Art et créativité
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Nan Goldin. Guerrière et gorgone : récit photographique

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L’œuvre photographique de Nan Goldin aura tôt fait de me conquérir. Un visuel qui peut brusquer par sa franchise, c’est la réalité sans filtre qui émane des portraits, paysages et scènes de vie que l’artiste aura sélectionnés pour créer expositions et recueils. La photographe américaine issue de la middle-class de Washington, où elle grandit dans les années 50, saisit son appareil photo dès l’adolescence et ne s’en sépare plus. Il s’agit pour elle d’un besoin vital de collectionner les instants représentatifs de son quotidien assez houleux.

De son côté, Martine Delvaux est une écrivaine québécoise féministe contemporaine, connue du public à travers quatre romans et deux essais.

Qu’ont à voir ces deux femmes ensemble? Pas grand-chose et beaucoup à la fois.

Nan Goldin et la souffrance

Martine Delvaux se décrit dans son essai Nan Goldin. Guerrière et gorgone comme une admiratrice de Nan; elle fut inspirée par la photographe qu’elle dit regarder métaphoriquement en contre-plongée.

Comme Goldin, je suis une fille du Nord, une fille de l’Amérique froide et métallique, des gratte-ciel immenses et des banlieues miniatures, des choses créées de nulle part et d’autres fabriquées à la chaîne.

À travers ce fanatisme naissent donc des atomes crochus entre les deux femmes dans leur manière de concevoir les relations avec les autres, le présent et le passé, les souvenirs… L’une ayant saisi l’appareil photo et l’autre, les mots pour exprimer tout ça.

Cet ouvrage est un hommage à Nan Goldin. On tomberait rapidement dans le dithyrambique si ce récit n’était pas fortement imprégné dans le réel et la souffrance, comme l’est d’ailleurs la photographie de Nan.

Bien que la photographe soit le sujet consacré du récit, la sœur aînée de Nan Goldin, Barbara Goldin, brille de mille feux. Son suicide à l’adolescence semble l’événement déclencheur de cette urgence chez Nan de photographier tous les gens qui l’entourent et qu’elle aime dans le but d’en avoir les traces, traces qu’elle n’a su produire pour sa propre sœur.

La banlieue est un espace vierge où on peut se forcer à croire au bonheur, jusqu’au jour où quelqu’un meurt. Et c’est la sœur de Nan Goldin.

Entre l’image et le mot

L’écrivaine réussit bien à nous camper dans l’époque et le milieu de vie de Nan Goldin, tout comme elle réussit à nous faire voyager dans l’œuvre de la photographe. C’est ainsi que, grâce à la plume de Delvaux, on se promène dans l’exposition photos de Sœurs, Saintes et Sybilles, on plonge dans la mise en forme des séries photographiques Tokyo Love et The Ballad of Sexual Dependancy. On en apprend aussi sur les dédales de la vie troublée et troublante de Nan, sur ses rencontres, son ancien copain violent et ses amis devenus sa famille, amis qualifiés de marginaux par les critiques, au regret de Nan.

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L’essai de Martine Delvaux s’ouvre sur cet autoportrait de Nan Goldin à Berlin en 1991

Ayant en tête les images de The Ballad of Sexuel Dependancy, l’une des œuvres photographiques de Nan Goldin, je me suis lancée avec mon cœur dans le récit de Martine Delvaux, parce qu’on ne va pas dans ces zones-là avec sa tête. J’aime imaginer que c’est pour cette raison que Martine Delvaux utilise la carte de la dame de cœur comme couverture de son ouvrage littéraire.

De l’histoire personnelle de Martine Delvaux dans la construction de son lien presque spirituel avec Nan, à la démarche et aux inspirations de Nan, on ressort avec un portrait littéraire assez précis de cette artiste visuelle qui alla un jour jusqu’à se photographier elle-même après avoir été battue, presque à en devenir aveugle, par son ancien amoureux.

Apesanteur du présent. Perte de repères. Le tour de force de la photographie consiste à séparer en même temps qu’elle fait le lien. C’est un frôlement, une caresse.

De courtes phrases bien ressenties, tout au long des cent pages. Impossible de lire Nan Goldin. Guerrière et gorgone sans aller fouiller dans les bibliothèques pour trouver un album photos de Nan. En ce sens, l’hommage de Martine Delvaux nous prouve sa pertinence et sa réussite.

Et vous, un récit comme celui de Martine Delvaux vous a-t-il déjà fait naviguer entre différentes formes d’art?

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4 Comments

  1. Je suis une très grande fan du travail de Nan Goldin et de sa façon de voir les choses : comment elle idéalise l’amitié et le fait qu’elle ne veuille pas changer un seul objet de place quand elle prend une photo, qu’elle mette davantage en avant la vérité et l’honnêteté du moment plutôt que son esthétisme, qu’elle n’ait pas peur d’explorer le malsain, le toxique, que la photo lui serve de laboratoire autoscopique, mais surtout de rappel de ce que fut l’instant T, sans filtre justement. Je l’aime pour son intégrité humaine et artistique !

    Aimé par 1 personne

    • Frédérique Lévesque says

      Vous semblez effectivement très bien la connaître! Sa vie personnelle est aussi assez « parlante » au regard de ses techniques de photographie. Ce que Martine Delvaux raconte à propos du parcours de Nan serait probablement complémentaire à votre appréciation!

      Aimé par 1 personne

  2. Ping : Habiter la nuit | Le fil rouge

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