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La trilogie gothique de Joyce Carol Oates

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« Découvrir » un auteur célèbre en lisant un de ses livres pour la première fois est toujours une expérience intéressante. Plus la réputation de l’auteur en question est grande, plus nos attentes sont élevées… et plus on risque d’être déçu. Mais lorsque les attentes sont satisfaites, c’est souvent le début d’une longue série de lectures passionnantes!

J’avais souvent vu le nom de Joyce Carol Oates, mais je ne savais pas grand-chose à son sujet. J’ai appris depuis que c’est une écrivaine incroyablement prolifique qui donne dans tous les genres littéraires, reconnue pour sa prose luxuriante qui aboutit généralement à de grosses briques bien lourdes. Sa trilogie gothique, parue dans les années 1980, se veut un pastiche des romans gothiques anglais – et on y trouve tous les ingrédients nécessaires: des manoirs inquiétants, des personnages tourmentés par un passé trouble, de sombres mystères et, bien sûr, un soupçon de surnaturel –, mais elle y ajoute sa touche personnelle, ce qui donne à ces romans un souffle résolument moderne.

Bellefleur

Ce premier tome est une grande – très grande! – fresque familiale qui raconte, pêle-mêle, les malheurs de six générations de Bellefleur. Les malheurs, car, bien entendu, cette richissime famille américaine est frappée d’une terrible malédiction. La nature de cette malédiction, cependant, demeure incertaine: une terrible malchance? une folie héréditaire? le poids écrasant du passé et du devoir filial? ou peut-être une force surnaturelle est-elle réellement à l’œuvre? Chose certaine, on ne meurt pas paisiblement dans son sommeil chez les Bellefleur!

Les pages de ce roman foisonnent de personnages – trop nombreux et dont certains homonymes! –, tous caractériels, fabuleux et mémorables! Les événements étranges ou tragiques s’accumulent, mais les bonds incessants à travers les siècles rendent la trame du temps difficile à reconstituer. La limpidité n’était visiblement pas l’objectif recherché par l’autrice, mais c’est précisément ce qui fait le charme du livre pour qui sait apprécier les histoires qui savent garder leurs secrets.

Ce n’est donc pas une lecture facile, mais ce roman a décidément quelque chose d’envoûtant, de fascinant; quelque chose de très… gothique!

La légende de Bloodsmoor

Ce deuxième opus raconte aussi la chute d’une famille prestigieuse, provoquée par les sœurs Zinn, des jeunes filles pourtant bien éduquées, qui s’écartent de la voie qui avait été tracée pour elles – soit un mariage arrangé avec un vieil aristocrate fortuné – pour vivre à leur manière, à la plus grande indignation générale!

Au cours de leur « honteuse » quête d’indépendance, les sœurs rencontrent des personnages peu recommandables, comme Madame Blavatsky ou Mark Twain. Des mystères inquiétants, des secrets scandaleux et des querelles d’héritage agrémentent joyeusement le récit fragmenté de leur « déchéance ».

Mais au fil des pages, on assiste surtout à la déconstruction de l’idéologie puritaine catholique et bourgeoise des États-Unis du 19e siècle. La narration pleine d’ironie donne le ton parfait à cette saga familiale grinçante et très divertissante! C’est définitivement mon préféré de la trilogie. La plume m’a semblé plus exercée; l’intrigue, plus resserrée et l’histoire, plus accessible.

Les mystères de Winterthurn

Pour clore sa trilogie gothique, la célébrissime romancière propose un triptyque qui revisite le genre du roman à mystères. On y retrouve plusieurs des éléments habituels – comme un détective de renom, des scandales juteux et une énigme de « chambre close » –, mais l’écrivaine joue encore une fois avec les codes pour créer trois intrigues qui n’ont finalement rien de classique!

C’est un livre particulier, parce qu’il se lit comme un roman policier sans vraiment en être un. Certains éléments sont exagérés, voire incongrus ou loufoques, et, à notre plus grande déconvenue, certains mystères demeurent irrésolus – ce qui semble assez contre-intuitif dans ce type de roman à intrigue. Satire? Pastiche? Parodie? Toutes ces réponses à la fois!

J’ai bien aimé l’originalité du récit, l’ambiance macabre à la Poe et surtout, la savoureuse critique des mœurs victoriennes que l’autrice dépeint encore une fois avec beaucoup d’ironie.

***

Ces trois gros romans peuvent être lus dans l’ordre ou dans le désordre, puisqu’ils se ressemblent, mais ne se suivent pas! Des heures et des heures – et encore plus d’heures! – de plaisir! Et si, malgré tout, vous en redemandez, sachez que l’autrice a donné suite à sa trilogie, qui est devenue une pentalogie après la publication de Mon cœur mis à nu (1998) et de Maudits (2013).

Ma rencontre avec la grande Joyce Carol Oates a donc été très concluante. J’ai déjà hâte de découvrir le reste de son œuvre.

Avez-vous déjà lu cette autrice? Lequel de ses livres préférez-vous?

4 Comments

  1. Ping : La trilogie gothique de Joyce Carol Oates | Le fil rouge – Le Bien-Etre au bout des Doigts

  2. Catherine Airaud says

    Bonjour, j’ai découvert cette auteure lors du confinement et une sacrée découverte : j’aime beaucoup « les chutes », « la fille tatouée », « le livre des martyrs américains ».. Je continue ma découverte et je suis dans Bellefleur et quel plaisir de lecture

    J’aime

Répondre à Litterama (Les femmes en littérature) Annuler la réponse

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