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La révolution sexuelle n’a pas tué les stéréotypes de genres

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Vous connaissez probablement Lili Boisvert grâce à son émission Sexplora, dans laquelle elle parle sans tabous de toutes sortes de sujets reliés à la sexualité, ou peut-être l’avez-vous vue dans le duo Les Brutes, formé d’elle-même et de Judith Lussier, qui présente de courts vidéos dans lesquels elles survolent des problématiques sexistes, raciales, privilégistes, etc. Une chose est sûre, Lili Boisvert veut faire changer les choses au sein de notre société contemporaine, et elle n’emploie aucun détour pour faire passer le message. Avec Le principe du cumshot, son premier essai publié au printemps dernier chez VLB éditeur, son désir de renverser les stéréotypes sexuels et de genres se fait entendre et, disons-le, le titre en soi est un message revendicateur dès le premier abord.

Le principe de qui?

En pornographie, le cumshot est la scène finale où l’on voit l’actrice recevoir en plein visage – ou ailleurs – la jouissance de l’homme, tout en restant passive. (J’ai eu envie d’écrire la jouissance de l’Homme, avec un H majuscule.) Selon Lili Boisvert, cette scène ultime est le parfait reflet de la société actuelle : les femmes laissent couler sur elles le plaisir exclusif des hommes sans réagir, mais en ayant l’air d’aimer ça.

C’est que, depuis la révolution sexuelle qui s’est produite dans les années 1960-70, on dit que les femmes sont libérées, qu’elles vivent leur sexualité pleinement et qu’elles ne sont plus sous l’emprise du devoir conjugal. Mais est-ce vraiment le cas? (J’aimerais noter ici que l’auteure se concentre uniquement sur les relations hétérosexuelles cisgenres dans la société occidentale.)

Femme-proie, Homme-chasseur

Même si les manières de rencontrer un.e partenaire ont énormément changé dans les dernières décennies, grâce aux sites et applications de rencontre entre autres, les méthodes de séduction sont restées bien semblables à celles de la vieille époque. En général, dans le cadre d’une rencontre entre deux personnes de sexe opposé, c’est l’homme qui doit faire les premiers pas. Il choisira d’abord une belle femme, qui semble prendre soin de son apparence, et tentera de l’amadouer en usant de ses meilleurs atouts : son sens de l’humour et l’importance de sa carrière au sein de la société. La femme, de son côté, devra bien paraître en tout temps et rire aux moments opportuns. Après quelques heures et de nombreux frôlements discrets, les deux partis se retrouveront dans une chambre et la femme, qui jusque-là semblait réservée et frigide, devra se transformer en bête de sexe qui veut l’absolu plaisir du membre masculin. Pour y parvenir, elle fera tout ce que l’homme désire, jusqu’à la jouissance de celui-ci. Que son désir à elle soit assouvi ou non, on s’en fout : la rencontre sera réussie si l’homme considère que c’était une bonne baise.

Ma description vous semble clichée? C’est sans doute parce que vous l’avez déjà vécue.

Les préjugés qui n’en finissent plus

L’exemple que je viens de donner comporte un seul problème (selon la société) : la femme a accepté de se donner le premier soir. Elle sera donc maintenant considérée comme une fille facile. L’homme, quant à lui, sera glorifié au sein de son groupe d’amis. Si, au contraire, la femme avait refusé de se rendre à l’étape plus intime, elle aurait été qualifiée d’agace. Son choix était donc de décider de quel côté du spectre elle voulait se retrouver.

La Femme ne l’a pas facile, dans cette ségrégation sexuelle, comme la nomme Boisvert. Les stéréotypes viennent toujours en duos contradictoires : facile ou agace, trop entreprenante ou pas assez directe, trop sexy ou pas assez révélatrice, pas assez jeune ou pas assez vieille, et ça continue. En fait, la pression sur les femmes et leur apparence est tellement forte, qu’en plus de la subir, elles la propagent : les hommes jugent les femmes, les femmes jugent les femmes. Une femme ne peut sortir de chez elle sans avoir pensé à comment les autres, hommes et femmes, vont la percevoir. Même quand elle dit s’en foutre, elle y a pensé. Elle se doit d’être belle pour plaire aux hommes, mais aussi pour plaire aux femmes.

