Auteur : Karine Ruest-Pilote

Konbini; Sayaka Murata; livre; bibliothérapie; le fil rouge; Denoël

Konbini : La vie en dehors des normes fixées par la société

Saviez-vous que, au Japon, le mot konbini désigne un commerce de proximité ouvert 24/7 où l’on vend principalement des aliments de consommation rapide? Ce terme vient de la contraction des mots anglais « convenience store », en japonais. J’ignorais ce fait avant ma lecture du roman de l’autrice japonaise Sayaka Murata ayant ce mot pour titre. Konbini est un court livre qui pourrait s’apparenter à une nouvelle. Il nous plonge dans l’univers de ces supérettes japonaises par l’entremise du personnage de Keiko Furukura, une femme de 36 ans qui occupe un emploi à temps partiel dans un konbini depuis près de dix-huit ans. Faire sa place Au départ, Keiko devait occuper cet emploi dans un konbini le temps de ses études universitaires. Or, étant depuis son enfance une personne ayant de la difficulté à s’adapter aux normes de la société, Keiko trouve un certain confort dans ce travail où elle se sent enfin normale. En cet instant, pour la première fois, il me sembla avoir trouvé ma place dans la mécanique du monde. Enfin, je suis née, songeai-je. C’était, …

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Club de lecture de la Ville de Québec : Remèdes pour la faim

Depuis l’automne dernier, j’ai la chance d’animer les séances du club de lecture du Fil rouge dans la ville de Québec. Pour notre dernière rencontre de la session d’hiver, notre choix s’est arrêté sur Remèdes pour la faim, un récit autobiographique écrit par Deni Y. Béchard.  Avant chaque rencontre, je suis toujours un peu fébrile de connaître l’appréciation du livre choisi par les participantes bien que je dois dire que les échanges sont toujours captivants, et ce, même quand la lecture du mois ne fait pas l’unanimité. Dans le cas de Remèdes pour la faim, j’étais encore plus préoccupée de l’appréciation du livre, car il s’agit d’une brique de presque 600 pages sans grands rebondissements et la dernière chose que je souhaite est que la lecture devienne une corvée pour les participantes. C’est donc avec ce petit stress en tête que je me suis rendue au lieu de la dernière rencontre. Or, ce stress a vite disparu, car tout le monde a réussi à terminer le livre avant la rencontre et la plupart des participantes ont beaucoup aimé leur lecture. …

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Profession du père : enfance auprès d’un fabulateur

C’est avec beaucoup d’émotions que j’ai lu les dernières pages de Profession du père, le récit d’une enfance auprès d’un père mythomane et oppressif et d’une mère qui demeure passive face aux agissements du père. J’étais stupéfaite de savoir que la vie familiale dysfonctionnelle racontée dans ce roman se rapproche de celle vécue par son auteur, Sorj Chalandon. Une enfance dans le mensonge et dans la violence En 1961, Émile a 12 ans alors que la Guerre d’Algérie tire à sa fin. Son père peste contre De Gaulle et l’indépendance de l’Algérie et prétend qu’il est un complice de l’Organisation armée secrète (OAS). C’est alors que nous constatons les répercussions des fabulations d’un père sur son fils qui ira jusqu’à embrigader un ami dans cette mise en scène du père. Il faut savoir que ces délires n’ont pas pour seul but d’amuser Émile. André Choulans fait croire à son entourage qu’il a été pasteur, joueur de football, agent secret et champion de judo alors que la réalité est toute autre. Au fil des pages, nous découvrons …

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L’année de la pensée magique : Joan Didion et le deuil

