Littérature étrangère
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Le bruit des vagues

Je l’avoue, je suis éprise des histoires d’amour. Elles me fascinent par leur complexité, mais aussi par leur temporalité. Qu’elles soient destructrices ou émancipatrices, ces histoires occupent la plupart de nos pensées et nous font évoluer en tant qu’êtres humains, à une vitesse incroyable. Ces histoires nous brisent, nous forgent et nous rendent plus fort.

Les épopées amoureuses sont omniprésentes dans la littérature. De Musset à Anna Gavalda, elles ont façonné les classiques d’hier et ceux d’aujourd’hui. Si les récits romanesques peuvent sembler, à bien des égards, porteurs de légèreté et d’insouciance, il n’en demeure pas moins que certains personnages trouvent en l’amour une manière de déjouer les préjugés et de dénoncer la société dans laquelle ils évoluent.

C’est le cas précis de l’auteur anglais Ian McEwan. Ses œuvres s’articulant autour de l’amour, de la dérision et du mensonge, on est happé par ses romans psychologiques et sa plume unique. D’Amsterdam à Expiation, on lui doit une quinzaine de romans et plus de 15 millions de livres vendus à travers le monde. Parmi les œuvres que j’ai pu explorer, une a particulièrement retenu mon attention en raison de son format atypique. Sur la plage de Chesil est un ouvrage brillant qui s’articule autour de l’amour et de ses conventions, du désir et de l’abandon, mais aborde aussi les difficultés qui viennent avec l’héritage et la fidélité. Adapté en film et présenté en première mondiale au TIFF (Toronto International Film Festival) cette année et mettant en vedette Saoirse Ronan, Sur la plage de Chesil est un roman qui risque d’en émouvoir plus d’un.

Il s’agit du récit de Florence et Edward, qui, à l’été 1962, décident d’unir leurs vies à tout jamais. Jeunes, instruits, tous les deux vierges, ils évoluent au sein de la société anglaise. Elle vient d’une famille bourgeoise et est une violoniste exceptionnelle aux aspirations grandioses pour sa carrière. Lui vient d’une famille modeste, brisé par la maladie et la pauvreté. Il rêve d’histoire, de musique rock et d’un avenir brillant pour lui et sa jeune femme. Dans une société encore épargnée par la révolution sexuelle, les deux jeunes amoureux se retrouvent dans une vieille auberge du Dorset pendant leur nuit de noces avant de consumer leur union. 
Mais la pudeur, la peur et les mensonges viendront vite transformer cette première nuit où rien ne se déroulera comme prévu, laissant plutôt place à un affrontement entre le désir et le devoir.

Empreint d’une magnifique poésie, Sur la plage de Chesil nous berce comme une mélodie. Les lieux, la musique et le torrent qui sont décrits nous soufflent aux oreilles comme le bruit de la mer. Rien n’est plus apaisant et déconcertant à la fois.

Destins incertains

D’emblée, il faut l’admettre, la plume de Ian McEwan est unique et complètement surprenante. Marquée par la nostalgie, son œuvre explore à plusieurs reprises les regrets et les différentes manières de voir un événement. Et c’est d’ailleurs ce qui caractérise le roman. Alternant les points de vue des deux personnages, leur laissant énormément d’espace pour exprimer leurs désirs, leur soif d’avenir et leurs différences, on est happé par ce vent de fraîcheur, par ces deux jeunes gens si brillants à qui l’avenir appartient, et qui pourtant, n’arrivent pas à s’entendre sur ce que la vie est, ou plutôt ce qu’elle devrait être. 

Portés par deux personnages forts, hésitants entre l’avant-gardisme et le passé, on assiste à un combat de coqs entre deux visions complètement opposées de l’amour.

Edward, quant à lui, est un personnage plus romantique qui attend beaucoup de l’avenir. Les enfants, la femme et le travail représentent un désir profond de s’évader de la vie qu’il a connue étant plus petit. Prêt à maints sacrifices pour celle qu’il aime, il est impatient à l’idée de perdre sa virginité avec Florence. C’est un homme amoureux, habité par le désir et fasciné par la suite du monde. Quant à Florence, elle est plus conventionnelle, rêvant d’un amour sans désir, sans devoir. Le personnage de Florence ne trouve aucune satisfaction dans l’amour, et encore moins dans le sexe. Cet acte la répugne au point d’accepter sa condition de vierge et de vouloir la maintenir pour le reste de sa vie. Elle blague sur le fait qu’elle préférait évoluer dans les années 1800, mais on finit par y croire tellement sa pudeur la caractérise. C’est une femme forte et élégante, qui rêve de devenir une des plus grandes violonistes au monde.

Et malgré leurs tempéraments et aspirations différents, ils s’aiment d’un amour profond. Ayant énormément de respect et d’affection l’un pour l’autre, ils s’apprécient sincèrement. C’est le manque de communication et de compréhension mutuelle qui les pousse à se haïr le temps d’une promenade sur la plage. Leurs besoins différents les déchireront à un point tel qu’ils se retrancheront sur eux-mêmes, préférant la solitude aux beaux jours heureux. 

La dernière scène sur la plage est d’une grande beauté. Difficile à lire certes, car on assiste à l’embrasement des deux figures du livre, mais aussi à leur émancipation, où chacun laisse tomber les masques. Pris dans une société qui se questionne elle-même sur ses valeurs, on sent que les deux amoureux ne savent plus ce qui est juste et ce qu’il faut faire pour se tenir droit.

 

Malgré ses 150 pages, on est plongé dans un tourbillon d’émotions où la nature occupe une importante place. C’est un livre doux, qui malgré sa violence et son déchirement, nous fascine et nous émeut. C’est une œuvre qui se questionne sur la nécessité d’être sincère, sur le devoir amoureux et sur la société qui nous définit. Devons-nous lui être redevant, ou au contraire, accepter de vivre sans gêne et ne plus respecter les idéaux de celle-ci? 

Sur la plage de Chesil est un huit clos prenant et cruel mettant en scène deux personnages prisonniers de leur société. C’est une œuvre magnifique qui dégage une force incomparable. C’est un récit d’amour à bien des égards, mais c’est avant tout l’histoire des destins brisés de deux jeunes personnages brûlés par l’espoir. Un roman qui nous berce, nous émerveille et nous rappelle ce chaos que peut être l’amour lorsqu’il est incompris. Ian McEwan nous prouve que quelques mots, quelques gestes suffisent à changer le cours d’une vie.

J’ai lu et relu Sur la plage de Chesil à plusieurs reprises. Encore aujourd’hui, cette œuvre demeure l’une des plus importantes et des plus marquantes de ma bibliothèque. Les histoires d’amour me fascinent, certes, mais ce ne sont pas toujours des contes de fées. Ces histoires qui nous sortent de notre zone de confort, qui nous prouvent que l’amour, qu’il soit bon ou mauvais, nous permet d’apporter une perspective différente à notre vie. Ce sont ses histoires qui nous permettent de nous arrêter, de nous questionner pour ensuite mieux aller de l’avant. 

Comme quoi, il n’y a pas de bonne façon de s’aimer ou de se déchirer. Il y a simplement ce qui est vrai et juste pour soi.

Et vous, quels sont vos romans d’amour préférés?

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