Poésie et théâtre
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Nino : la maternité

Nino est une pièce de théâtre coup de poing. Elle m’a fait mal parce qu’elle est remplie de vérités. Elle envoie un message de ce que la société attend de nous. Vous savez, cette pression de devoir procréer, de créer un autre être humain, et de devoir respecter toutes ces conventions sociales. J’ai retrouvé dans cette pièce tous ces non-dits, les « Je sais mieux que toi ce qui est bon pour toi ». Et la manière dont l’auteure aborde le sujet de la dépression est flagrante.

Nino est un bébé et la seule chose qu’il fait est de pleurer. Il ne fait jamais son apparition sur scène, car il est dans sa chambre, à pleurer. Dans la pièce, on retrouve les parents de Nino qui sont tous les deux dans le début de la trentaine; il est leur premier enfant. On y retrouve également la meilleure amie de la mère, la sœur du père et son copain beaucoup plus âgé qu’elle. Ils sont tous présents pour célébrer le premier anniversaire de Nino. Le décor semble être les restes d’un décor d’anniversaire pour enfant, et le bruit de fond, les pleurs de Nino. Déjà, l’ambiance semble lourde. Plus ma lecture avançait, plus les personnages s’obstinaient sur ce qu’il devait manger, sur ce qui est bon, sur ce qui est mauvais. Est-ce que le 15-10-5 est la meilleure méthode pour cesser les pleurs d’un enfant? Est-ce qu’il va vivre avec un trouble de l’attachement? Tout le monde semble parfait pour juger la situation. À la suite de toutes ces conversations, j’ai découvert un décor rempli d’hypocrisie, et des non-dits qui prennent forme.

Le rôle d’une mère

Sandrine, la mère, est en dépression post-partum. Il m’était facile de me mettre à sa place. Je me sentais mal pour ce personnage qui semble seulement vouloir plaire à ce que la société lui envoie comme message : être une bonne mère, une bonne épouse, etc. Elle tente par tous les moyens de combler les besoins de son fils, mais la pression est trop forte. Puis, il y a tout son entourage qui lui dit quoi faire et comment le faire. Elle a le sentiment qu’elle doit mettre sa personnalité de côté. Sandrine n’est pas une sainte non plus. Comme beaucoup de femmes, elle s’oublie. Ce qui fait en sorte qu’elle se déteste. C’est à se demander si une mère doit absolument aimer son enfant.

MARION (meilleure amie de Sandrine) : Je ne sais pas est rendue où mon amie. / Mais est pas ici à soir

SANDRINE : Est morte ton amie / Pis t’es pas venue à ses funérailles

MARION : Mon Dieu

SANDRINE : Non mais c’est vrai / Ton bébé vient au monde / Pis y a pu rien qui est comme avant / Si t’oses dire :  »Heille, c’était juste un jeu pis là le jeu y arrêtera jamais » / Si t’oses dire :  »Ça me fait mal de pu savoir je suis où moi dans tout ça » / Tu te fais regarder comme vous me regarder en ce moment / Ça fait que tu restes toute seule / À brailler sur la vie que tu viens de perdre / Savez-vous comment on se sent quand on est toute seule à ses propres funérailles?

p. 102-103

Tous les personnages font preuve d’égoïsme. L’écriture de Rébecca Déraspe est poignante. Je ne suis pas encore mère, mais on peut facilement se retrouver dans ses personnages. La pièce est accompagnée d’une entrevue avec l’auteure, et je crois que cette pièce était un exutoire pour cette dernière qui semblait ressentir diverses pressions de son entourage quant à comment élever son enfant.

Ce que j’ai beaucoup apprécié c’est qu’il n’est pas seulement question d’une femme et de son enfant. La pièce aborde divers sujets, dont les relations entre femmes et hommes, les femmes envers les femmes, la dépression, la différence d’âge dans les relations, etc.

Cette pièce m’a fait mal. Mais, parfois, mettre des mots où l’on a mal soulage un peu cette douleur.

Et vous, avez-vous déjà fait une lecture qui vous a fait du mal et du bien à la fois?

Merci aux éditions Somme toute pour cette découverte!

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