Réflexions littéraires
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En lisant, en vivant, en écrivant

Je ne lis pas depuis plusieurs jours, j’écris, ou je fais autre chose, je peins, je dors, je marche, je ris, je pleure, mais je ne lis pas depuis plusieurs jours. Puis j’ouvre un livre, il m’accroche ou nous nous donnons rendez-vous un peu plus tard dans la vie. J’ouvre un autre livre et tout un monde fleurit dans ma tête, je me laisse submerger, je ne touche plus terre, le voyage débute et je suis déjà loin. Un nouveau cycle de lecture est lancé. Je n’ai pas encore déposé un livre, que déjà un autre s’installe au creux de mes mains.

Je suis enfoncée dans mon lit, je suis une malade sans maladie. Une prisonnière dans la tempête. Je remets ma vie entière en question. Je suis dans un état constant près de l’inconscience, le sommeil n’est jamais loin. Cette douce lourdeur qui prend racine sur mes paupières et qui descend doucement sur mes épaules et dans mon ventre.

Le syndrome de Berlin

Je lis les mots de Mylène Bouchard au sujet d’une étrange maladie, le syndrome de Berlin, je prends vertige. Dans L’imparfaite amitié, Milan, le mari d’Amanda (la narratrice de l’histoire) voit ses yeux se dégrader jusqu’à devenir aveugle complètement. Le syndrome de Berlin s’invite par des taches sur ses yeux. Mes yeux m’inquiètent. Je ne prends pas soin de mes yeux. Vais-je devenir aveugle un jour? Et aveugle, qu’est-ce que je vais devenir? Comment faire pour continuer de voir le monde sans mes yeux? Et la création, la peinture, l’écriture?

Ce n’est bien sûr pas tout ce que j’ai retenu de ma lecture, mais tout de même, on ne sait jamais comment un livre viendra nous bousculer!

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Retrouver Annie Dillard, croiser Helen Keller

Puis aussitôt fermé, je me jette sur un autre livre tombé par un superbe hasard dans ma main, En vivant, en écrivant, un essai de l’auteure Annie Dillard. C’est ma seconde lecture de l’ouvrage et même si je relis les mots comme si je les avais moi-même inscrits sur le papier, je déguste ma lecture. C’est un peu comme retourner en voyage dans un souvenir ou revoir son film préféré pour en déceler ce qui nous avait échappé la première fois.

Une fois, en plein jour, je regardai un livre rangé à l’angle d’une étagère, un livre que ma main touchait sans doute chaque soir. Ce livre s’intitulait The World I Live In (Le monde où je vis), par Helen Keller. Je le lus aussitôt : sa prose forte et originale me surprit. Portée par ma curiosité nocturne, je m’élance dans le vide et ouvre Wikipédia pour savoir qui est cette femme, cette Helen Keller (mais je ne suis jamais allée voir qui était Annie Dillard, puisqu’elle, je la découvre par son écriture et sa pensée).

Helen Adams Keller est une conférencière et militante politique américaine. Bien qu’aveugle et sourde, elle parvint à devenir la première personne handicapée à obtenir un diplôme universitaire. […] Elle a écrit 12 livres et de nombreux articles au cours de sa vie. Son autobiographie Sourde, muette, aveugle : histoire de ma vie a inspiré le film Miracle en Alabama.

Chialer, me lancer

Alors, je me dis : mais qu’est-ce que j’ai à chialer dans mon lit parce que je ne sais plus vers quel projet de création me tourner, parce que le temps passe, parce que la solitude, parfois, est violente? Mes yeux fonctionnent bien et ma tête tout autant. J’ai des milliers de choses à dire, à partager, une poésie à faire éclater sur toile ou sur papier. Je n’ai qu’à me lancer.

utjttrttttutuIl est vrai que nous avons certaines fois besoin de poser nos bagages et de nous demander comment ça va. Il suffit après cela de se relever et de remettre en marche la roue. Les livres, comme des amis, arrivent quelques fois au bon moment et ils nous font réagir, positivement, négativement, mais ils nous font réagir et nous aident à devenir encore plus authentiques.

Écriture-vie. Vie-écriture.

Annie Dillard est née en 1945 à Pittsburgh. Après des études de littérature, elle épouse son professeur, le poète R.H. Dillard. Elle consacre ensuite une thèse au Walden de Thoreau, puis peint et publie des poèmes et des nouvelles.

image4ruuttuDans ce sublime petit ouvrage, l’auteure à la prose délicate et imagée (se rapproche beaucoup de Christiane Singer https://chezlefilrouge.co/2015/09/26/eloge-du-mariage-de-lengagement-et-autres-folies-par-christiane-singer/), nous ouvre les portes de tous ses petits cabinets d’écriture et nous confie des passages de ces batailles incessantes menées au cours de sa vie d’écrivaine avec ce lion, cette grande bête obstinée, son roman, son écriture.

image3Tu gravis une longue échelle jusqu’à ce que tu puisses voir au-dessus du toit, ou au-dessus des nuages. Tu écris un livre. Tu regardes tes pieds chaussés escalader, l’un après l’autre, les barreaux bien ronds; tu ne te hâtes ni ne traînes. Tes pieds sentent l’équilibre de l’échelle inclinée; les longs muscles de tes cuisses discernent ses oscillations. Tu montes régulièrement, tu travailles dans l’obscurité. Quand tu arrives tout en haut, il n’y a plus rien à gravir. Le soleil frappe ton visage. L’espace lumineux te surprend; tu avais oublié qu’il y avait une fin. Tu te retournes vers les deux pieds de l’échelle dans l’herbe lointaine, stupéfait.

image5jjjgJe le conseille fortement à toutes les écrivaines, à tous les écrivains et à tous les autres aussi. Il est assez rare d’avoir accès à l’antre de la création. Il faut en profiter.

Sources : DILLARD, Annie, En vivant, en écrivant (The Writing life), Christian Bourgeois éditeur, 1989. Mon exemplaire date de 2008 & Wikipédia.

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