Féminisme
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Motherhood : être ou ne pas être mère

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Dans ce livre difficile à catégoriser, l’autrice canadienne Sheila Heti se questionne sur la maternité et sur le désir -ou pas- d’avoir un enfant. Elle commence à écrire ce livre vers 36 ans et elle sent qu’il ne lui reste plus autant de temps qu’avant pour prendre sa décision. On sent rapidement le sentiment d’urgence qui perd en importance au fil des pages.

Ce qui m’a attiré vers ce livre, ce sont les premières pages : l’autrice pose des questions en utilisant la méthode Yi Ching. Les réponses à ses questions sont donc aléatoires et elle tente d’avoir une conversation de cette manière, de trouver un sens à ses interrogations. À l’image d’une discussion qu’on pourrait avoir avec soi-même dans son esprit, les premières pages m’ont charmée par la vulnérabilité avec laquelle l’autrice aborde ses propres tourments et obsessions. Elle utilisera aussi le tarot, les rêves et les étapes du cycle menstruel pour l’aider à voir plus clair ce qu’elle désire sincèrement. Ce livre, c’est une méditation bruyante sur ce désir de prendre position sur la maternité pour l’autrice.

« There is a kind of sadness at not wanting the things that give so many other people their life’s meaning. There can be sadness at not living out a more universal story–the supposed life cycle–how out of one life cycle another cycle is supposed to come. But when out of your life, no new cycle comes, what does that feel like? It feels like nothing. Yet there is a bit of a let-down feeling when the great things that happen in the lives of others–you don’t actually want those things for yourself. »

Elle a peur de regretter, de manquer quelque chose, de ne plus pouvoir écrire, elle a peur de se sentir continuellement différente de ses amies qui sont mères, c’est la peur qui domine beaucoup. Très près du courant d’écriture du flux de conscience (stream of consciousness en anglais), Motherhood, c’est l’entièreté de ce qui se passe dans la tête d’une écrivaine se questionnant sur la maternité. Évidemment cela rend le tout parfois confus, difficile à suivre et parfois complètement anodin et hors contexte, mais à d’autres moments, on perçoit dans les réflexions de l’autrice une certaine universalité qui nous ramène à ce qu’on a déjà pensé ou vécu, nous aussi.

Créer la vie ou créer sa vie

Cette notion de choix et de liberté face à cette décision de devenir mère ou pas est constante dans mes discussions avec mes amies. Bien que nous sommes de plus en plus libres de faire ce que nous désirons faire, il n’en reste pas moins qu’il y a toujours une certaine pression qui réside chez les femmes au sujet de la maternité. Il s’agit bien entendu d’un privilège d’avoir la chance de prendre une décision et de choisir quoi faire de son propre corps.

Or, il reste encore un fond de pression sociale qui s’attend à ce que les femmes s’épanouissent dans la maternité. C’est donc un livre que j’ai pris plaisir à lire, car les réflexions que j’y ai trouvées m’ont ramenée à des questionnements vécus par les femmes de mon âge. Il serait aussi facile de trouver la narratrice égocentrique et inconsciente de ses privilèges (je l’avoue l’avoir senti à quelques reprises) mais je garde de cette lecture plus que ça. J’en garde une conversation honnête d’une femme face à elle-même, face à ses contradictions, ses paradoxes et ses désirs. Ce livre est témoin, à mon sens, d’une fine observation de ce que vivent les femmes se questionnant sur le désir ou non d’être mère.

« On the one hand, the joy of children. On the other hand, the misery of them. On the one hand, the freedom of not having children. On the other hand, the loss of never having had them—but what is there to lose? The love, the child, and all those motherly feelings that the mothers speak about in such an enticing way, as though a child is something to have, not something to do. The doing is what seems hard. The having seems marvellous.»

Pour l’instant, ce livre est disponible seulement en anglais, mais je ne peux que le recommander à celles et ceux qui se questionnent en lien avec le sujet de la parentalité. Pour celles et ceux qui se le demanderaient, il n’y a pas une réponse précise à la fin du roman, bien que l’autrice en arrive à sa propre vérité.  C’est une lecture qui fait du bien, ne serait-ce que pour lire des choses qui sont encore taboues aujourd’hui, mais surtout, pour la plume de l’autrice : brute, vraie et intuitive.

Avez-vous d’autres œuvres à me conseiller qui traitent du désir existant ou inexistant de devenir mère ?

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Lectrice invétérée, Martine est bachelière en études littéraires et la cofondatrice du Fil rouge. Créative et inspirée, elle a l’ambition de faire du Fil rouge un lieu de rassemblement qui incite les lectrices à prendre du temps pour elles par le biais de la lecture. Féministe, elle s’intéresse aux paradoxes entourant les mythes de beauté et la place des femmes en littérature. Elle tentera, avec ses projets pour Le fil rouge, de décomplexer et de dédramatiser le fait d’être une jeune adulte dans une société où tout le monde se doit de paraitre et non d’être. Vivre sa vie simplement et entourée de bouquins, c’est un peu son but. L’authenticité et l’imperfection, voilà ce qui lui plait.

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