Littérature jeunesse
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Sans domicile fixe: la force du déni

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Le dernier roman de Susin Nielsen raconte l’histoire du jeune Félix, 12 ans, qui est sans domicile fixe (SDF). Déjà, le titre éveille l’intérêt, ainsi que la page couverture représentant un campeur Westfalia. Mais on ne peut qu’imaginer brièvement le récit que l’autrice s’apprête à nous livrer. Une histoire touchante, enlevante, construite comme un thriller psychologique qu’on a du mal à lâcher tellement c’est passionnant. Le roman vise la tranche d’âge 12-15 ans, mais si on a déjà lu d’autres ouvrages de Susin Nielsen, on sait que l’auditoire s’étend bien au-delà du jeune public.

Félix, le SDF de 12 ans ¾

Le récit de Sans domicile fixe débute dans un poste de police, alors que le jeune Félix Knutsson discute avec l’agente Lee. Les informations sont livrées au compte-goutte afin de laisser planer le mystère sur la raison de sa présence au poste. Astrid, la mère de Félix, est interrogée au même moment, sans qu’on en sache la raison, et Félix insiste sur le fait qu’Astrid est une bonne mère. Il semble s’être produit un événement fâcheux ayant forcé Félix et sa mère à faire appel aux forces de l’ordre, dévoilant ainsi leur situation domiciliaire: SDF. L’adolescent assure qu’il va bientôt gagner suffisamment d’argent pour leur permettre d’avoir un vrai logis grâce à un jeu télévisé de connaissances générales. C’est à ce moment qu’il entreprend de raconter son histoire à l’agente Lee, de sa vie avec sa grand-mère jusqu’à son séjour dans un Westfalia volé! Je n’en dirai pas plus puisque de nombreux éléments importants méritent d’être mis en lumière en temps et lieu, au fil du récit.

Une mère experte en mensonges

La mère de Félix, Astrid, est un personnage particulièrement intéressant. Artiste peintre frustrée de n’avoir pas percé dans le domaine, elle enchaîne les petits boulots. On la sent très aigrie par la vie, plusieurs fois aux prises avec un «marasme» qui la rend incapable de faire quoi que ce soit de sa peau. Félix doit prendre soin d’elle et se débrouiller seul depuis plusieurs années. Astrid maîtrise l’art de mentir et use de cinq «niveaux» de mensonges, de «l’invisible», qui ne fait de mal à personne, au «Attention, danger!», qui peut causer d’importants dommages collatéraux. Astrid, malgré ses nombreuses entourloupettes qui feront lever les yeux au ciel, est touchante et on aimerait l’aider à s’en sortir. C’est une mère pleine de défauts qui prend de mauvaises décisions, certes, mais on constate qu’elle veut seulement préserver son fils des épreuves qu’elle a vécues lorsqu’elle était enfant. Et elle est prête à tout pour arriver à ses fins. On reste sans voix à plusieurs reprises durant le roman, je vous le jure!

Les thèmes du jugement, de la pauvreté et de l’amitié entrelacés

L’histoire gravite autour de la situation précaire de Félix, qui doit composer avec le fait de ne pas avoir de toilettes, de manger de la nourriture en conserve la plupart du temps, de n’avoir aucune intimité et, surtout, de devoir mentir sur son domicile afin de ne pas attirer l’attention. Lorsqu’on a 12-13 ans, l’opinion des autres est au centre de nos préoccupations. C’est pourquoi Félix doit sans cesse éviter d’ébruiter son statut de SDF. Il déploie toutes ses aptitudes pour y arriver, et on admire sa capacité à ne pas flancher tout au long du récit. Ses deux amis essaient à plusieurs reprises de l’aider, se font envoyer sur les roses et reviennent malgré tout vers lui, preuve d’une amitié profonde qui prend racine au sein du trio. Félix ne veut pas exposer la pauvreté dans laquelle il vit, essayant de se convaincre lui-même que sa situation n’est pas aussi mauvaise qu’il n’y paraît. Mais personne n’est dupe: la situation se détériore, et il est de plus en plus difficile pour Félix et Astrid d’assumer leur vie de nomade. L’autrice réussit aussi à nous sensibiliser à la vie de sans abri, à l’intimidation et au jugement des autres, et on réfléchit beaucoup à notre propre perception.

Susin Nielsen nous démontre une fois de plus son talent à imaginer un récit tout en subtilité, qui émeut et qui porte à la réflexion. L’histoire est bien ficelée, de sorte qu’on est impatient de collecter toutes les pièces du casse-tête et de comprendre la complexité du récit. Un autre roman profond que j’ai adoré lire. Si l’autrice pique votre curiosité, allez jeter un coup d’œil à l’article de Martine sur un précédent roman de Susin Nielsen.

Et vous, quels livres suscitent une réflexion profonde chez vous?

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