur amour malgré leur incompréhension réciproque. Une écriture crue ne veut pas pour autant dire une écriture complètement dénuée de tendresse. Par exemple, un après-midi, assis dans son baco, le père de la narratrice est tellement fier de finalement lui montrer ce qu’il fait. Il y a dans ces moments une grande sensibilité dans l’écriture.

Voici un bel extrait qui décrit le vol de la narratrice au tout début du roman :

« Au sol, c’est pas encore la toundra, mais c’est l’idée que je m’en serais faite. Les mêmes petites épinettes que par chez nous dans une terre plus vaseuse. C’est correct. Je veux dire, c’est ben correct; c’est pas laid ni déprimant ni majestueux tant que ça. C’est pas ordinaire non plus, ça me fait pas rien de voir ça » p. 12.

Sauf que, même si ça ne lui fait «pas rien» de voir la toundra, le territoire n’est jamais idéalisé chez Soucy. Plutôt, elle participe à ce que Mathieu Arsenault a appelé une «ruralité trash» dans un article qui a fait grand bruit dans Liberté en 2012. Elle décrit un territoire beau, certes, mais avant tout un territoire d’une région en déclin, pas le grandiose terroir des auteurs régionaux du début du siècle dernier. D’ailleurs, Soucy participe à cette vision poétique un peu marginale en dehors de sa propre pratique; elle est aussi la fondatrice de l’Off-Festival de poésie de Trois-Rivières.

Bref, je vais continuer de suivre cette Érika Soucy qui fesse dans l’dash pour nous émouvoir et nous dire le monde.


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