C’est une chronique au sujet de Joan Didion à l’émission Plus on est de fous, plus on lit! qui m’a donné le goût de lire les écrits de cette écrivaine américaine. En écoutant la discussion animée au sujet de cette femme et de son œuvre, je me suis demandé pourquoi je n’avais encore jamais lu ses ouvrages. Ma curiosité était piquée. C’est avec L’année de la pensée magique, choisi un peu par hasard, que j’ai abordé mon immersion dans son œuvre. Joan Didion étant dépeinte comme une journaliste d’enquête, j’ai été surprise de constater que L’année de la pensée magique est un récit très personnel dont le thème principal est le deuil. En effet, dans ce récit, Didion relate l’année qui a suivi le décès de son mari, l’écrivain et scénariste John Gregory Dunne. Avoir pris le temps de lire la quatrième de couverture, j’aurais probablement choisi un autre livre de Didion pour commencer. Or, contre toutes attentes, dès la lecture des premières pages jusqu’à la fin du livre, je suis demeurée captive de la plume de Didion ainsi …

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Six mois d’ermitage… dans les forêts de Sibérie

Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson faisait partie de ma pile à lire depuis un bon moment. Les journées de froid glacial que nous avons connues me semblaient un moment propice pour entamer cette lecture et m’ont décidée à me plonger dans ce récit de voyage dans lequel l’auteur relate les six mois qu’il a passés dans une cabane (isba) isolée en Sibérie sur les rives du lac Baïkal. Quelle aventure! Le livre est écrit sous la forme d’un journal dans lequel l’auteur détaille pour chaque journée de quelle manière il a occupé son quotidien. Dans la mesure où aucune route ne mène à la cabane où il a élu domicile, que le village le plus proche se situe à cent vingt kilomètres de distance et que les plus proches voisins se trouvent à cinq heures de marche, Sylvain Tesson mène une vie assez sobre durant ces six mois. Malgré la sobriété de son rythme de vie, le récit s’avère captivant, car il dépeint une réalité aux antipodes de nos vies contemporaines. À l’heure …

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Une partie rouge de Maggie Nelson : non-fiction et tragédie familiale

Comme pour plusieurs d’entre nous qui suivons de près l’actualité littéraire, Maggie Nelson a su attirer mon attention par la parution en français de deux de ses ouvrages lors de la rentrée de l’automne. Il semblait y avoir un buzz chez les lecteurs anglophones autour de cette écrivaine, également poétesse et critique d’art, alors j’étais curieuse de la lire. C’est donc avec beaucoup d’attentes que j’ai entamé cette lecture et je n’ai pas été déçue. À peine commencé, je savais qu’Une partie rouge de Maggie Nelson correspondrait au genre de livre qui me captive en raison de sa prémisse qui s’annonçait prometteuse. Non-fiction et tragédie familiale  Une partie rouge peut être qualifié de non-fiction puisque l’autrice relate des faits réels entourant sa propre vie et celle de sa famille. Maggie Nelson est la nièce de Jane, une femme assassinée brutalement il y a plus de 35 ans dans des circonstances qui n’ont jamais été élucidées. Dans son récit, elle revient sur ce drame et les répercussions de celui-ci sur les membres de sa famille. Au début du …

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Québec en toutes lettres : De la poésie à la visite touristique déjantée

Du 21 au 29 octobre dernier avait lieu Québec en toutes lettres, un festival littéraire ayant cours chaque année depuis 2010 dans la ville de Québec. Le thème de cette dernière édition était «Écrire Québec». Pour cette occasion, la programmation offrait une foule d’activités visant à nous faire découvrir Québec sous un autre jour. Pour ma part, j’ai eu la chance de participer à deux activités, soit la Nuit de la poésie et la visite touristique intitulée «Et si…». Voici un petit compte-rendu de mon expérience. La Nuit de la poésie Pour ceux et celles qui doutent de la capacité de la poésie à attirer les foules, à mon avis, vous vous trompez. À mon arrivée à la Maison de la littérature pour assister à la Nuit de la poésie, la salle était déjà pratiquement pleine et plusieurs personnes attendaient à l’extérieur de la salle pour pouvoir y entrer. La Nuit de la poésie est un événement fondé en 2009 par la poète Nora Atalia. Au cours de cette soirée, plus d’une vingtaine de poètes se …

