Littérature étrangère
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La femme rompue de Turin

Elena Ferrante, cette auteure italienne a été une véritable découverte pour moi en 2016. L’amie prodigieuse est une lecture marquante à laquelle je repense souvent et je ne suis pas la seule. Elle est devenue une célébrité en littérature internationale. Et ce, même si ce n’était pas toujours pour les bonnes raisons… 

L’été dernier, j’ai passé quelques heures à Naples et je n’ai pu faire autrement que d’imaginer Lila et Elena dans les rues, à courir et à rigoler. Leurs personnages, leurs personnalités sont vraiment venues se forger dans ma tête et dans mon coeur… j’attend patiemment la sortie en format poche du deuxième tome de la série.

D’ici là, j’ai décidé de me plonger dans un autre de ses romans traduit en français, Les jours de mon abandon. Ce roman raconte l’histoire d’Olga, une femme de trente-huit ans, mère de deux enfants, qui a consacré sa vie à sa famille et qui s’est ainsi mise de côté. Un beau midi, son mari lui annonce qu’il la quitte. Rien de plus classique, voire banal et, disons-le, même cliché, car naturellement il part avec une jeune fille. Scénario vu maintes et maintes fois. Je pense d’ailleurs à Un été sans les hommes de Siri Hustvedt.

Néanmoins, il n’y a absolument rien de banal dans l’écriture d’Elena Ferrante. Cette séparation très douloureuse lui fait perdre ses moyens, la fera même chavirer vers la folie et l’incompréhension totale. Le désarroi dont est atteinte Olga est senti, on arrive rapidement à comprendre sa détresse, son besoin de garder la tête froide et de ne pas y croire, parce que vraiment, on abandonne quinze ans de mariage comme ça, en vidant la table? Mais oui, et c’est ce qu’Olga comprendra tranquillement au fil du récit.

Les scènes sont parfois difficiles à lire, Olga rentre parfois en genre de transe physique où elle frôle l’hystérie. Une scène en particulier, avec son fils malade et son chien, est très difficile à lire, car on passe notre temps à s’inquiéter pour le petit garçon (et le chien) qui est souffrant de fièvre. Dans un genre de huit clos, presque aussi à l’image des thrillers, Olga et ses enfants sont pris et coincés dans leur appartement. Il y a une sorte d’emprisonnement qui atteint Olga, elle se sent coincée et doucement, elle trouvera son air, sa liberté et comprendra doucement que la liberté est là, celle de se retrouver et d’être elle-même. Son envie d’écrire la guidera doucement à reprendre le contrôle sur sa vie, sur son destin et sur ses désirs.


« Quelle erreur avais-je surtout faite, de croire que je ne pourrais pas vivre sans lui, alors que depuis bien longtemps je n’étais pas le moins du monde certaine qu’en sa compagnie j’étais vivante. »

 

Au final, j’ai beaucoup aimé ma lecture, surtout pour le talent d’écriture de l’auteure et moins pour l’histoire très simple et commune. Citant souvent Simone de Beauvoir dans La femme rompue, Les jours de mon abandon se lit bien et rapidement. On a envie de connaitre le déroulement de l’histoire, de savoir comment Olga s’en sortira. On s’inquiète aussi pour ses enfants qui sont victimes de la détresse de leur mère. (Et de l’égoïsme de leur père, mais ça, c’est une autre histoire…)

Ce n’est pas une lecture aussi touchante et poignante que L’amie prodigieuse, par contre, encore une fois, Elena Ferrante nous offre des personnages féminins complexes, multidimensionnels, imparfaits et surtout, réalistes. Je me suis prise d’affection pour cette femme, pour ses enfants et j’ai compris entièrement cette folie de voir sa vie se défaire en quelques mots, de perdre ses repères, de se perdre dans le regard d’un autre totalement et de devoir se sauver…
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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

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