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Entrevue avec une grande aventurière : Catherine Poulain, auteure du roman Le grand marin

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Mon premier texte publié sur le blogue Le Fil rouge portait sur le livre Le grand marin de l’auteure française Catherine Poulain. À la fin de mon article, je concluais en souhaitant d’autres romans de la part de cette écrivaine dont c’était la première parution, car il s’agit d’une aventurière dont la vie est remplie d’expériences inusitées.

Je me sens très choyée d’avoir eu la chance d’interviewer Catherine Poulain alors qu’elle était de passage au Québec et d’avoir pu la questionner sur sa vie hors du commun. Celle qui a passé plusieurs années de sa vie à pêcher en Alaska est désormais bergère dans les Alpes-de-Haute-Provence. Voici donc les échanges que j’ai eus avec l’écrivaine.

Votre roman traite d’une femme qui abandonne tout pour aller pêcher en Alaska, une expérience que vous avez vous-même vécue. Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire sur ce sujet assez singulier?

J’ai eu de la chance quand même. J’écrivais depuis très longtemps et j’avais plein d’idées d’histoires et voilà j’ai eu la chance de pouvoir proposer un contrat pour faire un livre. L’éditeur m’a donné trois mois pour lui présenter un projet et je me suis dit si j’ai cette chance je vais commencer par le plus fort et le plus beau, c’est-à-dire l’Alaska et ses personnages.

Comment s’est présentée à vous l’opportunité de publier cette histoire?

J’étais à la montagne en train de garder mes brebis et, tout d’un coup, une femme qui est une écrivaine et qui préparait un livre sur la prédation est venue me voir. Elle est restée quelques jours avec moi pour bien connaître la vie des bergers et elle m’a dit tu devrais écrire toutes tes histoires, car je l’amusais beaucoup avec mes histoires d’Alaska. Je lui ai dit que j’avais plein de choses sous la main, car j’écrivais depuis longtemps. Elle m’a dit envoie donc quelques feuilles, des choses que tu trouves intéressantes. C’est ce que j’ai fait et Olivier Cohen des Éditions de l’Olivier a donc reçu quelques-unes de mes feuilles et a voulu me rencontrer tout de suite et m’a fait un contrat. Donc c’était le plus grand des hasards et la plus grande des chances, dirons-nous.

Vous dites que vous écriviez depuis longtemps, était-ce dès le départ dans le but d’écrire un roman ou seulement pour le plaisir d’écrire?

J’aimais beaucoup, beaucoup écrire depuis toujours. Déjà pour moi c’était un grand plaisir. C’était comme un espace personnel, un moment de liberté. Puis, ça permet aussi de redonner de l’ordre un peu aux choses et à la vie. Puis, en même temps, j’aimais l’écriture et jouer avec les mots. Par contre, faire un livre qui soit publié, je n’y pensais pas trop. Je me disais, de toute façon, je n’ai pas le temps. Je faisais des travaux physiques qui étaient quand même bien fatigants et je me disais que c’était difficile d’avoir un contrat. Donc, ce n’était pas une priorité de publier un livre. L’important c’était de le faire parce que ça fait du bien, parce que j’aimais ça.

Est-ce que vous aviez suffisamment de matériel pour aboutir à un roman en seulement trois mois?

Après trois mois, j’avais donné quelque chose qui se tenait. Toute la trame était là. Il y avait déjà toutes les scènes de pêche. Mais il faut dire que je n’ai pas fait le livre en trois mois, j’ai pris des choses, des scènes de pêche par exemple, que j’avais écrites autrefois parce que je m’étais dit, ça il ne faut pas que tu oublies, il ne faut surtout pas que tu oublies et, en même temps, travailler l’écriture me plaisait. Mais je ne pensais pas que ça donnerait quelque chose un jour. Je n’osais pas imaginer. Au début je me questionnais, on me demandait de faire un livre avec des choses que j’avais écrites depuis longtemps. Je me demandais s’il n’y avait pas de décalage. Mais ça a marché.

Votre roman est intitulé Le grand marin en référence au personnage de Jude. Pourquoi avoir choisi ce titre? 

