Réflexions littéraires
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Pourquoi je ne possède pas de livres

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Pour les gens qui me connaissent, la chose la plus étonnante en arrivant chez moi est l’absence de bibliothèque. En effet, alors qu’ils sont ma grande passion, j’ai décidé de ne plus posséder de livres. Cette façon de vivre la lecture a été le fruit d’une longue réflexion, combinée à des événements qui ont jalonné ma vie, qui est, à vrai dire, assez difficile à résumer.

Des valeurs familiales

Si un livre entre dans la maison, tout le monde le lira, il n’appartiendra à personne en propre. Chez nous, le livre a toujours été considéré comme un simple support permettant de partager des idées. L’histoire qu’il contient nous est prêtée par l’auteur, qui l’a mise sur papier pour la diffuser auprès du plus grand nombre. Donc un livre, ça circule, ça se partage, et comme ce n’est pas un boomerang, ça revient rarement.

Le livre, c’est un autre univers, un autre temps, d’autres personnes; je ne me sens pas le droit de les posséder et de les empêcher d’aller toucher d’autres gens.

Des raisons pratiques

Les livres, ça prend de la place, beaucoup de place. Pas de chance, j’en ai souvent manqué dans ma vie d’adulte. J’ai passé de nombreuses années à passer d’une chambre minuscule à un petit appartement, pour ensuite déménager d’une ville à une autre, puis carrément changer de pays. Alors qu’ils n’étaient pas nombreux, mes livres étaient régulièrement triés pour être prêtés, donnés, revendus, et surtout ne pas s’entasser dans mes rares mètres carrés.

À défaut de place, j’ai beaucoup de temps à offrir à la littérature. Alors, comme je lis en moyenne trois livres par semaine, la lecture est pour moi un loisir pour le moins dispendieux. Comme j’ai d’autres rêves à accomplir dans ma vie que d’entasser des livres, je préfère mettre cet argent de côté pour voyager par exemple, et aller m’approvisionner en pages à la bibliothèque.

Un engagement personnel

En fait, en ce qui concerne les livres (et la culture de manière générale), je suis personnellement convaincue que cela ne devrait pas être monétisé. Je ne remets absolument pas en question la nécessité de rémunérer un auteur ou un artiste pour son travail, au contraire. Par contre, je pense que les œuvres devraient être publiques, accessibles à tous. C’est un élément fondateur de toutes les sociétés, auquel il est scandaleux de conditionner l’accès de quelque manière que ce soit.

De plus, quand je dois payer un livre, j’ai le sentiment de me retrouver emprisonnée dans une espèce de contrat : « Par le fait de choisir ce livre, je m’engage à le lire en intégralité, à l’apprécier, puis à en prendre soin physiquement jusqu’à ce que le tri nous sépare. »

Et ça, je ne le veux pas. Je veux pouvoir m’arrêter si je n’aime pas le style de l’auteur, si je trouve l’histoire trop niaise ou si je lis l’expression « silence assourdissant ». Je veux avoir le droit de m’être trompée dans mon choix, et de pouvoir le reconnaître sans regret. Je veux aussi lire un nouveau livre par jour pendant tout un mois, sans y faire passer toute ma paie. Je veux m’enthousiasmer pour un livre et m’en séparer douloureusement, pour pouvoir en parler autour de moi.

Des raisons personnelles

Mes lectures me construisent, elles sont mon intimité. Elles reflètent mon état et mes envies à un moment particulier de ma vie. Elles me marquent et laissent des traces sur ma personnalité aussi durablement que mes tatouages le font sur mon corps. C’est pourquoi, à l’époque où j’avais quelques livres, je les cachais des regards indiscrets – tout le monde a connu le coup d’œil soutenu d’un inconnu sur le contenu de ses étagères.

Je n’ai pas envie d’avoir à m’excuser d’avoir lu et aimé tel livre, d’avoir eu une phase pendant laquelle j’adorais tel courant, ou encore de ne pas posséder tel classique.

Un autre rapport au livre

Certains choisissent leur appartement en fonction de la proximité des transports en commun ou d’un supermarché. Moi, je le choisis en fonction de la bibliothèque municipale. Cette dernière est une extension de mon appartement.

Pour moi, elle représente tout ce que devrait être le rapport à la culture en général : la gratuité, la démocratie, l’accessibilité.