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Manikanetish : le retour aux sources d’une enseignante dans une école d’Uashat

La rentrée littéraire est pour moi synonyme de multiples tergiversations en librairie afin de décider quels livres parmi les nouveautés je choisirai comme compagnons de lecture pour les prochaines semaines. Il y a par contre des livres comme Manikanetish qui s’imposent d’emblée dès que je les aperçois. Plusieurs raisons expliquent pourquoi le nouveau roman de Naomi Fontaine a attiré mon attention :  Le premier roman de Naomi Fontaine, Kuessipan, m’avait beaucoup plu; J’ai à cœur d’encourager Mémoire d’encrier, une maison d’édition qui ose publier des auteurs aux profils diverses; Une libraire avec laquelle je partage plusieurs affinités côté lectures me l’a recommandé; Le livre dépeint une réalité qui mérite grandement d’être connue selon moi; Bref, si les raisons qui m’ont amenée à me procurer ce livre sont nombreuses, de nombreuses raisons m’incitent également à encourager les lecteurs du blogue à en faire la lecture. Manikanetish, La Petite Marguerite Manikanetish, c’est le nom d’une école située sur la réserve indienne d’Uashat sur la Côte-Nord. Le roman porte ce titre, car il raconte l’année scolaire de Yammie, une …

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Gabrielle Roy, au-delà de Bonheur d’occasion

Plusieurs d’entre nous avons lu Bonheur d’occasion, le roman le plus connu de Gabrielle Roy. Toutefois, j’ai l’impression que, contrairement aux générations qui précèdent la mienne, les personnes de ma génération connaissent moins le reste de l’œuvre de cette grande écrivaine. Du moins, c’était mon cas et c’est pour remédier à ce constat que je m’étais procurée dans une librairie usagée le dernier ouvrage de Gabrielle Roy, son autobiographie inachevée, La détresse et l’enchantement.  J’ai profité de mes vacances pour me plonger dans ce livre, et de retour au pays, je n’ai qu’une seule envie, lire le reste de l’œuvre de Gabrielle Roy, car en plus d’avoir adoré sa plume, j’ai trouvé le parcours de cette femme accomplie particulièrement remarquable. En lisant ce livre où l’auteure franco-manitobaine revient sur sa jeunesse et ses années de jeune adulte, j’ai senti qu’il m’était inévitable de parcourir son œuvre maintenant que j’avais eu accès aux personnes, aux événements et aux lieux qui l’avaient inspirée. La Petite Poule d’Eau Pour commencer mon incursion dans l’œuvre de Gabrielle Roy, j’ai arrêté mon choix sur …

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L’homme qui aimait les chiens : un roman historique haletant

Saviez-vous que Trotsky était ami avec Frida Kahlo et Diego Riviera lorsqu’il habitait à Mexico à la fin de ses jours? Ou encore, saviez-vous que George Orwell a été au front aux côtés de républicains lors de la guerre civile espagnole? Voici des faits que j’ai appris en lisant le roman de l’auteur cubain Leonardo Padura, L’homme qui aimait les chiens, paru en 2011. Définitivement, il s’agit de l’un des meilleurs romans basé sur des faits historiques que j’ai eu la chance de lire. Dans ce roman, Padura démontre à merveille comment les destins d’individus éloignés peuvent se croiser et changer le cours de l’histoire. Le livre aborde tour à tour, dans des chapitres séparés et superposés, la vie de trois hommes, soit celle de Léon Trotsky, celle de l’assassin de ce dernier, Ramon Mercader et celle du narrateur, Ivan Cardenas Maturell, un écrivain cubain. Au fur et à mesure de ma lecture, je comprenais comment le parcours de ces hommes ont convergé et je ne pouvais plus mettre mon livre de côté, si ce n’est que pour …