À la base, je ne voulais pas raconter mon histoire à moi. Ce n’est pas ça que je trouvais intéressant. Je voulais parler de Jude. Je voulais parler de ces hommes qui vont au bout de tout et qui après vont au bout de l’alcool et ne peuvent plus s’arrêter et qui ont besoin d’être exténués pour pourvoir se reposer. Que ce soit l’alcool ou le sexe ou le travail. Et c’était une grosse question. Et je ne savais pas quoi faire de mon personnage tout seul comme ça. Je me suis dit, je pourrais me mettre dans l’histoire et je servirais de fils conducteurs. Je servirais à faire les contrastes et à donner le mouvement dans tout ça. Mais en fait, à la base, ce qui était important pour moi, c’était de parler de ce grand marin et à travers lui de parler de tous ces hommes, de tous ces gens, car il y a des femmes aussi, qui ne peuvent plus s’arrêter.

Aviez-vous l’impression que les personnes rencontrées en Alaska avaient pour la plupart les mêmes motivations que vous?

Souvent, elles n’étaient pas très différentes. Beaucoup de gens que j’ai rencontrés partaient pour trouver autre chose et essayer. Parfois, il y avait des choses difficiles qu’ils avaient vécues, si ce n’est pas des tragédies. Et donc, ce n’était plus vivable. Il fallait donc qu’ils arrivent à se confronter à eux-mêmes pour pouvoir s’en sortir. En fait, moi j’en étais là.

Où avez-vous trouvé le courage de tout abandonner pour partir en Alaska?

Je ne sais pas si c’est du courage. Il y a des moments où l’on sent qu’il faut partir. Ce n’est pas du courage, c’est juste de dire, est-ce que je veux rester dans une vie qui n’en est pas une ou trouver autre chose? C’est juste un instinct de survie.

C’est vrai, mais tout de même vous auriez pu choisir quelque chose de moins dangereux. Vous avez tout de même mis votre vie en danger à quelques reprises. 

C’était important justement. On n’a qu’une vie. Quelqu’un m’a dit une fois, un pêcheur de crabe, il y a des gens qui ne supportent pas l’ennui. Pour eux, c’est aussi pire que la mort. Ils préfèrent tout braver. Ils préfèrent risquer leur vie plutôt qu’une mort quotidienne. C’est un peu ça.

Ça vous rejoint?

Oui, autrement on a une impression de s’étioler et puis on s’éteint. Le feu s’éteint.

Votre séjour en Alaska s’est terminé abruptement, car vous étiez sans-papiers et on l’a découvert. Est-ce que cette vie vous manque?

Oui, ça me manque. Je me dis pourvu que la lumière ne s’éteigne pas. J’arrive à continuer, à trouver du feu toujours dans les choses, autrement ce n’est pas la peine. Avec les brebis c’est assez intense. Être bergère de brebis, et tout ça, quand on est seul avec les bêtes pendant plusieurs mois et qu’on n’a pas de réseau et qu’on a peur du loup, c’est intense.

Avez-vous l’intention d’écrire d’autres romans?

J’ai toujours eu le goût, mais justement maintenant je me méfie un peu plus. Je me dis qu’il faut faire attention, car après le succès rencontré par ce livre, je ne me sens plus libre comme avant. C’est la rançon du succès. Il y a une attente. On est libre quand personne ne nous connaît alors que là les gens parlent de vous. Je me dis pourvu que j’arrive à me sortir de tout ça. J’espère que j’y arriverai et que la magie va marcher.

Voulez-vous conter un autre pan de votre vie?

J’ai envie de sortir de l’autobiographie, car à la base ce n’est pas ce que je voulais faire. Donc la prochaine fois, je me dis, même si je me sers de choses que j’ai déjà vécues, car ce qu’on vit, c’est notre matériau, cette fois je veux déguiser les choses et créer des personnages. J’essaie vraiment de faire autre chose et ça aussi c’est un enjeu.

Merci à Catherine Poulain de m’avoir accordé de son temps et à Dimédia d’avoir organisé ce rendez-vous.

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