Elle me permet d’avoir le rapport parfait au livre (selon moi) : spontané et naturel. J’aime me promener dans ses allées en regardant les tranches des livres, en prenant celui qui a attiré mon regard par sa couleur, son titre ou le nom de son auteur. Tout est très facile : Je connais l’auteur? Je prends. J’aime la couverture? Je prends. On m’en a parlé? Je prends. Parfois, je vais jusqu’à lire la quatrième de couverture, mais sincèrement, j’évite. Je veux découvrir ce qu’il a à me dire en le lisant, pas sur la quatrième.

J’aime que ça reste simple, sans réflexion. C’est une pulsion de curiosité. Le livre m’attire, ou pas; nous verrons ensemble plus tard quel genre de relation nous entretiendrons.

Le partage, tout simplement

Depuis son plus jeune âge, j’ai habitué mon fils à la fréquenter. Nous avons ensemble eu des phases camions, dinosaures, monstres, créatures marines, Harry Potter… Nous nous sommes forgé des souvenirs incroyables pendant ces moments de choix de livres et de lecture.

Je veux qu’il vive le livre librement : comme il n’y a jamais d’acte d’achat qui condamnerait le livre à rester chez nous durablement, il n’y a pas non plus de bon ni de mauvais livre. Il n’y a que ce qu’il a envie de lire ou même simplement regarder en ce moment. Si il aime, nous prolongeons ou réempruntons quelques semaines plus tard.

Je trouve ça extrêmement important pour lui, cette liberté de s’intéresser à un livre sans s’inquiéter du jugement que je pourrais porter sur son choix. Il faut de tout pour faire une personne, et ainsi j’ai le sentiment qu’il peut se construire selon ses propres aspirations, sans avoir à se confronter à des contraintes qui lui sont extérieures.

Bref, j’aime les livres, passionnément, et c’est justement pour mieux les aimer que je ne veux pas les posséder. Il m’arrive évidemment d’en acheter de temps en temps… pour les offrir, systématiquement. Quant à ceux qui me sont offerts, ils sont destinés à continuer à transmettre leur message après ma lecture, et ne resteront chez moi pas plus longtemps que nécessaire.

Et vous, quel est votre rapport aux livres?

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3 Comments

  1. Coucou ! Je peux comprend ton point de vue. Personnellement j’aime acheter et posséder des romans, mais j’ai paradoxalement une horreur d’accumuler les choses « inutiles » et je ne rêve pas d’avoir une bibliothèque géante (déjà la mienne quand j’ai déménagé ça a été assez galère comme ça ahah). Du coup, j’essaye de toujours trier au maximum mes ouvrages. Je ne garde que ceux que « j’aime » réellement ou que je suis certaine de relire (j’adore relire mes romans fétiches). Ceux que j’ai aimé sans plus, je les garde un temps avant de voir ce que j’en fais au final etc… bref, le but pour moi et d’avoir une petite bibliothèque limitée, mais « riche » ^^. Du coup, les livres dont je ne veux plus j’en fais différentes choses selon mon temps disponible, leur état etc… : ventes, brocante, dons emmaus, dons aux proches, médiathèque etc… voilà pour moi ahah ^^ ! Tout ça pour dire que je peux comprendre un partie ton besoin de ne pas accumuler l’objet-livre en lui-même. Pleins de bisous ♥

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  2. Comme j’ai aimé te lire! J’ai eu, dans ma vie, trop peu de livres, puis beaucoup de livres, jusqu’à en posséder plus de mille… Et maintenant? Que des ouvrages de références. J’ai donné tous mes livres lors de notre déménagement à un organisme de charité. Et s’il m’arrive encore d’en acheter, après lecture, je les redonne. Je suis bien d’accord, la bibliothèque à proximité, une visite de temps en temps à la GB et le tour est joué! Moins de sous dépensés, les livres circulent librement, et la petite pile près de mon lit me réjouit amplement sans me peser et surtout! sans avoir le temps de prendre la poussière!

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  3. Marianne C.Cossette says

    Wow…j’ai souvent pensé ça, sans vraiment le mettre en pratique fermement. Mais ton texte a mis des mots sur quelque chose que je porte. Merci tellement…j’ai quasiment senti l’odeur des pages de la bibliothèque Jacques-Ferron où j’ai passé tant d’heures de mon enfance, excitée comme jamais, à choisir des livres juste parce qu’ils m’appelaient. Mercimercimerci.

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