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Maternité, la face cachée du sexisme : libérer les femmes du fardeau exclusif de la parentalité

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« Être maman est le plus beau métier du monde ». Gageons que cette phrase populaire est parvenue à vos oreilles bien plus souvent que son pendant masculin « Être papa est le beau métier du monde ». Or, pourquoi en est-il ainsi? Pourquoi les femmes se retrouvent-elles encore aujourd’hui intrinsèquement liées à la parentalité et aux contraintes relevant de la responsabilité des enfants dans un couple? C’est ce qu’analyse la journaliste, chroniqueuse et blogueuse féministe Marilyse Hamelin dans son essai Maternité, la face cachée du sexisme : plaidoyer pour l’égalité parentale.

Dans une étude s’appuyant notamment sur des entrevues et des enquêtes statistiques, l’autrice nous démontre le sexisme inhérent à la maternité en expliquant comment les femmes sont encore considérées comme le parent principal dans un couple, comment les hommes pourraient – et, pour plusieurs, voudraient – être davantage impliqués dans la parentalité, et comment l’État pourrait améliorer le congé parental québécois.

La mère, l’éternel parent « par défaut »

Malgré les nombreuses avancées réalisées en matière d’égalité femmes-hommes, il n’en demeure pas moins que la mère, dans la société québécoise, agit encore très souvent comme le parent principal, le parent « par défaut » dans un couple, selon Hamelin. C’est elle qui s’absente le plus souvent du travail pour des raisons familiales (deux fois plus souvent que le père selon les statistiques officielles), qui s’occupe davantage des soins à donner aux enfants, et qui assume la quasi-totalité de la charge mentale liée à la planification familiale. C’est aussi elle qui prend en général l’entièreté ou la majorité du congé parental partageable (congé d’une durée de 32 semaines pouvant être séparé entre les deux conjoint.e.s).

Hamelin poursuit en expliquant que ce poids du parent principal engendre des discriminations envers les femmes sur le marché du travail. Malgré les lois en vigueur, certains employeurs ont des réticences à engager une jeune femme plutôt qu’un jeune homme, puisqu’ils assument que cette femme s’absentera probablement dans un futur proche pour cause de maternité. Des femmes ratent des promotions puisque les responsabilités familiales, qui reposent majoritairement sur elles, leur occasionnent des absences plus fréquentes que leurs confrères masculins. Ces réalités du marché du travail reflètent – et renforcent du même coup – l’idée que le soin des enfants est une tâche qui revient davantage aux mères qu’aux pères, une conception qui perdure au sein de notre société malgré les avancées féministes réalisées.

« On ne nait pas mère, on le devient » : déconstruire les mentalités stéréotypées  

Les essais qui s’attaquent aux idées reçues en matière de genre me font très souvent le plus grand bien, et l’ouvrage d’Hamelin ne fait pas exception à la règle. En ce qui concerne plus spécifiquement la maternité, j’éprouve un certain malaise lorsque des personnes justifient des comportements par des construits sociaux tels que « l’instinct maternel », ou lorsqu’elles croient qu’un individu ne sait pas s’occuper des enfants parce qu’il est un homme. J’ai donc beaucoup apprécié que l’autrice explique dans son essai comment cette division des rôles parentaux selon le sexe est une construction sociale, et comment nous pouvons par conséquent déconstruire ces stéréotypes pour que le père devienne autant sinon plus impliqué que la mère auprès de sa progéniture. Et ce changement des mentalités est nécessaire, puisque tant que les femmes seront considérées comme le parent par défaut, il ne pourra y avoir de réelle égalité entre les deux sexes.

Beaucoup d’hommes souhaitent d’ailleurs plus s’impliquer dans leur rôle de père, et se voient freinés dans leur élan par les mentalités actuelles et la persistance des stéréotypes machos.  Hamelin souligne que le statut quo actuel est dommageable pour tous et toutes, les hommes en souffrant autant que les femmes. Cette approche inclusive m’a grandement plu, en ce sens qu’elle montre que tous et toutes bénéficieront d’un repartage équitable de la responsabilité parentale entre les deux sexes.

Pistes de solution

Pour atteindre un partage équitable de la parentalité, l’autrice propose plusieurs pistes de solution intéressantes, notamment une bonification du Régime québécois d’assurance parentale (RQAP), où les congés de paternité et de maternité non partageables seraient de la même durée (18 semaines pour les deux parents, alors qu’actuellement, les hommes n’ont droit qu’à 5 semaines). De cette manière, les employeurs seraient confrontés à une absence de la même durée autant chez les hommes que chez les femmes, ce qui limiterait la discrimination insidieuse envers les travailleuses.

Par ailleurs, pour éviter que le père n’agisse qu’en tant que soutien à la mère plutôt qu’en tant que parent principal, Hamelin propose qu’une partie du congé de paternité soit prise lorsque le père est seul avec l’enfant. Il pourra ainsi développer son initiative et ses compétences en matière de soins parentaux.

Bref, Maternité, la face cachée du sexisme est un essai à mettre entre toutes les mains. Je le recommande que l’on soit parent ou non, puisqu’il permettra à chacun.e de remettre en question ses propres préjugés sur la maternité, et de s’interroger sur les méthodes à promouvoir afin que les femmes ne portent plus sur leurs seules épaules le fardeau de la parentalité.

Et vous, avez-vous découvert des essais féministes qui remettent en question les perceptions traditionnelles de la maternité?

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2 Comments

  1. Un autre ouvrage à redécouvrir : Éloge de la mère de Edwige Antier. Elle propose une théorie qui va a l’encontre de la pensée féministe actuelle et qui n’est pas très « à la mode » en ce moment : il y a bien un instinct maternel. Selon elle, les féministes ont fait beaucoup de mal à l’instinct maternelle. Comment respecter la mère, la femme et ses ambitions professionnelles tout en respectant sa relation à son enfant. Le rôle du père est bien sûr à repenser mais nous ne sommes pas égaux au moment où nous donnons la vie… Je suis féministe et maman depuis peu, et je trouve les propos de cette auteure beaucoup plus juste que la théorie en vigueur de la « recherche de l’égalité » sur ce sujet là…

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