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Homo Sapienne: du territoire intérieur

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Le Groenland. Lorsque j’entends son nom, je pense à l’immensité brute de ce territoire, à sa blancheur, à son opacité. Ce n’est pourtant pas ce qu’aborde Niviaq Korneliussen, jeune auteure groenlandaise, dans son premier roman, Homo Sapienne. Depuis sa parution originale en 2014, ce livre a fait couler tellement d’encre, que je me suis longuement demandé « pourquoi diable ai-je choisi d’en parler pour mon premier article au Fil Rouge?». Au cœur de mon doute, toutefois, subsiste quelque chose qui me rattache aux personnages peuplant les (trop courtes) 213 pages du roman: l’importance de la subjectivité, et le discours intérieur comme réalité première.

De l’enfermement

Homo Sapienne est un de ces livres qu’on entame, la tête pleine d’attentes bâties par toutes les critiques qui nous préviennent: vous ne pouvez qu’être chamboulée par cette lecture. Pourtant, les premières pages se font dures. Sous la plume tranchante et inventive de Niviaq Korneliussen, rien n’est filtré ni embelli. Si, dans l’imaginaire populaire, le Grand Nord se charge de romantisme, il en est autrement dans le quotidien de ceux qui y vivent. Le caractère insulaire des lieux n’est cependant pas le propos central du roman, il le cloisonne. Pour Fia, Inuk, Arnaq et Sara, le Groenland est à la fois témoin et acteur de leurs bouleversements identitaires. On sent les protagonistes tenter de se définir et de se libérer des lieux qui les enferment. Toute la difficulté se trouve justement là, et le Groenland leur rappelle sans cesse l’impossibilité d’appréhender le monde autrement que par ce qu’on connaît.

Je ne reviendrai jamais au Groenland. Je ne veux plus jamais être emprisonné. Je ne veux plus jamais être emmuré entre de hautes montagnes. Je ne veux plus jamais appeler un Groenlandais «mon compatriote». Je ne veux plus jamais habiter au même endroit que les captifs de la prison. (p.75)   

De l’émancipation

Bien qu’au départ, j’ai été surprise par le ton du roman, j’en ai vite apprécié la franchise. Il me semble que je les connais, ces personnages qui prennent vie et qui grandissent sous mes yeux: ils/elles sont mes ami.e.s, et je suis dans leur intimité. Homo Sapienne est plus qu’un livre sur la genralité, il nous parle des frontières de l’intime, à l’envers du social. Comme le dit si bien Daniel Chartier dans la préface, Niviaq Korneliussen a réussi avec brio à faire transparaître «le désir universel de choisir pour soi-même, de retrouver le goût de prendre des risques et d’avoir la force de refuser l’influence sociale pour définir son identité et ses relations.» (p.14)

Il m’a fait du bien, ce livre. Il m’a rappelé l’importance du récit personnel et la beauté de la quête intérieure. Je le recommande à quiconque veut se rappeler l’universalité du caractère humain.

Et vous, y a-t-il des romans dont les personnages vous habitent encore?

 

Le fil rouge tient à remercier les éditions La Peuplade pour le service de presse.

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