Littérature québécoise
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Trouver sa liberté au fond des bois

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Il y a de ces romans qui nous remuent, sur le coup, en les lisant. Et il y en a d’autres dont on sent qu’on restera marqué, à jamais. Il pleuvait des oiseaux, par Jocelyne Saucier, fait partie de ceux-là. Reçu en cadeau (merci, Arianne!), il est resté beaucoup trop longtemps dans ma pile à lire. Un roman qui bouleverse. Vraiment. Mais positivement. Pas nouveau, ce quatrième roman de l’auteure, sorti en 2011 sous XYZ Éditeur, a gagné plusieurs prix, dont celui du Grand Public 2012 du Salon du livre de Montréal.

L’histoire

Elle nous plonge au nord du 49e parallèle, dans un coin de forêt très perdu. On y fait la rencontre de 2 vieillards, Charlie et Tom de leur nom d’emprunt, qui y vivent reclus, en ermitage, chacun dans leur minuscule cabane vétuste, ayant choisi la seule la vraie liberté qui leur permet de se sentir encore vivants, pour le peu d’années qui leur restent. Leur acolyte décédé Boychuck, figure énigmatique tout au long du roman, prendra une grande part à cette histoire également.

Charlie et Tom reçoivent bien sûr de l’aide occasionnelle de l’extérieur pour pouvoir subsister, en permettant en échange qu’un bout de leur forêt puisse servir à faire pousser de la marijuana. Comme les deux parties sont tenues au silence, il s’agit d’un pacte fiable pour les vieillards qui peuvent dormir sur leurs deux oreilles, tout en pouvant avoir des vivres et recevoir leur chèque de pension.

Une photographe, riche de rencontres de toutes sortes, vient perturber leur quiétude en les visitant et en déterrant ce qui est arrivé en parallèle de l’histoire du Grand Feu de Matheson. Une tragédie qui est en soi un personnage du roman, ayant ravagé de ses flammes au début du 20e siècle tout sur son passage ou presque, et du même souffle a touché la vie de ces vieux protagonistes. La photographe se trouve en quête dans ce coin perdu et s’est laissée toucher par leur histoire qu’elle a devinée, car ils sont plutôt avares de détails. Vient ensuite en cours de route une fragile et âgée Marie-Desneige, qui, après 66 ans d’internement, décide de se donner une vie avant sa propre fin, en se joignant aux 2 reclus volontaires. Un pacte de liberté de vie (ou de mort) est fait entre eux, leur faisant ombrage comme une épée de Damoclès, les sachant vieillissants avec tout ce que cela comporte d’incapacités éventuelles.

 La plume de Saucier

On y est. Les bruits de la forêt, ses odeurs, sa tranquillité et son hostilité aussi, on se sent témoin comme si on était caché tout près d’eux. La résilience de ces personnes âgées et ce qui les lie, tout nous est raconté d’une si douce façon. J’en ai adoré ma lecture. Les sujets qui sont abordés (le grand feu, la quête de liberté, le vieillissement, les amours secrets ou impossibles) auraient pu rendre lourd le récit, mais l’inverse s’est produit avec la magique plume de Jocelyne Saucier. J’ai aussi été vraiment émue à quelques passages. Il y a des descriptions sensibles d’images fortes également.

Il pleuvait des oiseaux. Quand le vent s’est levé et qu’il a couvert le ciel d’un dôme de fumée noire, l’air s’est raréfié, c’était irrespirable de chaleur et de fumée, autant pour nous que pour les oiseaux et ils tombaient en pluie à nos pieds.

Bien sûr qu’il y a ce sinistre feu de jadis comme trame de fond à l’histoire. Il lie les personnages entre eux de diverses façons, que vous remarquerez très habilement ficelées, amenant un gros brin de mystère. Il y a aussi dans ce roman de l’amour inespéré, de la tendresse, et une liberté enfin trouvée. Tous ces éléments viennent réanimer ces vieillards, devenus libres à l’aube de la mort. Il y a aussi de la strychnine pas loin, un poison mortel dans une petite boîte au cas où la liberté venait à les quitter. Il pleuvait des oiseaux est un merveilleux roman qui nous fait nous évader, dont le rythme reste soutenu de page en page et qui fait énormément réfléchir. Un coup de cœur assuré!

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Un vent de nostalgie lui souffle parfois dessus, lui faisant revivre ses journées d’enfance passées avec un J’aime lire sous les yeux ou à manier son pousse-mine à composer des chansonnettes pour sa grand-mère Bernadette. Aujourd’hui bien campée dans la vie d’adulte sans trop l’être, lire et écrire sont restés pour elle synonymes de plaisir. Stéphanie a pris le chemin des sciences (elle est infirmière clinicienne) après un passage fort apprécié dans le domaine des arts & lettres. Depuis la fin de son récent bacc. du côté pragmatique, elle est ravie de (re)vivre enfin en lisant et écrivant ce qui lui plaît. Elle a un fort penchant pour le québécois contemporain, poésie ou romans, des essais ou encore pour son précieux guide des médicaments. Elle aime beaucoup voyager, le yoga, prendre des photos pas toujours réussies, cuisiner végé, le vieux punk, le classique et le sens du mot liberté.

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