Non-objectification de l’homme

La société en général, les médias, le cinéma, la mode, le vocabulaire quotidien sexualisent tout le temps le corps de la femme. En cachant ses mamelons, en révélant subtilement un bout d’épaule ou un côté du sein, en maquillant les yeux et les lèvres, en matifiant la peau, en éliminant tous les poils… vous connaissez tous les modes de sexualisation. Mais qu’en est-il du corps masculin?

Ok, vous avez peut-être en tête une publicité de sous-vêtements masculins dans laquelle un bel homme musclé est présenté. Mais qu’y a-t-il à ses côtés? Une belle femme tout aussi sexy. Avez-vous un autre exemple en tête de pseudo-sexualisation du corps masculin? J’en doute.

C’est que la société est faite par les hommes, pour les hommes. On ne nous vend pas la beauté du mannequin, on nous vend l’idée qu’en portant ces sous-vêtements, les femmes vont se jeter à notre bras. Je dis nous. Je suis une femme. Mais on me vend tout de même cette idée, que je devrais me jeter aux pieds des hommes qui ont la chance de porter ces sous-vêtements. L’homme reste le sujet, le participant, alors que la femme garde sa position d’objet, elle sert à glorifier le protagoniste en faisant la belle.

Non seulement on transmet des idéaux de sexualisation de la femme, on dénigre en plus les propositions d’objectification de l’homme : les boys bands sont formés d’homosexuels, Justin Bieber chante comme une fille, l’acteur d’une émission pour ados a une trop petite carrure. Les premiers éveils sexuels des jeunes filles sont dénigrés sur la place publique, jusqu’à ce qu’elles aient honte d’avoir eu des chatouillements dans le bas-ventre pour des tapettes. On tue dans l’œuf le peu de chances qu’ont les prochaines générations de vivre réellement une révolution dans les rôles sexuels.

Un essai ancré dans le présent

Mon article vous présente un résumé grossier de ma compréhension du Principe du cumshot. Si vous vous êtes senti.e interpellé.e par mes propos, vous vous devez de lire l’essai de Lili Boisvert. Elle va en profondeur dans ses recherches sur la vision globale de notre société, son texte est rempli de références à toutes sortes d’études et de recherches. Mais le tout reste, à mon avis, est très accessible et bien vulgarisé. Même si vous n’êtes pas familier.ère avec le genre, vous vous y retrouverez.

Le seul bémol, mais c’est peut-être une bonne chose, c’est que le texte est très (trop) actuel. Les exemples médiatiques ou cinématographiques, entre autres, sont extrêmement contemporains; je doute que ce livre vieillisse bien, à long terme. Mais, au fond, c’était peut-être le but de l’auteure, que son texte démarre une réflexion sociétaire qui fera une différence, jusqu’à ce que ses écrits ne soient plus nécessaires dans quelques années.

Avez-vous d’autres suggestions d’essais qui pourraient changer les stéréotypes véhiculés dans notre société occidentale?


Le fil rouge remercie VLB éditeur pour le service de presse.

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Un commentaire

  1. mzendiary says

    Merci! C’est LE livre que je cherchais! Tout ce que tu dis est juste, c’est troublant de se rendre compte à quel point nos rapports peuvent être malsains. En tant que femme je me retrouve dans ton article, et je peux t’assurer que je me bats chaque jour contre ces conditionnements que j’essaie d’effacer pour oser enfin être libre et oser surtout m’occuper de mon plaisir et ne pas être esclave de l’homme. On a fait de moi le parfait modèle de femme, et ce n’est pas épanouissant, bien évidemment. Malheureusement, encore trop de femmes veulent à tout prix plaire aux hommes en oubliant leur propre plaisir. Tout est dans l’inconscient collectif! Mais c’est déjà un grand pas de prendre conscience de ces vieux schémas de pensées, de ces vieux comportements. C’est comme ça que les choses pourront changer. Merci pour ton article 🙂

    J’aime

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